

??Cruz das Almas ?'', aurait dit l'auteur de Sous le Soleil de Satan, ??c'est un nom qui me plaît. Je reste.'' Aujourd'hui encore, il est possible d'aller sur les lieux où le romancier et sa famille ont vécu. Le petit musée George Bernanos rassemble quelques souvenirs que l'écrivain a laissé à son départ, dont un drapeau tricolore arborant la croix de Lorraine. En effet, Bernanos aurait activement participé, depuis son exil brésilien, à la rédaction de textes de résistance destinés à soutenir les dissidents dans leur combat pour la liberté. En se promenant aujourd'hui dans Barbacena, une ville heureusement peu défigurée par le tourisme de masse, on peut par hasard tomber sur le souvenir d'une présence française à l'académie des lettres, au musée municipal, ou encore dans le bureau du député où une énorme bibliothèque pleine de classiques français trône au milieu de la salle.
Rapidement en rencontrant les barbacenais d'un certain âge, on apprend que le souvenir de l'écrivain français continue de se transmettre par le biais des livres dédicacés qu'il a laissés lors de son passage. Ainsi un habitant nous montre un livre dédicacé où le pèlerin émerveillé pourra lire une longue tirade où figurent les mots suivants : ??Contre la liberté du monde, nous verrons bientôt s'unir les puissances du Fer et celle de l'Argent, aujourd'hui en apparence du moins-ennemies? mais la prochaine Révolution Française brisera le Fer et déshonorera l'Argent.'' De quoi comprendre la situation politique telle que l'écrivain la ressentait à l'époque.
Rencontre d'un écrivain disparu
Georges Bernanos était très attaché à son pays d'adoption et ce n'est qu'à contre c?ur qu'il dut le quitter en 1945. Beaucoup sont venus le visiter, comme les écrivains George de Lima, Stefan Zweig ou encore la Comtesse de Paris (née Orléans-Bragance). Le père Antonio Viçoso Rodrigues, âgé de 84 ans, habitant aujourd'hui à quelques centaines de mètres de la fazenda transformée en musée Georges Bernanos depuis 1968, se rappelle également de l'écrivain : en 1945 sur son lieu de travail, au café colonial sur la grand place de Barbacena. ??Comme Bernanos était tous les jours au café, y compris le dimanche pour écrire et discuter avec ses amis brésiliens, je me souviens de l'y avoir aperçu quelques fois, mais j'étais jeune et je parlais trop mal le français pour aller lui parler. Il quittait parfois le groupe de ses amis du café où ils parlaient souvent de politique, pour se réfugier dans un coin à l'écart et écrire ses articles sur une petite table. Il a laissé l'image d'un patriote et d'un cavaleiro de l'ancienne garde, car il ne circulait qu'à cheval. Parfois quand les enfants du pays le saluaient en français, il leur distribuait des bonbons en récompense. Et si le général De Gaulle ne l'avait pas rappelé en 45, il aurait sans doute réussi à créer une école française, car il était très généreux et souhaitait aider les enfants du pays.'' Pour en apprendre plus au sujet de Bernanos au Brésil, Lepetitjournal.com vous recommande la lecture de l'anthologie de textes de Bernanos sur son séjour de 1938 à 1945 venant de paraître aux éditions de La Table Ronde : Brésil, terre d'amitié.
Vincent GUILLIER (www.lepetitjournal.com ? São Paulo) vendredi 11 septembre 2009
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