Dimanche 19 septembre 2021

DOROTHY AUBERT ET MARIE TREBAOL - "'Sainte Caboche' est la peinture d’une société brésilienne très superstitieuse"

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 05/03/2017 à 23:05 | Mis à jour le 10/10/2018 à 12:31
Belleville editions

Belleville Editions est une toute jeune maison d'éditions fondée à Paris par Dorothy Aubert et Marie Trébaol, 32 ans toutes les deux. Leur objectif : traduire et publier des ouvrages d'auteurs étrangers conseillés par des libraires locaux lors de leurs voyages à travers le monde. Au Brésil, elles ont ainsi découvert Socorro Acioli, auteure du Nordeste, dont elles publient ce mois de mars en France Sainte Caboche. Entretien.

Lepetitjournal.com : Tout d'abord, pouvez-vous nous parler un peu plus de vous ?
Dorothy Aubert :
Nous sommes toutes les deux éditrices avec des affinités communes sur de nombreux sujets dont la littérature étrangère et le voyage. Nous nous sommes rencontrées chez Michel Lafon dont nous sommes parties en même temps pour poser une première pierre de Belleville. Après ce départ, je suis partie en voyage pendant un an et demi, et Marie m'a rejoint plusieurs fois sur le parcours. A l'heure actuelle, en parallèle de Belleville, je travaille à mi-temps pour Hugo & Cie, une autre maison d'éditions, chez qui je m'occupe de littérature pour adolescent.
Marie Trébaol : Pour ma part, j'ai travaillé pour de nombreuses maisons d'éditions, me spécialisant particulièrement ces dernières années sur l'édition numérique. C'est ainsi qu'avec Belleville, nous avons créé ce concept de littérature connectée.

Comment est née Belleville Editions ?
Dorothy Aubert
 : Les voyages sont au centre de nos vies, nous sommes assez baroudeuses, partant avec le sac à dos pendant un bout de temps, et nous nous sommes dits qu'il y avait quelques territoires qui étaient un peu moins défrichés par l'édition et que nous voulions pouvoir rapporter quelque chose en plus de ces voyages. L'idée était de pouvoir allier nos deux passions pour la littérature et les cultures d'ailleurs. De nos voyages, nous rapportons ainsi des manuscrits qui ne seraient pas forcément tombés entre les mains d'un éditeur français, des contacts faits sur place, des photos qui peuvent montrer les décors des romans.
Marie Trébaol : L'idée est donc née il y a presque quatre ans. La société a été créée elle en novembre 2014 avec un premier livre publié un an plus tard. Et en novembre dernier, nous avons signé un accord de diffusion-distribution pour le lancement cette année de cinq titres issus de différents pays dans lesquels nous avons voyagé.

Expliquez-nous ce concept de littérature connectée, qui est votre marque de fabrique?
Marie Trébaol
 : Nous sommes la seule maison d'éditions pour le moment à le proposer sur l'ensemble de notre catalogue. Le fait d'enrichir des livres de manière connectée existe pour de la littérature jeunesse ou scolaire, mais, en ce qui concerne la littérature adulte, c'est assez innovant et c'est très bien reçu, aussi bien par le public que par les auteurs. L'idée, c'est d'être capable d'emmener le lecteur en voyage dans une culture, dans un pays, jusqu'au bout. Nous créons donc un site Internet entièrement dédié pour chaque livre sur lequel le lecteur peut trouver des notes de bas de page, de la musique (des chants qui ont pu inspirer l'auteur par exemple), des vidéos, des photos des lieux, des articles sur des thèmes évoqués (déjà écrits ou que nous commandons)? Pour cela, nous travaillons avec l'auteur, le traducteur et l'ensemble des gens que nous avons pu rencontrer autour de l'ouvrage.

Comment en êtes-vous venues à publier ce roman brésilien ?
Dorothy Aubert
 : J'étais justement au Brésil quand le livre de Socorro Acioli (A Cabeça do Santo, Companhia das Letras, 2014) est sorti. J'avais discuté avec des libraires sur place, rencontré l'éditeur et l'histoire nous a beaucoup plu. Nous avons eu de la chance pour ce livre car il allait être également publié aux Etats-Unis et nous avons donc pu lire la version anglaise, puisque nous ne pratiquons par le portugais. Et cela a été le coup de foudre immédiat. En quelques jours, l'accord était conclu pour que nous le publiions, alors que d'autres éditeurs français étaient sur les rangs un peu plus tard.   

Pouvez-vous nous en dire plus sur Socorro Acioli ?
Dorothy Aubert : Après avoir beaucoup publié pour la jeunesse, pour lequel elle a reçu plusieurs prix, Sainte Caboche est son premier roman adulte. Elle l'a écrit après avoir eu l'occasion de participer à un atelier d'écriture animé par Gabriel Garcia Marquez à Cuba en 2006. Cela devait être une nouvelle, mais il l'a convaincue d'en faire un roman et est ainsi devenu son mentor, l'épaulant dans l'écriture, ce qui se ressent vraiment. Aujourd'hui, elle en prépare d'autres.
Marie Trébaol : Elle arrive le 22 mars à Paris où nous la rencontrerons pour la première fois afin de promouvoir la sortie du livre en France (le 14 mars).

Quelle est l'histoire de Sainte Caboche ?
Dorothy Aubert
 : C'est l'histoire d'un jeune homme dont la mère lui fait promettre, avant sa mort, de se rendre dans le village où habite sa grand-mère et de poser un cierge dans trois lieux différents au pied de statues de saints. Il va ainsi parcourir durant 16 jours les paysages arides du Nordeste. Mais lorsqu'il va arriver chez sa grand-mère, il ne va pas recevoir l'accueil escompté? Elle l'envoie dans une grotte qui a été formée par la tête d'un saint qui est tombée d'une falaise et là, il va entendre les prières d'amour d'une jeune villageoise et décide alors de jouer les entremetteurs? C'est la peinture d'une société très superstitieuse, où la religion a une place très importante, inspirée de véritables lieux du Nordeste, dont la tête de saint de Caridade (Ceara). C'est de l'imaginaire basé sur du réel et Socorro Acioli en joue, à la manière de Gabriel Garcia Marquez, dont on sent la patte.   
Marie Trébaol : Il y a le côté universel du conte à la sauce brésilienne, à la manière de la littérature de cordel.

Est-ce vous connaissiez la littérature brésilienne avant de publier Sainte Caboche ?
Marie Trébaol
 : Nous connaissions les grands classiques et d'autres ?uvres également grâce au beau travail effectué par de petites maisons d'éditions indépendantes en France. C'est une littérature très accessible.

Comment s'annonce la suite avec Socorro Acioli ?
Dorothy Aubert
 : Nous allons continuer à la suivre parce que nous adorons ce qu'elle écrit et aussi à titre personnel, mais nous allons aussi rechercher d'autres auteurs brésiliens. Nous en avons déjà repéré certains.

Propos recueillis par Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 6 mars 2017

*Légende photo : Dorothy Aubert et Marie Trébaol (photo 1)

- Voir le site de Belleville Editions

- Voir la page dédiée à Sainte Caboche

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