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CHRONIQUES DE SAMPA - La "chuva", cet ennemi intime

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 23/03/2017 à 23:04 | Mis à jour le 10/10/2018 à 12:39
chuva sao paulo

São Paulo, capitale économique de l'Amérique du Sud. 16h30, un mardi brésilien. Les 20 millions de fourmis lèvent la tête, ils regardent le ciel avec anxiété depuis ce matin. Il est bas, gris, menaçant, un vent humide caresse les nuques. Ce murmure ne laisse aucune place au doute, c'est elle : la "chuva" s'annonce

Littéralement, "chuva", c'est simplement la pluie. Mais ici "a chuva", "LA pluie", c'est autre chose, c'est une ombre qui plane au-dessus de chaque Paulistano, la promesse d'un agenda qui ne sera pas tenu, d'une rivière qui reprendra ses droits, d'un chaos, bref d'une épopée. L'insupportable attente prend fin : une, deux, huit, cinquante gouttes...

D'un côté, le Paulistano ne veut pas y croire, ça ne sera qu'une "garoa", espère-t-il, un soufflet. Mais il porte en lui le fatalisme lusitanien, au fond, il sait. Dans moins d'une heure, il n'aura plus de prise sur rien, son libre arbitre sera contrarié. A force de dépits, il l'a appris: on ne lutte pas contre "la chuva", on accepte son absurde pouvoir destructeur, on s'incline devant son ironie. Coup de projecteur sur les failles structurelles de cette pieuvre capable de bouleverser la ville.

La fiction devient réalité
A présent, c'est le temps de la fiction devenue réalité. Les règles de la physique les plus basiques sont défiées : oui, une avenue peut être inondée en moins de 10 minutes, oui un arbre centenaire peut se trouver déraciné par "a chuva".? Tandis que son parapluie survit péniblement à d'évidentes fractures ouvertes (qu'on appelle un médecin !), la "faxineira" (la femme de ménage) sort son "bilhete unico" (carte de bus/métro) de sa poche humide. L'ônibus l'attend, chic de sa part. Elle est installée, debout, il continue à attendre. C'est tout un peuple qui attend. Pas sûr qu'elle apprécie, au long des 2h30 de trajet pour rejoindre le far-Est de la Zona Leste, le "vintage" de l'engin.

Le "machin" marche sur l'eau, par à-coups, lent, monotone, désagréable. Soudain, une bouffée d'air frais : 50 mètres de ligne droite, dégagée, avant le prochain feu. L'ônibus décolle, pied au plancher mouillé, ses entrailles grondent. Parfaite symbiose avec le gruyère irrégulier du bitume. Mais le feu, lui, reste rouge. Qu'importe, l'engin est lancé, allez ça va passer au vert. Il accélère, comme pour provoquer le destin, ça reste rouge. Plus que 15 mètres. L'aéroglisseur doit s'arrêter. Un sifflement, l'arbitre siffle la faute. Ce sont les "freins", les corps se courbent vers l'avant. Strike.

Une folle aventure
L'engin est immobile, elle est au sol, elle comme d'autres, lessivés. Tout le monde se relève, mis à part les royaux, les "bien assis". Ceux-ci laissent traîner leur regard dehors, la tête basse. Plus besoin de scruter le ciel, la sentence est déjà tombée. Même à faible allure, on dépasse les autos prises dans d'interminables files d'embouteillages. Bonheur tout relatif.

Un ticket, 3,80 reais et une folle aventure?

A 16h30, on prédisait le pire, "Vai chover !" ("Il va pleuvoir !"). Il est 19h et une fois encore la "chuva" ne nous a pas déçus.

David DE ALMEIDA (www.lepetitjournal.com - Brésil) Rediffusion

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