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CORALINE RICARD - "Nous devons nous assurer que le territoire des Kawahiva soit bien démarqué"

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 mai 2016

Premier pas vers la sauvegarde de la tribu des Kawahiva. Après des mois de pression exercée par les sympathisants de Survival International, le ministre brésilien de la Justice, Eugênio Aragão, a finalement signé le 19 avril dernier le décret permettant la démarcation de leur territoire. Ce traité devrait empêcher cette tribu d'Indiens d'Amazonie d'être envahi par des bûcherons. Coraline Ricard, membre de l'ONG, revient pour Lepetitjournal.com sur l'histoire tourmentée de ce peuple.  

Lepetitjournal.com : Qui sont les Kawahiva ?
Coraline Richard 
: Il s'agit d'une toute petite tribu qui vit isolée du reste du monde. On ne sait pas exactement combien ils sont, mais le département des affaires indigènes du gouvernement brésilien, la Funai,  estime qu'ils seraient entre 20 et 30 personnes. On pense également que ce sont les survivants d'attaques qui ont été perpétrées à l'encontre des peuples indigènes de la région par des personnes qui souhaitaient s'accaparer leur territoire. C'est la raison pour laquelle ils sont si peu aujourd'hui. Ces Indiens habitent dans le territoire du Rio Pardo qui fait partie de la municipalité de Colniza (Mato Grosso), l'une des régions les plus violentes du Brésil.

Pourquoi Survival International est-elle intervenue ?
En 2005, Survival était déjà intervenue car des bûcherons et des politiciens locaux étaient parvenus à persuader un juge d'outrepasser une ordonnance protégeant le territoire des Kawahiva. La campagne de Survival avait alors permis de la rétablir. Une nouvelle campagne a été menée en octobre dernier, cette fois-ci pour faire pression sur le ministre de la Justice afin qu'il démarque et protège le territoire de cette tribu isolée d'Amazonie.

Comment se sont passées les négociations avec le gouvernement ?
Nous sommes très contents que le gouvernement ait finalement accepté cette démarcation. Cela faisait déjà plusieurs années que la proposition de la Funai était sur le bureau du ministre de la Justice et qu'il ne la signait pas. C'est une belle avancée, mais ce n'est pas terminé. Nous devons encore nous assurer que ce territoire soit bien démarqué  car il y a plusieurs étapes avant d'obtenir une démarcation. Nous devons également nous assurer que la Funai ait les moyens financiers et humains pour la réaliser. Enfin, cette campagne a été une des plus courtes menées par Survival.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les peuples indigènes aujourd'hui au Brésil ?
Au Brésil, il y a 240 communautés indigènes, dont une centaine serait des peuples isolés. Ces peuples sont aujourd'hui en danger au niveau sanitaire et environnemental. Au niveau sanitaire, les maladies en provenance de l'extérieur et les paillages posent problème. D'autre part, au niveau environnemental, les communautés indigènes, dont l'alimentation dépend encore de la nature, sont menacés par des bûcherons, des fermiers, des spéculateurs fonciers et des mineurs qui ont maintes fois remis en question les ordres de protection temporaire imposés par la Funai. Enfin, l'amendement constitutionnel PEC 215, qui est actuellement en débat au Congrès, pourrait donner le pouvoir aux membres du Congrès de décider ou non de la démarcation d'un territoire indigène. Il faut savoir qu'aujourd'hui la moitié des membres du Congrès est "anti-Indiens", cela pourrait donc avoir un impact terrible sur les peuples indigènes du Brésil. 

Propos recueillis par Pauline RAGUÉ (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 4 mai 2016

lepetitjournal.com sao paulo
Publié le 5 mai 2016, mis à jour le 6 mai 2016
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