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LYCEE PASTEUR - Les collégiens inscrivent les Droits de l'homme au cœur de São Paulo

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 20/09/2011 à 00:05 | Mis à jour le 14/11/2012 à 14:08

Depuis plusieurs semaines, certaines écoles de la ville de São Paulo, dont le Lycée Pasteur, participent au projet de l'ONG Inscrire. Des centaines d'enfants illustrent les articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme sur des azulejos qui viendront orner les murs de la station de métro Luz

La station Luz s'apprête à changer de visage. Des centaines de petites mains s'y attellent discrètement. Exemple en cet après-midi de septembre, dans une école municipale du quartier de Sapopemba dans la zone sud-est de São Paulo. Une trentaine d'enfants s'appliquent à peindre sur des carreaux de faïence des scènes de vie illustrant la déclaration universelle des droits de l'Homme. Thalissa, 14 ans, a dessiné Dilma Rousseff, l'actuelle présidente du Brésil, une Tour Eiffel et un drapeau du Brésil. "Mon article était sur le droit à l'asile politique. Je me suis renseignée sur la dictature militaire au Brésil. J'ai représenté Dilma Rousseff  parce qu'elle a été prisonnière politique et aussi la France parce que beaucoup de gens s'y sont réfugiés. Je n'avais jamais entendu parler des droits de l'homme et je n'imaginais pas qu'ils pouvaient ne pas être respectés. Je réalise que nous avons de la chance mais qu'il y a encore des progrès à faire, par exemple, pour le mariage des homosexuels". Un peu plus loin, Amanda, 12 ans, Gabriela et Samira, toutes deux âgées de 13 ans, ont dessiné un drapeau américain et un soldat piétinant la déclaration universelle des droits de l'homme. "Nous devions travailler sur l'article 30 qui dit que tous les pays doivent respecter la charte. Nous avons voulu montrer que les pays riches ne respectent pas toujours les pays plus pauvres".

Le Lycée français à pied d'oeuvre
Quelques jours plus tard, les élèves du Lycée Pasteur s'apprêtent à vivre la même expérience que les enfants de Sapopemba. Crayon à papier en main, les adolescents de quatrième couchent sur papier leurs premières idées. Camille, 12 ans, illustre la prohibition de l'esclavage en dessinant une prostituée maltraitée, un homme entravé aux mains abîmées, tandis que ses camarades discutent de la liberté de circuler. "Je ne savais pas qu'on pouvait être empêché de se déplacer librement", s'exclame l'un d'eux. "Si ça existe ! réagit aussitôt sa voisine. Il y a les Roms, par exemple, ils ne peuvent s'installer nulle part ".

La conversation porte ensuite sur les inégalités que les uns et les autres ont repérées dans leur pays d'accueil. "Dans les favelas, les gens n'ont pas du tout les mêmes droits, explique Martin, 13 ans. Au Brésil, il y a encore beaucoup de racisme et de discriminations. Par exemple, dans les immeubles, il y a deux ascenseurs et deux entrées ! Il y a des inégalités en France aussi, mais moins". A la table d'à côté Yoann et Grégoire, 14 ans, portent un regard plus critique sur leur pays d'origine. "Au Brésil, tu es bien accueilli quelle que soit ta nationalité, raconte Yoann. Si tu veux t'intégrer c'est moins difficile qu'en France où il y a beaucoup de discriminations notamment envers les Noirs et les Arabes. Ce que j'aime au Lycée français, c'est que nous venons de beaucoup de pays différents et que l'on s'accepte tous sans faire de différence".

700 m² d'azulejos à la station Luz

Lorsque les enfants de la petite dizaine d'écoles participantes auront terminé leurs peintures et que les azulejos auront été passés au four et assemblés dans un atelier d'artistes, ils seront posés sur les murs de la station Luz. Les douze panneaux qui seront installés couvriront une surface totale de plus de 700 m². Sur place, les voyageurs peuvent déjà avoir un aperçu du résultat final. A l'automne dernier, une école pilote y a déjà inauguré un premier panneau.

A l'origine de cette initiative se trouve l'ONG Inscrire présidée par l'artiste belge Françoise Schein. C'est elle qui en 1989 a mené à bien le projet de la station Concorde aux murs désormais revêtus des articles de la déclaration. "Je suis passionnée par la cartographie des villes. A Paris, je m'étais interrogée sur ce qui unissait le lieu et la philosophie de ce pays et j'ai pensé à la déclaration universelle des droits de l'homme. Après ce projet, j'ai eu envie de développer un réseau mondial", confie Françoise Schein.

Aidée par d'autres artistes, de Lisbonne, à Haïfa en passant par Bruxelles ou Rio de Janeiro, elle a permis à des milliers d'écoliers de laisser leur empreinte citoyenne sur les murs du métro ou de la ville. "Je préfère toujours le métro, précise-t-elle. Parce que c'est souterrain et donc que cela renvoie aux fondations, mais aussi parce que c'est un lieu qui draine beaucoup de passage et qui est presque gratuit".

Manque de fonds
A São Paulo, l'ONG de Françoise Schein a pu compter sur le soutien du secrétariat municipal aux Droits de l'homme et sur celui de l'Education. "Nous avons fait des séances de formation à destination des enseignants et nous avons mis à leur disposition toute une gamme de matériel éducatif : des plaquettes, des affiches, des court-métrages issus du festival Entretodos*. Notre objectif était de rendre concret le concept des Droits de l'homme qui peut-être difficile à comprendre pour de jeunes adolescents. Nous voulions que cela ait du sens dans la vie quotidienne des enfants", relate Laura Mascaro, chargée de projet au secrétariat au Droit de l'Homme de la mairie de São Paulo.

L'ONG locale Danyann a également soutenu l'initiative depuis le commencement. "Je suis très heureuse que le projet voie le jour à São Paulo, s'enthousiasme Françoise Schein. Cela a mis du temps à se mettre en place mais cela me tenait vraiment à c?ur. J'ai vécu un an au Brésil il y a 10 ans, j'avais visité le métro en vue d'y travailler. Il a ensuite fallu trouver des équipes et des financements". Ce volet n'est d'ailleurs pas tout a fait réglé et après la défection d'un partenaire financier de poids, l'ONG doit encore réunir plus de la moitié des fonds nécessaires à la réalisation du projet, soit environ 250.000 reais. S'ils y parviennent, au cours de l'année 2012, l'attente paraîtra moins longue aux passagers de la station Luz. Ils pourront contempler des centaines de dessins souvent révélateurs du regard que portent les adolescents de São Paulo sur le monde qui les entoure.

Anne-Louise SAUTREUIL (www.lepetitjournal.com ? São Paulo) mardi 20 septembre 2011


* Festival entretodos : Festival de court-métrages autour de la thématique des droits de l'homme. Pour en savoir plus : www.entretodos.com.br

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