

Le français et le portugais sont de proches cousins. Pour autant, la superposition des deux langues peut être source de bien des confusions. Révisions.
J'ai bien ri le jour où, après quelques mois au Brésil, j'ai entendu Félix, 3 ans, jouant seul à la dînette. "Assietta, coulièra, couto-ou, fourchetchi", répétait-il, enregistrant non pas du vocabulaire, mais des règles de mutations de suffixe et de prononciation entre les deux langues. Brillant, mon fils commençait à mettre le doigt sur les difficultés de la traduction littérale. Voici quelques exemples triés sur la "persiana", tirés de la vie de tous les jours au Brésil.
Graça : je la connais elle, c'est ma prof de portugais. Elle est sympa, drôle, élégante. "E gratis? de graça", m'explique-t-on. C'est gratuit de la part de Graça ? Alors j'en profite pour la remercier : gracias, graça, je suis ton obligée !
Trânsito : quand le jingle de la radio annonce "Trânsito" d'une voix masculine grave mais rassurante, il n'annonce pas la rubrique santé. Le trânsito renvoie à la circulation, mais pas nécessairement intestinale.
Pied de biche : ne se dit pas pé de bicha, mais "de cabra". Avec ce néologisme, le vendeur de Leroy Merlin, qui affichait une impassibilité gênante jusque-là face à mes explications laborieusement mimées, a manqué de s'étrangler. Oui, parce qu'une biche, se dit chèvre? enfin, vous me suivez. On peut néanmoins ajouter qu'une biche est une sorte de bicho.
Bravo : Parfois, dans la communication interpersonnelle, il est judicieux de se fier en priorité au langage corporel. Quand une personne vous dit "bravo" d'un air sincèrement content et admiratif, le mot est sûrement employé comme l'expression d'un compliment. Si en revanche, il est prononcé avec un froncement de sourcil, il y a des chances que l'interlocuteur exprime son mécontentement. Il est possible aussi, qu'on vous parle français avec ironie "Ah, ben bravo !", équivaut à peu près à "fico bravo", je suis fâché.
Da - Não da : Il donne ? Tu ne donnes pas ? Mais quoi et à qui ? Je ne suis plus du tout la conversation là? Il fallait comprendre "não faz", "ça l'fait pas" en bon français.
Chá : Au Brésil, chacun cherche son chá : chá de hortelã, chá verde, chá de bebê, chá de cozinha... Et si on appelait un chá, un chat ! On se retrouverait à prendre un thé avec un gato?Ce qui rend le quiproquo légèrement surréaliste.
Borracharia : longtemps, je me suis demandée ce qu'on pouvait bien servir à boire dans une borracharia, qui, vue de l'extérieur n'invitait guère à l'ivresse. Non, on ne sort pas "borracho", saoul, d'une borracharia, on change ses pneus? Attention cependant, car la conduite en état d'ébriété peut mener droit à la borracharia.
S'il vous reste quelques doutes sur l'emploi de ces vocables, ou pour signaler d'autres "faux amis", n'hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires !
LB (www.letpetitjournal.com - Brésil) Rediffusion





