Samedi 23 mars 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Ils dessinent l'expatriation

Par La Rédaction Séoul | Publié le 21/11/2017 à 15:50 | Mis à jour le 21/11/2017 à 16:35
Photo : Couvertures : Je ne suis pas d'ici, Je suis encore là-bas
bd expatriation expérience voyage dessin expression france corée études vie emploi expat

L'expatriation, qu'est-ce que ça signifie réellement ? Entre décalage horaire, culturel, linguistique et émotionnel, il est parfois difficile de s'habituer à sa nouvelle vie et dans certains cas encore plus difficile de retourner à l'ancienne ! 

Yunbo et Samir dessinent avec talent l'expatriation et le retour au pays dans leurs deux ouvrages jumeaux : Je ne suis pas d'ici et Je suis encore là-bas.

 

Lepetitjournal.com/seoul : Pouvez-vous vous présenter ?
 

bd expatriation voyage corée france étudiant vie emploi études yunbo
Samir Dahmani

Samir : Je m’appelle Samir Dahmani, je suis auteur de bande dessinée et enseignant en dessin d’observation et illustration à la Human Academy (école japonaise de manga) à Angoulême. Je suis diplômé de l'EESI Angoulême (École Européenne Supérieure de l’Image). Je suis encore là-bas est mon deuxième livre (mais le premier publié en France), le premier est sorti uniquement en Corée en 2014 sous le nom 사미르, 낯선 서울을 그리다. Je fréquente régulièrement la Corée du Sud.

 

 

bd expatriation voyage corée france étudiant vie emploi études yunbo
Yun Bokyoung

Yunbo : Mon vrai nom c’est Yun Bokyoung, je suis coréenne et née à Séoul. J’ai étudié la bande dessinée en Corée et en France, après avoir terminé mes études en France à l'EESI Angoulême, j’ai enseigné la BD à l’université de ChungKang et à l’université nationale de Kongju. Je suis repartie en France en 2016 pour Je ne suis pas d’ici, terminer le projet et le publier. Aujourd'hui j’enseigne à la Human Academy à Angoulême.

 


 

Pourquoi et dans quel contexte êtes-vous partis à l'étranger ?


Samir : La première fois que je suis venu en Corée du Sud c’était en 2013 sous l’invitation du Komacon à Bucheon, j’étais invité pour une résidence artistique pendant 2 mois, puis je suis revenu de mars à mai 2014 toujours dans le cadre d’une résidence artistique mais cette fois-ci avec l’Institut français car j’ai été lauréat du programme hors les murs. Quelques mois plus tard j’étais de nouveau de retour en Corée du Sud pour la sortie de mon livre, et j’y suis resté un an pour apprendre le coréen par un programme intensif d’une université.

Yunbo : Quand j’étais petite je ne connaissais que le manga et le manhwa, lorsque j’ai découvert la BD européenne, francophone, cela m’a surprise, au point que j’ai décidé de l’étudier. En 2007, j’ai visité pour la première fois la France et le festival d’Angoulême pendant 2 semaines. Entre temps, j’ai pris des cours de français à Séoul, je suis partie à Angers pour prolonger mon apprentissage (en 2008), et j’ai réussi à intégrer l'EESI en 2009.

 

Comment et pourquoi l'idée vous est venue d'écrire sur votre expérience d'expatrié ?
 

Yunbo : Quand je suis rentrée après mes études, je me suis rendue compte que ce que j’ai vécu en France pouvait être intéressant à traiter, en même temps je pense que je ressentais le besoin de partager les difficultés que j’ai rencontrées.

Samir : Pour ma part, je parle surtout du retour d’expatriées coréennes qui doivent faire beaucoup d’efforts à leur retour tant la société coréenne est exigeante et codifiée. Ce sujet est universel et touche toutes les personnes qui reviennent chez elle après une longue absence. La première fois que je me suis rendu compte de ce phénomène, c’était lorsque j’étais étudiant à Angoulême, il y avait des Coréennes qui étaient autour de moi pendant mon séjour scolaire ; systématiquement après les vacances estivales, je les entendais parler de la perception de leur pays qu’elles trouvaient changé après chaque visite. Par la suite, j’ai poussé l’enquête, j’ai recueilli des témoignages de Coréennes qui m’ont narré leur retour, et ai fabriqué cette fiction.

 

Pourquoi avoir choisi le format BD ?
 

Yunbo : La BD était un médium qui était très proche de moi, parce que je pouvais m’exprimer par le texte et par les images, parfois le texte peut être très explicite et les images implicites, et vice versa. On peut jouer avec le contraste entre quelque chose de détaillé et autre chose qui est flou. C’était pratique de raconter d’après les expériences car elles peuvent être précises et parfois suggérées.
 
Samir : La BD est un médium qui permet aisément de montrer et de représenter le questionnement intérieur du héros ; de plus le rapport entre texte et image permet par moment de faire passer des choses dans le texte, puis l’image viendra compléter l’idée.
Selon l’outil que l’on utilise pour dessiner, la sensation sera différente. Par exemple au départ je voulais dessiner Je suis encore là-bas au pinceau et avec des lavis (mélange d’encre de chine et d’eau qui donne des gris différents selon les doses) cependant le résultat était beaucoup trop doux, dans la continuité du premier livre ; or la situation du personnage qui revient et qui est violemment confrontée aux changements difficiles m’imposait un style avec un outil plus dur, plus rigide pour montrer ce choc.
 

bd expatriation voyage corée france étudiant vie emploi études yunbo
Je ne suis pas d'ici, Yunbo

 

Dans "Je ne suis pas d'ici" le personnage principal, l'étudiante expatriée est le seul personnage dessiné avec une tête de chien. Quelle est l'intention derrière ce choix ?
 

Yunbo : Je ne peux pas tout dévoiler pour ne pas gâcher le plaisir des lecteurs lorsqu'ils découvriront, mais l’utilisation de cette tête permet de distinguer au premier coup d’œil un personnage qui ne fait pas partie d’un groupe, de la société, qui est isolé des autres.  

 

Dans "Je suis encore là-bas", vous abordez des aspects de la société coréenne en mouvement telle que la pression autour du mariage. Pourquoi pensez-vous qu'il est important de traiter de ce genre de sujet ? Le fait d'en parler en tant qu'étranger, comment est-ce perçu ?
 

Samir : En regardant cette situation de loin, aujourd'hui j’ai l’impression que la nouvelle génération ne veut plus subir toutes les règles contraignantes liées au mariage ou à d’autres situations, c’est peut-être d’ailleurs pour cela que le taux de mariages, de natalité sont en baisse. Les jeunes vont changer beaucoup de choses dans les années à venir, et c’est le bon moment d’en parler.

Le livre n’est pas encore sorti en Corée, j’espère qu’il sortira vite pour que je puisse avoir des réactions de lecteurs coréens. 
Je pense que le fait qu’un étranger parle de cette situation sera plus facilement accepté, que si c’est un Coréen ou une Coréenne qui en parlait. Lorsque j’ai fait 사미르, 낯선 서울을 그리다 (2014, éditions Fandombooks), je proposais le regard d’un étranger qui arrivait en Corée et qui parlait de ce qu’il voyait dans la société coréenne, c’était un mélange de textes et de croquis que j’ai fait en 3 voyages ; ce livre a été très bien accueilli, les lecteurs avaient trouvé intéressant le point de vue proposé, surtout que c’était fait par un étranger. Alors je suis impatient qu’ils découvrent ces histoires.

 

bd expatriation voyage corée france étudiant vie emploi études yunbo
Je suis encore là-bas, Samir

 

Auriez-vous des conseils à donner pour ceux qui se préparent à l'expatriation ? Et pour ceux qui se préparent à rentrer dans leur pays natal ?
 

Samir : Pour ceux qui partent, je crois qu’il faut avoir une ouverture d’esprit et s’attendre à être confronter à des difficultés, parfois à une culture qui est vraiment différente de la nôtre. Si on fait l’effort de d’essayer de comprendre le point de vue des autres, que l’on s’ouvre même s’il y a parfois la barrière de la langue, alors cela peut être d’une grande richesse. Mais ça peut être très difficile.
Chacun vit un départ ou un retour différemment, tout dépend de sa situation, de sa sensibilité… Par exemple, lorsque j’ai fait mes interviews, certaines Coréennes se sentaient mal à l’aise en rentrant alors que d’autres se sentaient très bien et avaient retrouvé leur place, un rythme, qu’elles ont connu auparavant. Il y a un temps d’adaptation qui est plus ou moins long selon les personnes.

Yunbo : Je me demande aujourd'hui si je dois partir encore dans un autre pays, est-ce que j’aurais le courage de partir ou non ? Je pense que la réponse sera plutôt négative, avec la petite expérience que j’ai eue, j’aurais peur de partir. Le conseil que je donnerais, il faut partir sans réfléchir ou sans savoir ce que l’on va découvrir. Le plus important c’est le courage.
Pour ceux qui rentrent, il faut accepter les changements, même si la place que l’on a avait dans la société n’est plus là, on pourra en retrouver une avec un peu de temps.

 

Des projets en cours ou à venir ?
 

Samir : Actuellement je travaille toujours sur un sujet coréen, qui est le conflit générationnel qu’il y a actuellement en Corée du Sud : Avec l’ouverture du pays sur l’occident depuis les années 80/90, les jeunes d'aujourd'hui sont plus ouverts et ont une vie plus « simple » que leurs aînés qui, eux, sont plus conservateurs, traditionnels et ont connu le pays lorsqu’il était en difficulté.

Yunbo : Je réfléchis à une nouvelle histoire en ce moment, je n’en suis qu’à la période d’écriture, j’ai fait quelques recherches, et je pense que ce sera plus coloré par rapport au livre précédent.

 

Où peut-on trouver vos BD ?


Samir : Elles sont disponibles dans toutes les librairies, sur les sites de vente en ligne et sont également disponibles sous format numérique (ebook).

logo seoul

La Rédaction Séoul

L'édition de Séoul de lepetitjournal.com, le média de référence des Français, francophones et francophiles à l'étranger.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

FdO ven 24/11/2017 - 14:50

Bonjour. Est-il possible de lire les planches publiées dans l'article dans un format lisible ? Merci.

Répondre

Expat Mag

Athènes Appercu
TOURISME

Kalymnos, l’île aux éponges et aux alpinistes

Kalymnos, quatrième plus grande île du Dodécanèse se fait discrète dans le palmarès des joyaux insulaires grecs. Pourtant, sa beauté naturelle et son histoire n’en sont pas moins appréciables.