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CHRONIQUE – Le Coq qui dansait la samba…



Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 juin 2010

Quand un étranger pose le pied au Brésil, c'est un festival des sens, des chamboulements mais aussi des contradictions. Passées les phases d'engouement et de critique, tranquillement, se forme l'attachement ou la saudade, encore plus plaisant. Les chroniques de Sylvain Bureau sont celles d'un Français flanqué par amour à Curitiba. Un clin d'?il à retrouver chaque semaine sur lepetitjournal.com

Chronique de la semaine précédente : MON AMI SIOU

Cette semaine : GRINGO OU PAS GRINGO ?

Bruna avait suivi des études de lettres en allemand et en portugais et travaillait depuis quelques semestres dans le même centre de langues relié à l'université où j'apprenais le portugais et où elle côtoyait quotidiennement des dizaines d'étrangers, ces gringos dont je faisais inévitablement partie et qu'elle affectait tout particulièrement. Certes, je n'avais peut-être rien d'un étranger blanc-bec faisant une flagrante intrusion dans le coloré paysage brésilien à l'instar d'un chaperon rouge dans sa verte forêt vierge, pourtant je sentais que j'avais tout d'un gringo et cherchais ainsi un moyen de m'adapter dignement à ce nouveau décor sans toutefois avoir à me travestir.

Consciencieusement, je me mis à observer le peuple de la rue et au fur et à mesure que je tentais de cerner l'individu brésilien dans une sorte d'absolu stéréotypé, j'échouais lamentablement et décidais ainsi, au lieu de vagabonder vainement dans les rues de Curitiba en quête d'indices vestimentaires, comportementaux ou gastronomiques insaisissables du Brésilien d'aujourd'hui, de changer radicalement de stratégie. Et Bruna, sans le savoir, de me donner un sérieux coup de main.

Installés tous les deux dans son appartement depuis déjà quelques semaines, nous avions en effet inventé ensemble un jeu qui ponctuait la plupart de nos activités : le repérage de gringos.
Le gringo, en portugais est à nuancer du gringo en français : tandis que l'un désigne simplement l'"étranger au pays", l'autre le rend niais et ridicule comme l'indique le terme "péjoratif" dont est précédé le terme dans le Larousse français.

Le Brésil, comme nombre de pays colonisés, se meut dans une multi culturalité saisissante, évidente et riche, merveilleux mélange qui donne à cette nation en plein essor, un sentiment ? certes illusoire ? d'absence de racisme et de qualité de vie. Résultat : dans la rue, tout le monde peut se prétendre brésilien. Il n'y a pas de réel "Brésilien standard" bien qu'il existe le cliché de la sambista carioca dansant nue et tout sourire sur son char aux mille paillettes ou celui du bel ébène capoeiriste musclé exécutant allègrement des acrobaties chorégraphiées dans son humble tunique blanche. Alors que l'on peut aisément se figurer un Indien ou un Japonais, le Brésilien reste insaisissable, riche produit de la rencontre de nombreuses cultures. Après mûre réflexion, je conclus qu'il existait des "stéréotypes de gringos", repérables à dix kilomètres à la ronde.

Notre jeu, comme nous l'avions construit au fur et à mesure des semaines, consistait à repérer tous ces étrangers qui se dissimulaient malicieusement parmi le peuple brésilien. Peu à peu obsédé par cette activité, je m'entraînais à observer, avec cette maîtresse qui partageait mon lit, les attitudes, les traits faciaux et les appareils vestimentaires des passants qui croisaient notre chemin et Bruna avait cette fâcheuse tendance à me devancer. Au restaurant, dans la rue, en soirée où je me formais pas à pas à distinguer l'intrus parmi la foule multiculturelle, notre jeu fonctionnait à merveille et les règles, tacitement conclues, restaient évolutives. Les deux équipes composées simplement de Bruna et de moi-même restaient alertes en permanence et dès que l'une d'elles croyait avoir repéré un gringo, elle en faisait immédiatement part à l'équipe adverse, de manière discrète et codée ? il s'agissait, pour ne heurter personne et éviter les scandales publics, de former la lettre G avec une main, sorte de C en repliant le pouce, et de jeter un regard furtif vers l'individu soupçonné pour désigner la cible. La seconde étape consistait à trouver l'idiome le plus rapidement possible, mais cette étape n'était bien souvent que la confirmation d'une intime évidence.


Certains peuples demandaient en effet peu d'effort : c'était le cas des gringos d'Europe du Nord et en particulier des Allemands que je portais profondément dans mon c?ur car ce peuple fascinant me serait éternellement intime, mais reconnaissons-le : à l'étranger et particulièrement dans les pays chauds, les Allemands tranchaient tellement avec le paysage qu'ils apparaissaient parfois si flagrants qu'ils en devenaient touchants.

En règle générale, le gringo allemand se repère soit par sa blondeur qui, bien que le Sud du Brésil accueillit nombre d'immigrants allemands au début du XIXème siècle, rayonne parmi les bruns brésiliens ; soit par sa blancheur presque maladive qui lui vaut bien souvent de nombreuses remarques quant à son critique état de santé. Sur la plage, à l'instar d'un Chico Buarque en plein Budapest, il nous arriva en effet plusieurs fois de nous saisir d'effroi et de stupéfaction à la vue de peaux blanches assurément étrangères et probablement anglo-saxonnes. Matthias, un étudiant allemand venu faire un stage universitaire à l'Université Fédérale du Paraná pour quelques mois, suivait les mêmes cours de portugais que moi et ce grand Berlinois rouquin était enveloppé d'une peau si pâle qu'il avait suffi d'une excursion sur une île située non loin de Curitiba pour qu'il se transformât en écarlate écrevisse à peine éhontée de sa rougeur maladive. Indice infaillible : une écrevisse désigne presque toujours un gringo.

En outre, les Allemands, dans un grossier cliché qui tire pourtant sa part de vérité dans des expériences personnelles, se caractérisent également par leur sens aigu de la ponctualité et leur organisation peu flexible. Nombre d'entre eux veulent profiter au maximum de leur séjour en Amérique Latine pour faire le tour du sous-continent ou au moins du pays et ont ce réflexe bien européen de planifier leur périple quelques semaines voire quelques mois à l'avance ce qui, dans la tête d'un Brésilien, est difficilement concevable. Car, disons-le franchement, le Brésilien n'est pas ponctuel. Ainsi, lors d'une soirée, le premier arrivé sera une fois sur deux un Allemand, l'autre fois un descendant d'Allemand.

C'était pourquoi les Allemands formaient ainsi la communauté la plus simple à cerner.

Tandis que je connaissais bien cette dernière, la seconde communauté m'était encore plus intime. Le centre de langues recelait de nombreuses autres nationalités et outre les typiques Américains qui ne décrochaient que rarement de leur anglais ou les Coréens qui vivaient pour la plupart en totale autarcie, on y comptait beaucoup de Français. Et le Français au Brésil est un véritable phénomène que je repérais en un quart de seconde.

Plaintif, il râle en général très fort soufflant grossièrement son impatience. C'est cela, l'image bien caricaturée du Français exilé. Mais ce que le Français ne sait pas, c'est qu'il est habité d'un vice délicat : il sent mauvais. Il m'aura fallu m'enfoncer dans le fin fond du Brésil pour que j'apprenne que le Français n'aurait de salle de bain qu'une cabane abandonnée au fin fond du jardin et que les savons sont pour lui autant d'outils de décoration que les parfums des douches rapides. Il ne sait pas non plus qu'il porte le nez crochu d'un Cassel galvanisé et les dents souvent jaunies par les gauloises qu'il fume en permanence ? ce qui participe, bien entendu, à cacher sa puanteur.

Outre sa complainte résonnante et son parfum de fromage, le Français peut aussi apparaître aux yeux des Brésiliens un bougre inapte à l'apprentissage des langues, barbotant dans le portugais tel un jeune enfant dans le grand bassin et se torturant à baragouiner quelques vocables avec l'accent d'un franchouillard qui n'a jamais quitté sa Beauce.


Pourtant, le Français, inculte et irrécupérable, reste le modèle du raffinement. Paradoxe culturel ou cliché commercial, le chic du Français lui colle à la peau autant que son camembert à la paroi de sa baignoire et, tel un Gaulois en quête de reconnaissance, le Français se coince souvent dans des habits saillants pour ne perdre une seconde de brillance. Il fait 40°C degrés ? Le Français laissera difficilement tomber le pantalon pour un beau bermuda et gardera de préférence sa chemise à manches longues à fleurs orangées plutôt qu'un simple maillot blanc.

Mais la peine du Français ne s'arrête pas là. Tandis que le Brésilien se veut débrouillard et bien entreprenant, le Français se pose souvent en retrait, craignant de toujours déranger. Tel un balai discret pendant dans l'arrière-cuisine, il invitera dans son humble demeure mais ne saura que mettre les plats dans les grands, prétextant devant du caviar ne manger qu'à la bonne franquette pour se défendre de tout jugement hâtif quant à la cérémonie qu'il aura organisée.

Car on dit au Brésil que le Français est un nerveux. Un nerveux qui boit du vin et sent le fromage, un coincé peu débrouillard et toujours en retrait, bref, un ingénu qui eut pourtant le génie de s'emballer pour une Brésilienne - c'est à croire qu'elle vît peu clair dans mon jeu, ou qu'elle aimât le fromage.

Non, malheureusement, je n'échappais pas à la règle du cliché gaulois. Moi qui m'en croyais bien au-delà, je me revoyais me fondre en excuses et dire pardon pour tout, remercier à la pelle des gens à qui je rendais service, vanter mes fromages et mes vins, et ma terre petite et chère qui était si lointaine. Oui, j'étais un véritable gringo et m'en aperçus lorsque je partis sur une île avec un ami français qui me rendait visite et avec qui après deux journées de plage et de bain, je revins aussi rouge qu'une canette de soda dont la marque brûle encore mes joues roses. Bruna, pleine de compassion et de rire, s'était alors écriée alors que nous avions franchi la porte de son appartement : "Mon Dieu! Mais pourquoi est-ce que cela n'arrive qu'aux gringos ?". Avouons-le, j'étais d'un rouge bien étranger. 

La partie était pourtant injuste car le Brésilien possède une véritable culture de la plage, inconnue des occidentaux cloîtrés dans leur lourd béton opaque. Il suffisait d'ailleurs de se poser quelques heures sur la plage de Copacabana ou de Leblon à Rio pour en admirer les vertus.
Tout d'abord, comme le Brésilien se montre, le Brésilien s'épile. Mais il n'en reste pas là. Le Brésilien se gonfle les muscles, le Brésilien s'installe sur le sable comme dans son salon et s'y noie de dizaines de bières, le Brésilien déménage sa cuisine tout entière jusqu'au frigo portable et se poste toujours en direction du soleil, peu importe où se jette l'océan. Fatalement, il est alors aisé de repérer sur la plage les maigres gringos poilus faisant front à la mer tandis que les Brésiliens profitent directement des rayons du soleil pour bronzer de manière homogène. C'est toujours une grande surprise pour un Français de voir pour la première fois sur les plages d'Ipanema des centaines de cariocas installés sur le sable chaud face à la rue, la mer dans leur dos, le soleil reflétant leurs lunettes noires renvoyant directement l'éclat des piétons passant sur la baie.

S'il n'y avait pas de Brésilien standard au sens physique, on ne pouvait nier qu'il existât une "attitude brésilienne" qui animait ce peuple. Avec un peu d'entraînement, je commençais à en cerner les traits et à exceller autant que Bruna dans le repérage de gringos.
Puis, plus le temps passait, plus je m'aguerrissais et découvrais de nouveaux traits culturels, prenant ainsi de l'avance sur ma belle.
Je découvris par exemple que le diktat du beau sourire était tellement ancré dans la culture brésilienne que nombreux sont les Brésiliens qui, accédant aujourd'hui aux privilèges de la classe moyenne, portent à tout âge un appareil dentaire. Alors qu'en France cet appareil ne concerne que les adolescents pubères jusqu'au grand maximum de leurs rouges dix-huit ans, beaucoup d'adultes osent là-bas ce qui serait impensable chez nous. Il n'était donc pas rare de croiser çà et là dans les rues de Curitiba de belles créatures dévoilant soudainement des sourires métalliques, armes fatales pour parer toute agression ou parade nuptiale. Après tout, il n'est jamais trop tard pour prendre soin de soi car ne l'oublions pas : le Brésilien est un profond optimiste.



Ma caricature du Brésilien en tête, j'arpentais les rues avec cette distance que ressent un étranger, jusqu'au jour où je dus intégrer à mon tour cette société brésilienne dont je ne croyais pas faire partie.

Alors que je me préparais à passer un entretien de stage afin d'occuper mes belles journées et d'arrondir mes finances, je me rendis compte d'une nouvelle caractéristique : la barbe brésilienne. M'intégrant fidèlement à mon entourage, je m'étais laissé pousser la barbe et jouissais chaque jour de son effet vieillissant qui me donnait plus d'années que mon corps n'en avait. Je craignais donc le passage du rasage, non pas que j'eusse peur de la lame, mais bien du résultat, toujours affligeant, qui me renvoyait toujours honteusement l'image d'un adolescent de seize ans et me soumettait à des récurrentes réflexions ou à d'insolentes demandes de papiers d'identité pour vérifier ma majorité.

Je revoyais déjà les gens me tutoyer dans les restaurants, pressentais les caissières des supermarchés me demander mon âge pour acheter quelques bouteilles et revivais le souvenir de scènes insupportables lorsque l'on vous dit que vous êtes trop pubère pour accéder à une soirée ou que sur votre lieu de travail un client croit bien faire en dénonçant une exploitation de mineurs ou pire encore, que les femmes vous prennent davantage pour leur fils que pour leur homme, quoique réflexion faite, cela valût bien pour tous les hommes, à tout âge et en tout lieu.

Avant de passer à l'action, je considérais une dernière fois ma barbe devant le miroir. La joue droite, la joue gauche, puis je me saisis de mon appareil photo comme pour immortaliser cette version mature de mon visage, sorte de preuve au cas où mon jeune âge serait plus parlant que ma verve. L'eau s'écoulait dans la vasque de la salle de bain lorsque Bruna passa soudain devant la porte pour aller dans la chambre. A la vue du rasoir, elle revint sur ses pas.

- Qu'est-ce que tu fais? me demanda-t-elle, intriguée.
- Je me prépare, répondis-je, fataliste tendant le rasoir et haussant les épaules.
- Tu veux te raser ? insista-t-elle, les yeux grand ouverts.

Mes sourcils se froncèrent.

- Je n'en ai pas trop le choix : je ne vais pas débarquer en Robinson à mon entretien.

Bien entendu, elle se révolta.

Je n'avais qu'à nouer une cravate, louer un costume, passer chez le coiffeur, au salon de manucure ou encore chez dentiste pour un blanchissage des dents. Et elle enchaînait :
- Passe aussi un peu à la plage pour prendre des couleurs, les blancs-becs comme toi n'ont aucune chance en entretien, c'est bien connu.

Elle m'avait désarmé, parqué, abattu, apeuré, convaincu, persuadé. Vaincu, je reposais délicatement la lame de mon rasoir comme l'on dépose son arme devant une police surarmée et levai lentement les mains en signe d'innocence et d'accalmie. Amusée, Bruna esquissa un large sourire de compassion maternelle et je me sentis redevenir cet éternel enfant pubère caché derrière sa barbe. Toutefois, j'insistais.

- Je ne vais quand même pas me présenter avec une barbe de deux semaines, en short et en tongs pour un entretien d'embauche.
- Bien sûr que non, répliqua-t-elle, calmée. D'ailleurs, les tongs en ville, c'est typique des gringos. Quant à ta barbe, c'est bien la première fois que j'entends dire qu'il faille se raser avant un entretien. Tu peux la tailler proprement, mais ne te rase pas pour passer une vingtaine de minutes avec quelqu'un que tu ne connais pas.

Elle n'avait pas terminé son argumentation que je rangeai déjà mon rasoir et vidai la vasque de son eau encore claire. Un simple taillage fit l'affaire. J'emportais ma barbe et décrochai le stage.


La mode brésilienne a ses propres critères au même titre que la mode française, italienne ou américaine. Cela dit, de critère fondamental, elle n'a que l'esprit libre. A plusieurs reprises, je m'étonnais en effet de certaines dégaines improbables en France.

Les rares basses températures, cependant, offrent aux Brésilien l'occasion de se pouponner davantage. En hiver à Curitiba où le thermomètre peut parfois descendre jusqu'en dessous de zéro degré, les Brésiliens en profitent pour sortir de leur placard des vêtements qu'ils ne portent presque jamais. Ma première impression de l'hiver fut de constater que les Brésiliens étaient particulièrement élégants dans le froid. A bien y réfléchir, je comprenais que, bien qu'ils n'eussent que peu de vêtements chauds, les Brésiliens les usaient tellement peu que ceux-ci restent éternellement intacts, si bien que quand l'hiver arrive, les rues servaient de défilé de haute couture.

En revanche, il n'était pas rare de croiser, quand les premières basses températures arrivaient ? comprendre 10°C degrés, des Brésiliens arborant gants et bonnets. Sans oublier bien entendu le bermuda et les tongs. Cette image du Brésilien en short portant des gants et un bonnet est l'exemple parfait de l'hiver brésilien. D'une part, le froid ne dure au maximum que quelques jours voire qu'une semaine ; d'autre part, il est fréquent en hiver de passer d'une journée à l'autre de 5 à 25 degrés. Rappelons que je suis arrivé à la fin de l'hiver au mois de septembre et qu'il ne faisait pas moins de 37°C degrés.

Après quelques semaines de compétition intensive, Bruna et moi étions ex aequo dans notre repérage de gringos. Elle m'avait appris à repérer les Argentins, souvent coiffés d'une queue de cheval sur des coupes courtes et devinait désormais les Français avec presque autant d'aisance que moi. Même les Japonais et les Chinois n'avaient plus de secrets pour nous.

Pourtant, le jeu se corsa davantage lorsque, lors d'une soirée dans un restaurant mexicain avec une dizaine d'amis, je rencontrai une Brésilienne de père argentin et de mère allemande. Cette charmante Patricia parlait aussi bien le portugais que l'espagnol et l'allemand et était d'ailleurs professeur d'allemand à l'Université Fédérale du Paraná, au même titre que Bruna.

Alors que j'étais admiratif de cette triple origine et de son héritage langagier, elle me fit ce qui devint pour moi une révélation.

- Tu sais, je ne suis pas la seule dans ce cas-là, me confia-t-elle. Le Brésil est un pays colonisé, la plupart des Brésiliens est héritière de plusieurs cultures. Le Brésil a connu des vagues de colonisation portugaise, espagnole, allemande, polonais, italienne, japonaise. Regarde autour de cette table, je suis certaine que la plupart d'entre nous a au moins un parent, un grand-parent ou un arrière-grand-parent issu d'une vague de colonisation étrangère.

Tout le monde prit part à la conversation et le tour de table commença naturellement.

- Ma grand-mère est japonaise, dit l'une.
- Ma mère est d'origine italienne et mon père d'origine espagnole, enchaîna un autre.
- Du côté de ma mère, continua un troisième, ils sont tous Portugais ; quant à mon père, il doit avoir un ancêtre espagnol, mais très éloigné.

Avec mes deux parents français, je me sentais bien pauvre mais en concluais qu'au même titre que moi, bon nombre de Brésiliens étaient en réalité des gringos et que ce pays était un repère d'étrangers intégrés. Nombreux possèdent une double nationalité et un double passeport. 

En rentrant chez nous, Bruna me dévoila son passeport brésilien qu'elle jeta sur le lit, puis un autre document : un passeport italien.

- Tu parles italien ? lui demandai-je étonné, examinant ce document secret.

En guise de réponse, elle me sourit.
La nationalité me parut pour la première fois si secondaire. Je n'avais en face de moi ni une Brésilienne, ni une Italienne, ni même une Française, ni même vraiment une gringo. Je vivais avec une femme magnifique, tout simplement.

Qui n'avait à mes yeux plus rien d'une étrangère.

 

Sylvain BUREAU - Extrait de Le Coq qui dansait la samba / Chroniques d'un Français au Brésil (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 7 juin 2010

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Publié le 7 juin 2010, mis à jour le 9 juin 2010
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