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SOCIETE – A Paraisopolis, les jeunes se verraient bien rugbymen

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 11/10/2011 à 00:05 | Mis à jour le 18/12/2014 à 12:01

A Paraisópolis, seconde favela la plus peuplée de São Paulo, les co-équipiers des jeunes Français de l'équipe de rugby du Lycée Pasteur, rêvent d'une carrière dans le monde du ballon ovale

Une route bordée de luxueuses demeures mène dans l'une des plus grandes favelas de São Paulo. En contrebas du très chic quartier de Morumbi, on prend la direction d'un terrain de rugby situé au c?ur de la favela de Paraisópolis, à la rencontre de l'association Rugby Para Todos.

"Comme elle est entourée par un quartier riche, la communauté de Paraisópolis attire un peu plus l'attention que d'autres favelas situées à l'extérieur de São Paulo. C'est un avantage car on obtient des financements des entreprises de Morumbi", explique Mauricio Draghi, le co-fondateur de l'association.

Après des décennies d'indifférence, l'Etat inaugure depuis 2006 une nouvelle stratégie, en investissant dans les infrastructures de base (électricité, égouts et canalisations). Avec son plan "une adresse par personne", la préfecture de São Paulo régularise progressivement les maisons de 20.000 habitants, longtemps considérés comme les occupants illégaux du terrain.

Paraisópolis, symbole des inégalités
Mais les destins divergent toujours cruellement d'un côté à l'autre de la colline. Au sommet de Morumbi : 64% des foyers ont un revenu équivalent à 20 fois le SMIC brésilien (soit 10 600 reais par mois). En contrebas, le revenu moyen par foyer plafonne à 1.620 reais par mois. Les photos aériennes de la colline, qui montrent le contraste entre les piscines des luxueux condominios et les bâtis précaires de la favela, ont fait de Paraisópolis un des symboles des inégalités à São Paulo.
En 2004, lorsque Fabrício Kobashi et Mauricio Draghi, deux ex-joueurs de la sélection nationale junior, introduisent le ballon ovale dans la favela, ils ont d'abord envie de "casser le côté élitiste du rugby brésilien".

"Jouer au rugby au Brésil, cela coûte très cher. Résultat : dans la sélection brésilienne, il n'y a pratiquement pas de noir ! On est presque dans la situation de l'équipe d'Afrique Du Sud des années 90", se souvient Mauricio Draghi. L'association se fonde sur un double objectif : "former des citoyens et populariser le rugby".

La "trouille" de l'extérieur
Très vite, le Club de Rugby du Lycée Pasteur fournit une aide logistique. Et crée des équipes mixtes de jeunes de Pasteur et de Paraisópolis. "Ce mélange est vraiment bénéfique", se réjouit Youssef Drisse, qui encadre les enfants de Rugby Para Todos depuis neuf mois. "Car ici, c'est un monde dans un monde : les enfants ne sortent jamais de la communauté", constate le Français.

"Par exemple, ce gamin, là bas", nous dit-il en désignant un adolescent qui s'entraîne à l'autre bout du terrain. "Il a 19 ans et il a un super potentiel. Il a reçu deux avis favorables pour entrer à l'université. Mais à chaque fois que je lui demande s'il a fait les démarches, il invente de fausses excuses : ?il s'est blessé', ?il n'a pas eu le temps'. La vérité, c'est qu'il a une trouille bleue de l'extérieur", se désole l'éducateur.

Des blocages que l'association tente de lever en sortant les joueurs de la favela à l'occasion d'entraînements et de tournois. Ou en offrant des consultations gratuites chez un pédopsychiatre, qui prend en charge les problèmes psychologiques ou moteurs repérés sur le terrain.

"Ils ont la gagne"
Sur le terrain, l'enthousiasme des jeunes pour les plaquages et le contact crève les yeux. "C'est vrai qu'ils ont la gagne", concède Fred Rio, qui co-entraîne l'équipe des moins de 15 ans avec Emmanuel Armagnat au Lycée Pasteur. "Mais au delà des victoires, le rugby est un formidable outil éducatif. En compétition, les joueurs adverses se serrent tous la main, ils assimilent des règles parfois complexes et doivent contrôler leur énergie. Ces repères se traduisent souvent par une amélioration du comportement en dehors du terrain", observe le Français, qui souhaite reproduire l'expérience dans la favela de Vila Prudente avec l'association Arca Do Saber.

En attendant, les résultats sont prometteurs : l'équipe franco-brésilienne des moins de 15 ans est en phase de qualification pour un championnat en Uruguay. L'équipe des filles, entraînées par l'une des "meilleures joueuses d'Amérique Latine", suscite de gros espoirs pour les J.O de Rio. Et le parcours de John Lennon, un jeune joueur de la favela qui joue dans la sélection nationale junior, est aujourd'hui cité en modèle par les gamins de Paraisópolis.

Octave BONNAUD (www.lepetitjournal.com ? São Paulo) mardi 11 octobre 2011

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