

Nombreuses sont les raisons pour lesquels les Français choisissent de se rendre au Brésil. Pour Pierre Sans-Jofre, 29 ans, ce sont les roches du Mato Grosso qui ont motivé le premier départ en 2009. Le jeune scientifique a raconté son histoire, entre la France et le Brésil, au Petitjournal.com
Petitjournal.com/Brésil - Quel a été votre premier contact avec le Brésil ?
Pierre Sans-Jofre - C'était en 2008, pendant ma deuxième année de Master à l'Institut de Physique du Globe de Paris. Ma directrice de laboratoire, Magali Ader, maître de conférence en géochimie isotopique avait rencontré Ricardo Trindade, professeur en géophysique à l'Universidade de São Paulo (USP) durant une conférence sur la théorie de la Snowball Earth, c'est-à-dire Terre Boule de Neige. Cette théorie, étayée par le géologue canadien Paul Hoffman en 1998, stipule que notre planète aurait entièrement été recouverte de glace il y a 635 millions d'années. A la suite de cette rencontre, Magali et Ricardo ont décidé de mettre en place une collaboration franco-brésilienne pour étudier les différents aspects de la théorie de la Snowball Earth. J'ai eu la chance de me trouver au bon endroit au bon moment : Magali m'a proposé de travailler sur le projet, ce que j'ai immédiatement accepté. J'ai obtenu une bourse pour faire une thèse en co-tutelle entre la France et le Brésil.
Mise à part la volonté de collaboration avec l'USP, quelle autre raison liée à la théorie de la Snowball Earth, a motivé le choix du Brésil ?
L'épisode de la Snowball Earth aurait eu lieu il y a 635 millions d'années. Pour vérifier la pertinence de cette théorie, je devais prélever des échantillons sédimentaires et effectuer des analyses géochimiques. On trouve des roches datant de cette période principalement au Canada, en Australie, en Namibie et au Brésil. Cependant le Mato Grosso représentait le terrain idéal pour moi : les roches y sont parmi les moins altérées et, fait rare, leur signal géochimique primaire a été conservé. De plus, contrairement aux terrains de Namibie, d'Australie et du Canada, aucune étude géochimique liée à la théorie de la Snowball Earth n'avait été encore entreprise dans le Mato Grosso. Ce qui m'arrangeait bien : l'optimisme général des Brésiliens mélangé à des airs de samba et quelques verres de cachaça, ça avait tout pour me plaire !
Quelles roches en particulier avez-vous étudié ?
Si la Terre avait vraiment été entièrement recouverte de glace, cela aurait été un frein à l'évolution de la vie. Celle-ci n'aurait pu reprendre son cours qu'à la fonte de la calotte glacée. J'ai donc analysé les roches qui se sont formées immédiatement après la fonte des glaces : il s'agit d'une couche de quelques mètres de carbonates recouvrant les sédiments glaciaires.
Quels sont les résultats de vos travaux ?
Les modèles indiquent qu'il aurait fallu que notre planète connaisse un épisode caniculaire extrême pour pouvoir sortir d'un état de Snowball Earth. Dit de manière raccourcie, cela implique la présence d'au moins 12% de dioxyde de carbone (CO2, gaz à effet de serre) dans l'atmosphère. A titre de comparaison, l'atmosphère contient actuellement 0,037% de CO2. Etant un gaz à effet de serre, le CO2, a la propriété de réchauffer l'atmosphère en s'y accumulant. Les analyses que j'ai effectuées dans les carbonates et les organismes fossilisés qu'ils renferment m'ont permis d'estimer la concentration atmosphérique en CO2 de l'époque. Je me suis ainsi rendu compte qu'il n'y avait pas plus de 0,3% de CO2 dans l'atmosphère juste après l'épisode supposé de la Snowball Earth. Cela montre que la glace n'a pas pu fondre et par conséquent, remet en cause certains aspects de la théorie Snowball Earth.
Que faites-vous aujourd'hui au Brésil ?
Après avoir soutenu ma thèse à Paris, je suis revenu à l'USP pour y faire mon post-doctorat et y apporter des techniques apprises en France et pas encore développées au Brésil. Ces techniques permettent d'extraire le fer des sédiments anciens afin de tracer l'apparition de l'oxygène dans l'atmosphère.
Avez-vous trouvé facile de nouer des contacts à votre arrivée ?
Dès le début j'ai partagé ma vie avec des Brésiliens ; au laboratoire aussi je ne travaillais qu'avec des Brésiliens. Mon intégration dans la société brésilienne s'est donc faite plutôt facilement.
Vous parlez portugais : un peu, beaucoup, passionnément ?
Passionnément !
Quelles sont vos bonnes adresses ?
Le restaurant japonais qui se trouve au dernier étage du centre commercial de l'Eldorado. Un peu cher mais c'est le meilleur que je connaisse. La roda de samba qui a lieu tous les derniers dimanches du mois à la Vila Madalena. Vous n'y trouverez pas un touriste !
Anahide MERAYAN (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 22 octobre 2012





