

A chaque feu, trois, cinq ou parfois dix motos de petite cylindrée occupent la première ligne après s'être faufilées entre les voitures. Ce sont les motoboys, livreurs express détestés par les automobilistes, mais dont les services sont devenus indispensables au quotidien de la plupart des Brésiliens.
Motoboy dans la rua Manuel da Nobrega - © Laurent Guerinaud Photography
Livraisons de pizzas, de documents importants, de colis urgents? Les services des motoboys sont utilisés dans tous les domaines. Le nombre de motoboys circulant dans les rues est impressionnant : ils sont plus de 200.000 à São Paulo (dont 15.000 régularisés) et environ 15.000 à Rio (dont moins de 5% régularisés) !
Détestés par les automobilistes et les piétons, les motoboys ont la réputation de commettre infraction sur infraction pour gagner quelques minutes sur leurs temps de trajet dans le trafic congestionné de la ville? Qui n'en a jamais vu griller des feux, rouler sur les trottoirs, en sens interdit, ou encore se faufiler à toute vitesse entre les voitures sans la moindre marge de sécurité ?
Certains n'hésitent pas à prendre tous les risques pour gagner quelques minutes, portant préjudice à l'ensemble de la profession. Quand on sait que les motoboys sont payés à la course, parfois pas plus de quelques reais, on comprend que la pression est forte pour risquer sa vie?
12.000 morts par an
C'est le terrible bilan pour l'ensemble des motocyclistes et les motoboys en représentent la plus grosse proportion. Outre une prise de risque souvent inconsidérée des la part de ces "livreurs express", ces chiffres s'expliquent par le fait que les motoboys n'investissent pas dans les équipements de protection adéquats (casque, blouson moto, gants, bottes?), faute de moyens.
Bien que l'âge du parc de motos se soit considérablement rajeuni ces dernières années, l'entretien de celles des motoboys, laissent souvent à désirer. Il faut dire qu'avec un salaire brut mensuel moyen de 1.359 reais pour 10 heures de travail par jour, il est difficile d'acheter le coûteux matériel?
Un véhicule, différents termes
Au Brésil, on distingue les motoqueiros, motoboys et motocicilistas. Le premier terme qualifie l'ensemble des conducteurs de deux roues motorisés. Au sein de cette catégorie d'usagers, les Brésiliens distinguent les motoboys, qui utilisent leur moto, le plus souvent de petite cylindrée (125 à 250 cc), à des fins professionnelles et les motociclistas. Ces derniers sont les "motards de loisir", qui pilotent des motos de cylindrée bien plus importante (500 à plus de 1.000 cc), mais aussi bien plus coûteuses, ce qui limite leur accès aux classes les plus aisées. Les motociclistas sont ainsi généralement bien mieux équipés et plus prudents que les motoboys. Ils sortent surtout le week-end alors que les motoboys travaillent plutôt en semaine.
Le "phénomène motoboy" a pris une ampleur exceptionnelle à São Paulo notamment, ce qui pose de nombreux problèmes, en particulier de sécurité, que la mairie a tenté de résoudre. Les "marginais" se sont ainsi vues interdire pendant quelques années la circulation des motos tandis que des voies réservées ont été testées sur plusieurs avenues.
Laurent GUERINAUD (www.lepetitjournal.com - Brésil) Rediffusion actualisée





