Édition internationale

FOOT - Neymar, symbole des dérives du football professionnel moderne

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

C'est la nouvelle et plus récente polémique du football brésilien. Agé à peine de 18 ans, le nouveau prodige du ballon rond, Neymar da Silva Santos Junior, a tout pour réussir une immense carrière. A l'image du Roi Pelé, il éclot à Santos, ce club mythique qui a vu tant de grands joueurs débuter leur carrière dans l'antre de la Vila Belmiro

Une ascension fulgurante

Dès ses premières apparitions dans l'équipe professionnelle de Santos, on remarque en Neymar une rare dose de talent : rapide, fin dribbleur, il est capable de déstabiliser n'importe quelle défense. Il contribue largement aux titres acquis dans le Championnat Pauliste ou à la Coupe du Brésil. Tout s'enchaîne alors très vite pour le jeune garçon : première convocation en Sélection du Brésil et premier but, premières sollicitations des plus grands clubs européens. Les anglais de Chelsea mettent plus de 30 millions d'euros sur la table pour s'attacher les services du nouveau joyau du foot brésilien. Finalement, le club de Santos réussit à retenir sa perle en lui proposant un salaire équivalent (on parle de plus de 1 million de reais par mois).
Mais voilà, on commence à noter des changements de comportement chez le jeune joueur. Sur le terrain, son opération de déstabilisation des adversaires utilise désormais des moyens peu avouables : plongeons, simulations, provocations, humiliations. "Moi je suis millionnaire" glisse-t-il à un de ses adversaires pendant un match qui aurait terminé en pugilat sans l'intervention musclée de la police. Le dernier épisode, le plus grave, a lieu le 15 septembre. Santos reçoit alors l'équipe de l'Atletico Goianiense. En fin de match, Neymar provoque et obtient un penalty. Mais lorsque son entraineur désigne un de ses coéquipiers pour le tirer, Neymar entre dans une furie incontrôlée, insultant copieusement son entraineur, son capitaine et les coéquipiers tentant de le raisonner. A l'issue du match, René Simões, l'entraineur de l'équipe adverse, déclare qu'il n'a jamais croisé un joueur aussi mal élevé en 30 ans de carrière. "Nous sommes en train de créer un monstre" ajoute-t-il.

La loi du foot business

Le lendemain, dirigeants et entraineur se réunissent et décident de suspendre Neymar pour le prochain match. Insuffisant au goût de l'entraineur Dorival Junior, qui juge à juste titre que son autorité est en jeu. Il se heurte alors au refus catégorique de ses dirigeants. Pire, pour oser s'opposer à sa direction, il est mis à la porte sans aucune forme de ménagement ! Aucun reproche n'est pourtant à faire à Dorival en termes de résultats. Au contraire, il présente le meilleur bilan du club depuis des lustres (61 matchs joués pour 37 victoires, 8 nuls et 16 défaites).

En vérité, les dirigeants ont pris une décision dictée par les règles du foot business. En effet, Neymar est payé à prix d'or, il fait vendre des maillots, attire les spectateurs et téléspectateurs. Son absence lors d'un match est synonyme de préjudice sportif et surtout financier. Alors, au diable la considération pour le travail de l'entraineur, au diable le respect, la morale. Il n'y pas de valeur qui puisse s'interposer contre la logique implacable du foot business au Brésil.


Dans cette logique, le pouvoir est inversé. Il se trouve dans les mains des joueurs stars, même s'ils ont à peine 18 ans comme Neymar. Les entraineurs ne sont que des fusibles qui sautent au premier problème. Pour preuve, le Championnat brésilien qui a commencé en mai a déjà enregistré 28 changements d'entraineurs pour 20 équipes engagées ! Seules 3 équipes ont le même entraineur depuis le début de la compétition, certaines en ont déjà changé 4 fois. Les dirigeants brésiliens se montrent incapables d'établir des stratégies à moyen terme, délai nécessaire pour qu'un entraineur puisse mettre en place ses principes de jeu et de gestion d'équipe.

Rien d'étonnant donc à voir ces gamins insulter des entraineurs aussi affaiblis. La France en a fait l'amère expérience lors de la dernière Coupe du Monde où les insultes d'Anelka envers Domenech ont été suivies d'un véritable putsch d'une équipe révoltée par la sanction infligée à un des siens. Le public attendait une révolte des joueurs, certes, mais fièrement et sur le terrain et pas honteusement en coulisses. Mais ces joueurs stars, richissimes, ressentent-ils encore du respect envers le public qui les supporte ? Envers les éducateurs qui les forment ? Imagine-t-on un instant un Platini, un Pelé, un Cruyff, un Beckenbauer insulter son entraineur ? Non, c'est impensable et cela ne s'est jamais produit.

Jusqu'où le football va-t-il s'enfoncer et perdre ses valeurs fondatrices ? Jusqu'à quand va-t-on laisser des clubs s'endetter pour surpayer des joueurs immatures, formés uniquement à l'école de l'argent et du star système ?

Stéphane DARMANI (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 5 octobre 2010

Liste des changements d'entraineurs des clubs de Serie A du Championnat Brésilien

ATLÉTICO-GO
Geninho
Roberto Fernandes
Reinaldo Gueldini
Renê Simões

ATLÉTICO-PR
Leandro Niehues
Carpegiani

AVAÍ
Péricles Chamusca
Antônio Lopes

CEARÁ

PC Gusmão
Estevam Soares
Sérgio Araújo
Mário Sérgio

CORINTHIANS
Mano Menezes
Adilson Batista

CRUZEIRO

Adilson Batista
Emerson Ávila
Cuca

FLAMENGO
Rogério Lourenço
Toninho Barroso

GOIÁS
Emerson Leão
Wladimir Araújo

GRÊMIO
Silas
Renato Gaúcho

G. PRUDENTE
Toninho Cecílio
Márcio Barros
Antônio Carlos

INTER

Jorge Fossati
Enderson Moreira
Celso Roth

PALMEIRAS
Antônio Carlos
Parraga
Flavio Murtosa
Felipão

SÃO PAULO
Ricardo Gomes
Milton Cruz
Sérgio Baresi

VASCO

Gaúcho
Celso Roth
PC Gusmão

VITÓRIA

Ricardo Silva
Toninho Cecílio

ATLETICO MINEIRO
Vanderlei Luxemburgo
Dorival Junior

SANTOS

Dorival Junior
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Publié le 5 octobre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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