

Trente-huit personnes sont jugées depuis jeudi 2 août dans une vaste affaire de corruption datant de l'ère Lula. Cette affaire, qui avait failli coûter sa réélection à l'ancien président, est déjà présentée comme "le procès du siècle". Retour sur un système de malversations complexe mis au jour en 2005
C'est le plus grand scandale de corruption au Brésil, impliquant le Parti des Travailleurs (PT), qui est actuellement jugé par la Cour Suprême de Brasilia. Un procès attendu depuis déjà sept ans et dont les multiples rebondissements n'ont cessé d'alimenter les chroniques judiciaires et politiques, entachant au passage la réputation de l'ancien président Lula, encore très populaire au Brésil. Sur le banc des accusés, trente huit personnes - ténors du PT, anciens ministres, ex-parlementaires, publicitaires, chefs d'entreprises, banquiers - sont soupçonnés d'avoir pris part à ce système, "le plus audacieux que le pays n'ait jamais connu", estime le procureur de la République, en charge du dossier. Entre 2002 et 2005, sous le premier mandat de Lula, ces hommes auraient versé des pots de vin aux parlementaires du Congrès afin d'acheter leurs votes et de s'assurer de l'adoption des réformes de la coalition au pouvoir. Selon les chiffres du journal O Globo, s'appuyant sur les estimations du parquet, le montant total de ces transactions financières se serait élevé à 101 millions de reais, soit environ 40 millions d'euros.
Lula blanchi mais sali par le scandale
Ces 38 prévenus répondent donc des chefs d'accusation suivants : malversations, corruption, blanchiment d'argent et association de malfaiteurs. Ils encourent jusqu'à 45 ans de prison. Parmi les accusés, José Dirceu, l'ancien ministre et chef de cabinet du président Lula. Il est soupçonné par l'accusation d'avoir été au coeur même de ce dispositif orchestré par le PT. Sa mise à l'écart du gouvernement avait d'ailleurs permis l'ascension fulgurante de Dilma Rousseff, l'actuelle président du pays. Si la mise en cause de proches de Lula risque de ternir son image, il n'est pas personnellement poursuivi par la justice. Il n'a cessé d'affirmer qu'il n'avait jamais eu connaissances de l'existence d'une telle organisation. Il a d'ailleurs présenté des excuses publiques, mais l'affaire a, malgré tout, bien failli lui coûter sa réélection en 2006.
"Les mensualités"
C'est au mois de juin 2005 que le scandale a éclaté, lorsqu'un député de la coalition, Roberto Jefferson, a mis le feu aux poudres, en révélant à la presse l'existence de ce vaste système de corruption. Concrètement, les malversations seraient passées par un publicitaire, Marcos Valerio de Souza. Ce dernier était chargé de réaliser des campagnes pour le gouvernement et reversait secrètement une partie des sommes allouées à certains parlementaires afin d'acquérir leurs votes. C'est Roberto Jefferson, l'homme à l'origine de ces révélations, qui a donné à ces combines le nom de "Mensalao", c'est à dire "mensualité". Un surnom qui irrite d'ailleurs les membres du Parti travailliste. Samedi 4 août, une trentaine d'avocats de la défense se sont réunis et se sont mis d'accord pour demander le remplacement du terme "Mensalao" par celui, jugé plus neutre, d'"action judiciaire". Selon O Estado de São Paulo, ils estiment que le terme de "Mensalao" renvoie à "un jugement de valeur péjoratif".
"Le procès du siècle"
Jeudi 2 août, le procès s'est donc ouvert devant la Cour Suprême de Brasilia, après 7 ans d'enquête. Selon Agencia Brasil, le procureur aurait d'ores et déjà réclamé la condamnation de 36 des 38 prévenus qui comparaissent libres. "Toutes, absolument toutes les preuves possibles, nécessaires à la condamnation des prévenus ont été présentées. Jamais il n'y a eu de dossier si solidement ficelé" a-t-il déclaré, toujours selon Agencia Brasil. Les premières condamnations devraient être connues en septembre. Ce procès est devenu le symbole des failles du système politique brésilien mais aussi de la gangrène que représente la corruption. Les experts s'interrogent désormais sur l'impact d'un tel procès sur les élections municipales à venir et plus largement sur les institutions brésiliennes. De nombreux journaux internationaux comme The Economist voit dans cette action judiciaire un coup sévère porté à une mauvaise habitude brésilienne. Pour la presse locale, qui a suivi avec ferveur le déroulé de l'enquête et se passionne désormais pour le feuilleton judiciaire, il s'agit sans aucun doute du "procès du siècle". Un procès pour l'exemple qui pourrait, espèrent les observateurs, remettre en cause le sentiment d'impunité, encore trop souvent présent à tous les niveaux du pouvoir brésilien.
Anne-Louise SAUTREUIL (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 6 août 2012





