A l'occasion du Festival de cinéma français Varilux, organisé du 10 au 17 juin dans plus de cinquante villes brésiliennes, de nombreux acteurs et réalisateurs sont invités à venir présenter leur film. Avant Tahar Rahim, Noom Diawara et Philippe de Chauveron, Lepetitjournal.com a rencontré Patrick Bruel, à São Paulo. L'acteur est à l'affiche de Tu veux ou tu veux pas et Les yeux jaunes des crocodiles, tous deux au programme du festival.
Lepetitjournal.com : Dans Tu veux ou tu veux pas ?, vous jouez un ?addict? au sexe repenti, Lambert. Parlez-nous un peu de ce personnage...
Patrick Bruel : C'est un type qui a une sexualité totalement débridée et qui décide de s'en sortir parce que ça lui joue des tours, dans sa vie professionnelle, dans sa vie affective, dans sa vie de tous les jours. Il change de boulot et passe d'un extrême à l'autre en devenant conseiller conjugal. A côté de ça il suit une thérapie, il se retient, il est sérieux, il est dur et assidu? lorsqu'arrive dans son bureau une espèce de ?chose irrésistible?, un ovni qui est non-seulement Sophie Marceau mais qui joue le personnage d'une ?nympho? complètement libérée, assumant sa sexualité. Comme il ne répond pas à ses attentes, n'avouant pas évidemment qu'il est en cure de désintoxication, elle le prend pour un type un peu déréglé, homo, voire bizarre. Donc ça crée une situation plutôt amusante. C'est aussi une réflexion sur le couple et sur l'engagement. C'est le chemin qu'ils doivent parcourir l'un vers l'autre, un véritable voyage initiatique pour se retrouver, sur des bases qui leur faisaient si peur à l'un et à l'autre, sur les bases de l'amour, qui était pour eux symboles d'engagement et d'emprisonnement? Et cette peur vole en éclat devant la tendresse de leur rapport.
Est-ce que vous avez découvert des facettes de Sophie Marceau que vous ne connaissiez pas?
Pas vraiment. C'est une bonne actrice, on a toujours su que c'était une bonne actrice, qu'elle avait de la fantaisie, qu'elle s'adaptait bien aux comédies. Quand le casting a été annoncé, les gens doutaient, ils se disaient : ?Sophie Marceau, la petite chouchoute des Français, de La Boum, en addict sexuelle ?", et puis finalement ça a été bien accepté, les gens ont décidé qu'elle s'acquittait bien de son personnage. Mais sinon je n'ai pas vu sa sexualité exploser pendant et en dehors du tournage (Rires). Je trouve qu'elle a une manière assez charmante d'aborder le rôle, ce n'est jamais vulgaire, c'est toujours ?on the edge?.
Est-ce que vous avez une scène préférée?
Oui ! Celle de l'impro. C'est une scène où on se met à la place des couples qu'on est censé aider, ceux qui suivent la thérapie. Dans cette scène on se met à leur place pour leur montrer un peu ce à quoi ils ne voudraient peut-être pas ressembler.
Parlez-nous des Yeux jaunes des crocodiles. Vous y jouez le mari d'Iris (Emmanuelle Béart), qui vole littéralement le sujet de sa s?ur Jo (Julie Depardieu) pour se lancer dans un roman, qu'elle se retrouve finalement incapable d'écrire et dont elle finit par confier l'écriture à sa s?ur...
J'aime vraiment beaucoup le personnage que je joue, Dupin, qui est pris comme ça entre sa femme dont il connaît les failles et les défauts, et il ne supporte pas ses défauts qui remontent à la surface comme ça, et sa soeur, cette fille pour qui il commence à avoir de la tendresse, et qu'il va commencer à aider parce qu'il ne supporte pas l'emprise que (sa femme) a sur elle. J'aime bien sa posture, j'aime bien sa relation avec son fils aussi. Il me ressemble beaucoup.
Vous avez plus de points communs avec lui qu'avec Lambert ?
Ah oui complètement. J'aime bien ce personnage. C'est un personnage intéressant et un sujet intéressant : l'imposture est toujours un sujet fantastique, que ce soit au théâtre depuis Tartuffe jusqu'à ce film-là, c'est toujours intéressant à traiter. Ici on est entre Tartuffe et Cyrano de Bergerac, avec cette s?ur qui va endosser les lauriers, les succès et la gloire et qui va courir derrière un bonheur qui est complètement fictif et illusoire.
Nous vous avons entendu parler un peu de portugais : est-ce que vous le parlez couramment ?
Eu falo um pouco ! Je parle espagnol couramment comme le français, et j'ai également vécu pas mal de temps avec une Brésilienne. J'ai aussi fait beaucoup d'allers-retours avec le Brésil puisque j'ai produit des groupes ici, comme par exemple en 1996 le groupe Carrapicho, qui a fait ensuite le tour du monde avec une chanson qui s'appelle Tic Tic Tac. J'ai découvert ce groupe en Amazonie lors du tournage du Jaguar, et puis je les avais ramenés. Ils sont revenus par la grande porte et sont devenus des stars, ils ont vendu beaucoup de disques au Brésil. Ensuite j'ai produit d'autres trucs, j'ai monté une reproduction ici à São Paulo. J'ai passé du temps ici.
Vous avez donc eu l'occasion de connaître un peu le Brésil ?
Oui bien sûr. J'ai passé beaucoup de temps à Rio, à São Paulo et en Amazonie. C'est les trois parties du Brésil que je connais. Le Brésil est un pays, 
Vous passez la majeure partie du temps à Rio, peut-être aurez-vous plus le temps de vous balader ?
Oui, mais à Rio on sait exactement où on va aller. Alors que São Paulo, c'est très intéressant : il faut être introduit, savoir où aller...
Étant donné que vous avez eu l'occasion de connaître le Brésil, est-ce que vous connaissez des artistes brésiliens ?
À l'époque je connaissais absolument tout ce qui se faisait : évidemment, la grande tradition brésilienne de Vinicius de Moraes jusqu'à Tom Jobim, Gilberto Gil... Chico Buarque évidemment, qui était et qui est encore mon ami. Puis dans les années 90, il y avait ce groupe qui s'appelait Skank et Mariana Aydar.
Vous avez chanté en duo avec Chico Buarque ?
Oui bien sûr, on a fait plusieurs émissions de télé ensemble (voir ici). On a évidemment chanté Que será que será, peut-être la plus grande chanson brésilienne jamais écrite.
Pour en revenir au cinéma, est-ce que vous avez déjà pensé à jouer dans un film brésilien ?
J'en rêve, moi. Si l'on me propose, je serai le premier à foncer.
De futurs projets, en rapport ou non avec le Brésil ?
On va probablement organiser un concert ici. C'est vrai que ça fait des années qu'on me le demande. À l'époque où je produisais tous ces groupes, on m'avait proposé de faire des concerts mais je n'ai jamais eu vraiment le temps ou l'opportunité. Là par exemple c'est bête parce que je suis venu pour le festival, on aurait très bien pu, en amont, organiser un concert à São Paulo. Mais je veux revenir et on va le faire, ce serait bien. On a chanté partout cette année alors pourquoi pas le Brésil : on est allé en Chine, au Canada, aux États-Unis? Je pense qu'il faudrait juste un bon travail de promotion.
Propos recueillis par Fanny CHARBIN (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 15 juin 2015





