

Le centre financier de Buenos Aires / LPJ
L'Argentine pourrait être moins touchée par la crise que d'autres pays. C'est en tout cas, ce que pense Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie en 2001, qui affirme, dans une interview accordée au journal La Nación le 19 octobre, que "tous les pays seront touchés par la crise, mais l'Argentine pourrait avoir la chance d'être un des moins affectés". En effet selon le spécialiste américain, ancien conseiller du président Clinton, "les prix des exportations ont atteint des niveaux records, même s'ils baissent, ils resteront à des niveaux historiquement élevés". L'Argentine doit pourtant faire face à une baisse drastique des prix des produits de base. Ainsi le soja a enregistré une baisse de 50% de son prix de vente ces trois derniers mois. Le maïs et le blé enregistrent également des prix à la baisse. Or ces trois matières premières correspondent à la moitié des exportations du pays. Pourtant, Joseph Stiglitz reste optimiste : "les pays qui dépendent des exportations vers les Etats-Unis, comme le Mexique, seront d'avantage touchés par les effets de la crise"."L'Argentine, un des pays les plus puissants au monde"
Cette phrase, de Stephen Wheeler, est reprise par le journal La Nación dans son édition du 14 octobre. Considéré comme le "gourou économique des Kirchner", l'économiste et chef d'entreprise anglais vivant en Argentine, pense que la force du pays est que « contrairement aux économies des pays riches composées à 90% d'argent irréel et de 10% d'argent réel, l'Argentine dispose de plus d'argent réel que virtuel ». S'il reconnaît que la situation n'est pas bonne, Stephen Wheeler admet néanmoins que l'Argentine est un "pays fort", et que la crise représente une opportunité pour le pays. "Il faut désormais penser à un plan T: Tiers-monde. L'Argentine possède ce qui est le plus recherché dans le monde, la nourriture et la septième réserve de terre au monde".
"Le début de la phase deux de la crise"
Pourtant, les annonces de compression de personnel se succèdent, notamment dans le secteur automobile. Cette semaine, c'est au tour de General Motors, après Fiat, Renault ou Peugeot, d'annoncer une réduction de ses effectifs de 435 personnes. La crise financière commence à se faire sentir au sein de l'économie réelle. Même si Cristina Kirchner promet de faire de son mieux pour maintenir la consommation interne, rapporte Carlos Wagner de la Chambre Argentine de Construction (CAC), les risques de baisse des échanges avec les pays voisins et notamment le Brésil, inquiète les constructeurs et les industriels en général.
Nationaliser le système des retraites
Et pour répondre à la crise financière internationale, la présidente Cristina Kirchner a pris une décision plutôt inattendue : la nationalisation prochaine du système privé des retraites. "Nous adoptons cette décision dans un contexte international où les principaux pays du G-8 et d'autres mettent en oeuvre une politique de protection des banques. Nous, nous protégeons nos retraités et nos travailleurs", a déclaré la présidente Kirchner (citation reprise par l'AFP). Ce projet de loi doit être présenté au parlement. L'opposition doute que cette mesure soit dictée par la nécessité de sauver les quelques dix sociétés de gestion des fonds de retraite (AFJP) de la banqueroute, après les pertes provoquées par la crise financière internationale, et y voit plutôt un moyen d'assurer les besoins de financement à venir pour le service de la dette, qui atteindront 40 milliards de dollars en 2009 et 2010.
Ceci dans un contexte de moindre rentrée fiscale due à la baisse importante du prix des produits de base. Le couple Kirchner veut protéger l'excédent fiscal, source du pouvoir du gouvernement sur l'économie.
G.V. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 27 octobre 2008





