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LUC BOUVERET - "Ce livre s’est imposé comme une thérapie"

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 11/07/2016 à 22:05 | Mis à jour le 06/01/2018 à 23:32

 

Thérapeute français installé au Brésil, Luc Bouveret, a dévoilé fin juin à São Paulo et Rio son livre O Homem que Deu à Luz (Belaletra Editora), qui explique sa bataille l'an dernier à la recherche d'un donneur de moelle 100% compatible pour sauver la vie de Tancrède, son fils, issu d'une mère porteuse. Lepetitjournal.com l'a rencontré pour l'occasion.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?
Luc Bouveret : J'ai fait un IUT de gestion, puis l'Ecole supérieure de gestion (ESG) à Paris. J'ai ensuite travaillé chez Christian Dior avant de me rendre compte que je n'étais pas fait pour travailler dans un bureau. J'ai donc été au Cours Florent pour devenir acteur. Après avoir financé mes études, mes parents m'ont dit de me débrouiller. Je voulais réussir rapidement. Un de mes amis était antiquaire au marché au puces et j'ai travaillé avec lui pendant deux ans : je décapais les meubles la semaine et je les vendais le week-end. Au bout de quatre ans, j'ai monté mon propre magasin, qui a très bien marché. J'en ai ouvert deux autres. J'ai acheté deux galeries en parallèle, puis j'ai arrêté les puces. Au niveau sentimental, j'ai vécu une belle histoire avec Jacques, qui était un mari, un père, un ami, un frère pour moi. Malgré une vie très agitée, j'ai eu envie d'avoir un enfant. Etant donné que je suis homosexuel, j'ai décidé de faire appel à une mère porteuse. Je me suis donc rendu en Californie, car c'est strictement interdit en France (je risque trois ans de prison et 45.000 euros d'amende pour avoir fait cela). En Californie, tout a été fait légalement, Tancrède a le passeport américain. Dès sa naissance, Tancrède a dû lutter pour vivre, il est né grand prématuré, après six mois et demi de grossesse. Il est resté entre la vie et la mort presque un an. Nous avons vécu deux mois à l'hôpital de San Diego à ses côtés avant de rentrer en France. J'ai arrêté mon travail pour m'occuper de lui, je dormais à peine deux heures par nuit. Un peu plus tard, j'ai repris la galerie et j'ai rencontré David, mon mari. La crise est venue et je me suis lassé de Paris.

Comment êtes-vous arrivé au Brésil ?
Je voulais changer de pays, des clients brésiliens m'ont donné envie d'aller m'installer au Brésil. Ce que nous avons fait avec David. On n'avait même pas de visa. Je suis devenu décorateur au Brésil et David s'est associé avec une entreprise américaine pour représenter des marques étrangères. En septembre 2009, j'ai eu une révélation à Paraty : j'ai vécu une extase d'amour alors que je n'étais pas du tout quelqu'un de spirituel. J'ai toujours eu conscience des autres, mais j'avais un autre aspect de ma personnalité très snob, hautain. Notre vie a complètement changé à partir de cet instant. J'ai commencé à méditer tous les matins et à avoir des visions. Je suis donc devenu thérapeute et David professeur de yoga. Nous avons commencé à faire des workshops, des retraites spirituelles, et récemment nous avons ouvert un centre d'évolution de l'Etre. Très loin d'une secte, puisque nous ne faisons pas d'argent ni de religieux. 

Dans quel état est Tancrède aujourd'hui ?
Aujourd'hui, Tancrède a douze ans et il sort d'une période difficile. Il y a un an et demi, il a attrapé une pneumonie. Il a été soigné à l'hôpital Einstein, un établissement prestigieux. Sa pneumonie a été soignée en dix jours, mais les médecins se sont aperçus qu'il avait une immunité très faible. Après quelques analyses complémentaires, il s'est avéré que Tancrède avait une leucémie très rare : une mieliodisplasia, une maladie rare chez les enfants. Les médecins ont donc commencé le traitement et on s'est aperçu qu'il avait besoin d'un don de moelle osseuse. Le centre de moelle osseuse du Brésil a fait des recherches, mais les choses n'avançaient pas. On a donc fait une grande campagne médiatique sur les réseaux sociaux pour que les gens aillent faire des tests. Les télévisions se sont beaucoup intéressées à notre cause, ce qui nous a permis de faire connaître l'histoire de Tancrède et de mobiliser du monde. Après plusieurs mois, nous avons fini par trouver une moelle osseuse à 90% compatible. Les médecins voulaient commencer la greffe, mais je pensais qu'on pouvait trouver une moelle 100% compatible. Il y a un peu plus d'un mois, j'ai cru que j'allais perdre mon fils. Les médecins commençaient à nous préparer à la mort de Tancrède et cette idée m'était insupportable. Heureusement, on a trouvé une moelle osseuse compatible à 100%, le donneur vient des Etats-Unis. Pour le moment Tancrède va mieux, mais sa santé est encore très fragile.

Qu'est-ce que la maladie de Tancrède a changé dans votre vie ?
Tout d'abord, je pense que cela a fortifié notre foi. Notre couple est passé par des périodes difficiles. Il faut dire que beaucoup de parents d'enfants malades finissent par se séparer. Heureusement, cela n'a pas été notre cas, au contraire, on est beaucoup plus proches qu'avant. Dans ces moments-là, on est tellement nerveux et sensible que tout vient nous toucher. La difficulté est de parvenir à surmonter cette épreuve en famille. J'ai découvert que beaucoup de conflits au sein de notre couple venaient de moi. Je pensais être le parent fort des deux, le leader spirituel, et je me suis aperçu ces derniers mois, quand on a cru que Tancrède allait mourir, que David était beaucoup plus fort que moi. J'avais perdu la raison au moment où Tancrède était mal et David m'a soutenu et a été très fort. Par ailleurs, je savais que j'aimais mon fils, mais cet amour est devenu encore plus grand. Je n'arrive pas à expliquer à quel point, mais c'est énorme. J'aurais pu mourir pour lui épargner une heure de souffrance. Enfin, cette période s'est accompagnée de beaucoup plus de solidarité de notre part. Nous avons accueilli plusieurs personnes à la maison, notamment Aicha et Jessica. Avant la maladie de Tancrède, on avait déjà fait des actions humanitaires, mais la maladie nous a donnés encore plus envie de rétribuer. Pour terminer, j'ai réalisé que la vie humaine n'avait que trop peu d'importance pour beaucoup de monde.

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel est votre message ?
Ce livre s'est imposé comme une thérapie. J'ai commencé à l'écrire à Paris, lorsque je passais tout mon temps avec Tancrède. Ce livre était un besoin. Il fallait que je partage tout ce que je ressentais, tout cet amour que j'avais pour lui. Seules les mères comprenaient. J'ai toujours tenu à être très transparent. En tant qu'homme, riche, homosexuel, j'avais encore plus besoin de communiquer. J'avais envie de graver tous ses moments pour qu'un jour, Tancrède puisse comprendre tout l'amour que j'ai pour lui. D'ailleurs, à l'hôpital, je lui ai lu presque tous les passages de cette époque. Par ailleurs, ce livre était une envie. J'avais envie de livrer mon c?ur, ma vérité. Je n'ai jamais hésité à monter qui j'étais, mes faiblesses et mes tourments. A travers tous mes écrits, qu'il s'agisse de mon livre ou des posts que je mets sur Facebook, j'ai l'impression d'avoir du soutien et de rendre service aux autres, de les aider à changer. Je me suis également découvert du talent pour l'écriture. Enfin, ces écrits permettaient aussi de mobiliser les gens.

Propos recueillis par Pauline RAGUÉ (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 12 juillet 2016

1 Commentaire (s)Réagir
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Tofdu74 jeu 27/06/2019 - 22:36

Merci Mr Luc

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