

Anne Nédélec et Paul Antonio se situent à des points bien différents de leur carrière scientifique. Néanmoins, leurs séjours à São Paulo témoignent de la stratégie adoptée par le Brésil ces dernières années : intensifier les accords de coopération scientifique et universitaire internationaux afin de favoriser et d'accompagner son développement technologique et économique. Bien sûr, la recherche appliquée en biotechnologie, aviation, agro-alimentaire, énergie et technologies de l'information a la préférence du géant brésilien mais la recherche fondamentale n'est pas négligée.
Professeur de Géologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, Anne Nédélec a été invitée à l'Universidade de São Paulo (USP) pour un séjour de recherche d'un mois et demi dans le cadre des chaires françaises dans l'Etat de São Paulo. Ce programme - ouvert en 2010 par l'USP, l'UNICAMP (Universidade Estadual de Campinas) et l'UNESP (Universidade Estadual Paulista) en partenariat avec le Consulat Général de France à São Paulo - finance la venue de professeurs et de chercheurs d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche français. Anne Nédélec pose un regard positif sur ces initiatives : "Ce qui est bien avec le Brésil, c'est qu'on a le sentiment d'avoir des interlocuteurs au même niveau. Dans mon domaine, la géologie, il y a aussi une complémentarité : le Brésil est un pays immense dont l'exploration géologique n'est pas terminée. Cela demande beaucoup de moyens. Le Brésil possède les moyens financiers et les capacités techniques, y compris des appareils très sophistiqués, mais n'a pas forcément les moyens humains ? des personnes formées au niveau requis ? en nombre suffisant."
Dans la même optique, les laboratoires brésiliens accueillent favorablement les étudiants français en thèse, à l'instar de Paul Antonio qui a suivi la formation "Biologie Générale, Sciences de la Terre et de l'Univers" dont s'occupe Anne Nédélec à Toulouse. Le jeune thésard raconte les circonstances de sa venue à São Paulo : "Mes encadrants de master m'avaient donné la possibilité de faire une thèse au Québec ou aux Etats-Unis. Et puis Anne, grâce à ses contacts, m'a proposé une thèse en co-tutelle au Brésil. Le sujet de thèse me plaisait bien et en choisissant le Brésil, j'avais la possibilité de revenir un an au laboratoire de Toulouse. Je n'aurais pas eu cette possibilité si j'étais allé au Canada ou aux Etats-Unis. Et si tu ne restes pas en contact avec un laboratoire français, il est ensuite très difficile de revenir et de trouver un poste en France." Paul Antonio va donc passer trois ans à l'USP et une année à Toulouse. Il doit rédiger et soutenir sa thèse en Portugais ou en Anglais, à la suite de quoi, il aura le double diplôme, français et brésilien. Il ne reçoit aucune aide de la France mais bénéficie pour l'instant d'une bourse brésilienne s'élevant à 2000 $R par mois.
"Les coopérations partent toujours d'initiatives individuelles"
Il serait erroné de croire que ces échanges profitent uniquement au Brésil. "Au niveau des laboratoires, il va de soi que la science est une ?uvre collective qui dépasse les frontières. Il est normal d'avoir des collaborateurs à l'étranger. Il est toujours bénéfique aussi d'aller voir comment les choses sont organisées
dans un autre pays", estime Anne Nédélec. Pour sa part, Paul Antonio estime que "l'apprentissage d'une nouvelle langue est toujours un plus sur le CV. Ensuite, faire une thèse à l'étranger démontre des capacités d'adaptation ; tu te crées de nouveaux contacts et tu es déjà dans une optique internationale. Par rapport à un étudiant complètement français, cela peut jouer dans la balance si tu veux postuler à l'étranger." Anne Nédélec confirme ce point de vue : "Par la suite, ceux de ces étudiants français ou brésiliens qui intégreront une université maintiendront ou développeront leurs relations initiales. C'est ainsi que les coopérations universitaires se créent : cela part toujours d'initiatives individuelles."
C'est d'ailleurs comme cela que son histoire avec le Brésil a commencé : "A l'époque, j'avais travaillé à Toulouse avec un jeune Brésilien, Ricardo Trindade, venu en post-doctorat dans notre laboratoire, et qui a été recruté comme enseignant-chercheur à l'USP. Il est maintenant Professeur de Géophysique à l'USP. Nous sommes restés en collaboration constante depuis 2001. Nos travaux en commun se sont déroulés à la faveur d'une thèse en co-tutelle d'un étudiant français. Financièrement, nous avons été soutenus par les dispositifs institutionnels de nos pays respectifs." Le CNRS côté français, la FAPESP (Fundação de Amparo à Pesquisa do Estado de São Paulo ? Fondation pour le Soutien à la Recherche de l'Etat de São Paulo) côté brésilien, et le programme d'échanges universitaires CAPES-COFECUB (Coordenação de Aperfeiçoamento do Pessoal de Nível Superior - Comité Français d'Évaluation de la Coopération Universitaire et Scientifique avec le Brésil).
La collaboration France-Brésil facilitée par la culture
Le paysage universitaire brésilien n'étant ni uniforme ni conforme au cas de São Paulo, des programmes similaires au CAPES-COFECUB aident et soutiennent les projets des universités moins aptes à la coopération internationale. Par ailleurs, toujours dans le souci de multiplier les occasions d'importer le savoir-faire étranger, le Brésil s'est doté en 2011 du programme Ciência sem Fronteiras (Sciences sans Frontières) (Voir encadré ci-dessous) qui finance la mobilité internationale d'étudiants brésiliens dans l'enseignement supérieur. Cette année a marqué une nouvelle étape dans le renforcement des liens entre le Brésil et la France : en adhérant au programme Ciência sem Fronteiras, la France s'est engagée à recevoir des étudiants brésiliens dans des laboratoires de recherche français.
Au-delà de l'intérêt scientifique, Anne Nédélec trouve que la collaboration entre la France et le Brésil est "facilité à l'échelle des individus, due à la proximité des langues et des cultures latines. Les Français se plaisent au Brésil et les Brésiliens se plaisent en France."
Anahide Merayan (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 3 décembre 2012
| "SCIENCES SANS FRONTIÈRES", C'EST QUOI ? Initiative du ministère de la Science, de la Technologie et de l'Innovation, du ministère de l'Éducation et du ministère de l'Enseignement supérieur et de la technologie éducative brésiliens, Ciência sem Fronteiras (Sciences sans frontières) a pour projet de financer 101.000 bourses d'études en quatre ans afin de favoriser les échanges scientifiques entre des universités brésiliennes et étrangères. Sont déjà partenaires seize pays, parmi lesquels une majorité de pays européens ainsi que l'Australie, le Canada, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l'Inde et le Japon. 10.000 bourses sont prévues pour l'envoi de candidats brésiliens en France entre 2012 à 2015. La France est d'ailleurs un des partenaires les plus importants de ce programme éducatif. Sélectionnés sur des critères d'excellence, ces candidats sont principalement des étudiants de premier cycle scientifique et technique, général ou professionnel, des étudiants en cycle ingénieur, des doctorants ou des post-doctorants. |





