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CONCOURS BEAUTE DES FAVELAS - Marleyse, la fierté de Brasilandia

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 novembre 2012


Le concours de beauté organisé par l'association CUFA (Centrale unique des favelas) et dont la marraine est Gisèle Bundchen élira ce lundi la plus jolie  fille des favelas ou des périphéries du Brésil. Lepetitjournal.com est allé dans le quartier de Brasilandia la rencontre de Marleyse, la finaliste pauliste. Portrait d'une jeune femme qui se prend à "rêver plus grand" tout en gardant les pieds sur terre

?Hey, Miss Brasilandia !?, lance un habitant depuis son garage. Marleyse le remercie d'un sourire et poursuit sa route. Depuis un mois, lorsqu'elle déambule dans les rues de sa favela, Marleyse se fait alpaguer. Depuis qu'elle a remporté la finale pauliste de Top Cufa, c'est la star du quartier. Ce concours de beauté organisé par l'association CUFA (Centrale unique des favelas) et dont la marraine est Gisèle Bundchen veut élire la plus belle fille des favelas ou des périphéries du Brésil afin de "rendre leur estime d'eux-mêmes aux gens des favelas". C'est ainsi que Marleyse, 21 printemps, a été choisie parmi 800 candidates pour représenter l'état de São Paulo. Grosses boucles d'oreilles créoles, coupe afro, mini-jupe jaune et tee-shirt blanc siglé "Top Cufa", elle est ravie de faire découvrir son quartier, sa ?communauté?.

Un peu plus loin, c'est Matteos, 14 ans et fan depuis toujours, qui lui lance un ?Je t'aime !? avec sa bouille d'adolescent. ?Je le connais depuis qu'il est tout petit, explique la jeune femme. Ses parents étaient drogués, c'est sa grand mère qui l'a élevé?. Marleyse connaît tout de Brasilandia, un quartier difficile situé dans la zone nord de São Paulo. Elle est née ici. Elle a grandi dans cette favela. Elle en est désormais la représentante, à la fois fière de ses origines et consciente de la réalité : ?Tout le monde entend parler de Brasilandia à cause de la violence. C'est un quartier mal vu, beaucoup de gens ont des a priori, ils ont peur de venir. Pour une fois, on parle de nous pour une chose positive ! Je suis devenue la carte postale de la communauté ! C'est sûr que c'est une responsabilité pour moi. Si je réussis, je deviendrais un exemple pour les enfants.?

"Je dois étudier, travailler, trouver de l'argent"


La favela de Brasilandia est en plein changement : quelques routes sont désormais goudronnées, de nombreuses boutiques ont poussé, il y a même une maison culturelle. Marleyse habite au fond d'une petite cour, dans un bout de maison qu'elle loue avec sa mère et son frère. ?Mon grand rêve est d'acheter un jour une maison pour moi et ma famille... Pour sortir enfin de la location. Si j'y arrive, je serai comblée à 90%?. Un salon tout simple avec une télé brouillée en fond sonore, une cuisine petite et puis la chambre qu'elle partage avec sa maman aux murs roses un peu décrépis. Sur les étagères, parfums et chaussures - ?Ma mère a encore plus de chaussures que moi !?, jure-t-elle.

Son quotidien se partage entre ses études de bio-médecine -pour devenir aide-soignante- et ses petits boulots. Car pour étudier à la faculté privée, elle doit débourser 950 reais par mois, qu'elle paie de sa poche. La nuit a été courte car elle a travaillé dans une boite de nuit jusqu'à 6 heures du matin, n'a dormi que 4 heures mais ce matin là, elle a pourtant un teint de poupée et un grand sourire aux lèvres. Car Marleyse vit un rêve en ce moment. Elle rêve de remporter la grande finale nationale du concours qui aura lieu la semaine prochaine à Rio. ?La vie des Brésiliens est très difficile. C'est une vie au jour le jour. Je dois étudier, travailler, trouver de l'argent. Quand je vois ma mère de 52 ans qui a travaillé toute sa vie et qui n'arrive pas à dormir la nuit à cause d'une facture d'eau ou d'électricité, poursuit-elle la voix serrée, cela me fait mal pour elle et je trouve cela absurde. C'est pour ça que j'espère que ce concours va changer ma vie !?

São Paulo, une ville portée sur l'esthétique
Sur le mur est accrochée son écharpe de finaliste Top Cufa, sur un coin de son lit, les articles de journaux parus avec ses photos le jour de son élection à São Paulo. Souvenirs d'une journée inoubliable et prémices d'une nouvelle vie... peut être. Mais Marleyse est très lucide, cela fait déjà un an et demi qu'elle essaie de percer comme mannequin, sans réussir à décrocher plus que des petits boulot d'hôtesse sur des salons. Cette fan de Naomi Campbell et de Beyoncé ne croit pas aux miracles non plus. Elle n'est pas née de la dernière pluie. Au dessus de son lit, des photos de sa famille et une liste de petites dettes à rembourser qui la ramène à la réalité. ?Ce concours me projette vers le futur. Quand je suis dans ma routine travail-école, je ne pense qu'à terminer mes études. Là il y a un autre chemin qui s'offre à moi et qui me plaît, explique-t-elle, songeuse en feuilletant les pages de son book de photos. Ca me fait rêver un peu plus grand, un peu plus haut... et me donne beaucoup d'espoir.?

Bien sûr, elle aimerait gagner pour elle et pour sa famille. Bien sûr elle aimerait devenir une grande mannequin. Mais elle sait que la concurrence sera dure le jour de la finale. Elle espère au moins que ce concours lui ouvrira quelques portes. ?Mais de toute façon, je veux continuer à étudier, assure-t-elle avec une maturité qui force le respect et laisse imaginer les difficultés que la vie a placées sur sa route. Je vois bien dans les salons où je travaille des filles de 27-28 ans qui voulaient être mannequins et ne font que de l'événementiel. Je n'ai pas envie de devenir comme ça. Je veux concilier mes études et le mannequinat. La beauté n'est pas importante mais elle fait la différence, poursuit la jeune femme. São Paulo est comme ça, très portée sur l'esthétique?, les apparences comptent beaucoup ici alors il faut s'adapter, on n'a pas le choix !?

Rester à Brasilandia

Son frère Worllinkson vient de rentrer d'un examen médical, il passe la tête par la porte de la chambre. La même tête d'ange avec un regard doux et un sourire jusqu'aux oreilles. Lui aussi est fatigué , il travaille de nuit comme agent de sécurité dans un hôpital. Il n'a que 18 ans et sera bientôt papa. Marleyse s'inquiète de sa mauvaise toux qu'il traîne et lui prépare quelques nuggets de poulet à la va-vite dans la petite cuisine sombre. Pas de régime particulier pour préparer le concours ni de cours de sports intensifs ! Marleyse s'est tout juste plongée sur internet pour voir les techniques pour défiler sur les podiums. Son point faible ? (et à la fois charmant) Son rire et son sourire : ?On m'a dit que les tops ne faisaient jamais ça ! Donc j'essaie de m'entraîner : le regard fixe, le visage fermé... C'est super difficile !?, explique-t-elle en rigolant. Pour la mannequin qui "fait la gueule", le jury repassera. Son frère la regarde, amusé. Il a toujours été d'un grand soutien pour elle. ?Elle a déjà beaucoup souffert mais elle va toujours de l'avant. Marleyse a beaucoup de volonté, elle a dans sa tête l'objectif de gagner, c'est ça qui fera la différence.?

Ce lundi aura lieu la grande finale, enregistrée à Rio dans les locaux de la télévision Globo, sur le programme ?Caldeirao do Huck?. Tous les regards des habitants de Brasilandia seront tournés vers Marleyse. Evidemment, la jeune étudiante est ?anxieuse?, ou plus précisément comme elle le reprend, ?pleine d'espoir?. 27 concurrentes et une seule place. La gagnante décrochera un an de contrat dans une agence de mannequins prestigieuse. Une seule chose est sûre : ?Si un jour je deviens connue et que je peux m'acheter une maison, je resterais à Brasilandia. Si je pars d'ici, j'aurais la ?saudade? (nostalgie). Je me suis habituée aux gens, à leur mentalité, à la culture d'ici?. Elle est née ici et elle y restera ! Brasilandia semble avoir trouvé sa meilleure porte-parole.

Anne-Laure DESARNAUTS (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 5 octobre 2012

lepetitjournal.com sao paulo
Publié le 5 octobre 2012, mis à jour le 21 novembre 2012
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