Édition internationale

SOCIETE – Le Brésil face au problème des mariages infantiles

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Au Brésil, 42.785 enfants de moins de 14 ans sont mariés ou vivent en couple. Pourtant légalement, l'union maritale est totalement interdite avant 14 ans et autorisée seulement par dérogation jusqu'à 16 ans. La misère urbaine et la promiscuité dans les zones rurales éloignées expliquent ce phénomène

Appelons-la Patricia. Elle vit à São Bernardo do Campo, dans la ceinture industrielle de São Paulo. Elle a 2 enfants et est mariée à un homme de 16 ans plus vieux qu'elle depuis l'âge de 11 ans. Aujourd'hui, Patricia a 18 ans, sa relation matrimoniale perdure ; c'est rarement le cas de ce type d'union précoce. A l'époque,  c'est Patricia qui a pris l'initiative : " J'ai menti à mon amoureux, je lui ai dit que j'avais 14 ans et on s'est installés ensemble. On était juste les deux dans notre logement alors que chez mes parents, nous étions sept enfants dans la même chambre. C'est pour ça que je me suis enfuie. Avec lui, j'étais bien plus libre ".

40.000 Patricia
Pendant toutes ces années, Patricia s'est débrouillée tant bien que mal pour continuer à fréquenter l'école "sauf pendant un an, vers 15 ans, quand j'ai eu mon second fils ". Aujourd'hui, elle s'estime une mère heureuse, mais regrette son enfance perdue : "J'ai dû renoncer à beaucoup de choses, comme jouer à la balle. J'adorais ça et ça fait 8 ans que je n'ai plus mis les pieds sur un terrain. Non, ce n'est pas facile de faire ce que j'ai fait. "

Les Patricia sont plus de 40.000 aujourd'hui à vivre ainsi au Brésil. Hors des grandes villes, on les rencontre surtout dans les Etats les plus pauvres du pays, Alagoas ou Maranhão dans le Nord-Est, ou bien ceux qui concentrent les populations indigènes, l'Acre et le Roraima. Bien que leur relation de couple soit illégale et passible de 15 ans de prison pour " abus contre des personnes vulnérables", le phénomène reste largement ignoré des pouvoirs publics qui ferment les yeux.
"En plus des impératifs économiques et sociaux, des facteurs culturels, notamment au sein des populations indigènes contribuent au fait que les proches ne dénoncent pas ces situations, même s'ils ne les approuvent pas" note Helen Sanches, Présidente de l'Association Brésilienne des Magistrats, Procureurs et Avocats de l'Enfance et de la Jeunesse (ABMP).

Un phénomène mondial

Le Brésil n'est pas un cas unique. Selon l'UNICEF, une adolescente de moins de 18 ans se marie chaque 3 secondes dans le monde. Pour des raisons culturelles, religieuses ou à cause de la pauvreté. Selon les associations de défense des droits de l'homme, ce seraient plus de 10 millions d'enfants et d'adolescents qui choisissent ce moyen pour tenter d'échapper à la misère. La majorité de ces mariages infantiles ont lieu en Afrique et en Asie où ils représentent la principale forme d'abus sexuels contre les mineurs.

Car souvent, il s'agit de mariages arrangés par des parents consentants : "Dans des régions dévastées par la sécheresse, les inondations ou par la guerre, le mariage des plus jeunes est une question de survie ", explique Kanwal Alhuwalia, une sociologue indienne qui a elle même été victime d'un mariage forcé lorsqu'elle était enfant. "Une bouche de moins à nourrir, c'est parfois le salut du reste de la famille". Kanwal Alhuwalia dirige aujourd'hui l'organisation Plan UK de lutte contre les mariages infantiles.
Le prétendant, généralement bien plus âgé que la fiancée " achète " sa compagne mineure, réduite au statut de marchandise, en échange d'eau, d'aliments ou de bétail. Une pratique qui a explosé en Afrique de l'Est, à cause de la sécheresse actuelle, la pire de ces 60 dernières années. Là-bas, ces adolescentes sont appelées les " fiancées de la sécheresse."

Mariages précoces et mortalité post-natale
Ann Warner, du Centre International de Recherche sur les femmes (IRCW), relève l'étroite corrélation qui existe aujourd'hui entre l'augmentation des mariages infantiles et les décès lors d'accouchements : "Le corps de ces fillettes n'est physiquement pas prêt pour une grossesse. Plus celle-ci a lieu tôt, plus le risque de mourir en accouchant est grand ".
Une réalité que l'Association des Magistrats, Procureurs et Avocats de l'Enfance et de la Jeunesse (ABMP) juge intolérable au Brésil. Elle promet de lancer une grande campagne de vigilance pour en finir avec ces mariages précoces. Tout en soulignant que la dénonciation ne suffit pas : "Une campagne de sensibilisation doit être accompagnée de programmes d'aide aux enfants et adolescents et d'un effort éducatif dans les écoles " conclut Helen Sanches.

Jean-Jacques FONTAINE (www.lepetitjournal.com ? Brésil) jeudi 13 octobre 2011


Retrouvez tous les articles de Jean-Jacques Fontaine sur son blog Vision Brésil.

 

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Publié le 13 octobre 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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