

Deux ans après la sortie de son premier ouvrage, Les Enfants expatriés : enfants de la troisième culture (éditions du Net, 2014), Cécile Gylbert, consultante et formatrice interculturelle, publie le cahier d'activités Top Départ ! (éditions du Net), destiné à aider les enfants à préparer leur départ en expatriation et à réussir leur adaptation. Entretien avec cette "multi-expatriée", mariée et mère de trois enfants, désormais installée à São Paulo.
Lepetitjournal.com : Vous êtes arrivées en famille en janvier à São Paulo, nouvelle étape d'une longue expérience d'expatriation ?
Cécile Gylbert : Oui, j'ai presque 20 ans d'expatriation à mon compteur, avec un retour en France il y a 13 ans. Mais nous sommes repartis et depuis, nous ne sommes jamais rentrés. Nous avons vécu deux fois en Espagne et au Mexique, en Equateur, en Chine et maintenant au Brésil.
Une expérience qui est devenue une expertise pour vous spécialiser dans le domaine de l'expatriation et notamment des enfants ?
Oui, j'avais une formation dans le domaine de la communication et j'ai travaillé longtemps dans la communication interculturelle pour diverses institutions. Quand j'ai eu mes enfants, je me suis rendue compte qu'ils n'évoluaient pas tout à fait de la même façon que leurs cousins ou les enfants de nos amis restés en France. Petit à petit, je me suis donc intéressée au sujet, d'abord de manière personnelle, pour mieux comprendre ma famille et mes enfants, avant de commencer à partager mes connaissances dans des ateliers et des formations. Au bout d'un moment, l'idée d'un livre s'est imposée pour condenser toutes ces informations et aider les familles.
Après ce premier ouvrage, place au cahier d'activités. Quel est son but ?
Cela fait presque une dizaine d'années que j'interviens auprès de familles qui partent en expatriation, en reviennent ou changent de pays. J'ai donc développé mes outils, je les ai améliorés et là encore, c'est les retours des familles qui ont joué. Beaucoup m'ont contacté car elles repartaient en expatriation et n'avaient pas besoin d'une nouvelle formation, mais de ce cahier afin d'aider à la préparation des enfants et poser les bases d'un nouveau départ. D'autres qui partaient pour la première fois de France ne pouvaient pas suivre de formation. Donc je me suis dit que ce cahier, que j'utilisais moi-même comme outil, pourrait servir pour les parents afin de guider leurs enfants et pour ces derniers afin qu'ils soient un peu autonomes.
Racontez-nous un peu ce que l'on trouve dans ce cahier?
Le premier constat est que l'expatriation est un bouleversement pour les adultes comme pour les enfants, peut-être encore

Ce cahier s'adresse aux enfants de quel âge ?
Il s'adresse d'abord à des enfants qui savent lire parce qu'il y a une démarche d'autonomie, même s'il est aussi fait pour les parents. Je dirais qu'il concerne donc les enfants de 7 à 12 ans puisqu'un autre cahier sortira pour les adolescents.
Les conditions sont différentes quand on est adolescent ?
La préparation d'une transition est la même chose pour tout le monde, enfant comme adulte, mais les centres d'intérêt sont différents et on ne travaillera pas sur les mêmes activités.
Est-on plus touché par l'expatriation quand on est adolescent ?
Je pense, oui, parce que ce n'est pas une période de la vie durant laquelle on a envie de recommencer à zéro. On a déjà eu du mal à gravir les échelons de l'adolescence et devoir tout réapprendre, aussi bien d'un point de vue culturel que relationnel, cela apporte des difficultés supplémentaires. Quand on est adolescent, on est en construction de personnalité donc on se déstabilise plus facilement.
Est-ce que le pays d'expatriation joue dans l'adaptation ou la préparation est toujours la même ?
Ce que je vois, c'est que ce qui fait la différence, c'est la continuité des choix éducatifs. Un enfant qui ira de lycée français en lycée français ou d'école internationale en école internationale l'aura. C'est ce fil conducteur qui est le plus difficile à maintenir. Le pays a bien entendu son importance, mais les enfants passent la plus grande partie de leur temps à l'école et si c'est toujours la même, cela ne change pas trop. S'ils vont d'école locale en école locale, là c'est bien différent car la culture locale va jouer énormément dans l'adaptation.
Vos ouvrages répondent donc à une demande de plus en plus forte des parents ?
Oui, de plus en plus de parents se préparent à l'expatriation et se forment pendant, et c'est une bonne chose car cela permet d'en tirer un maximum de bénéfices et de surmonter pas mal d'obstacles. Quand on sait à quoi s'attendre, qu'on nous a donnés tous les outils pour s'intégrer, on n'est pas démuni. De même, ils s'intéressent de plus en plus à l'éducation de leurs enfants et comprennent que ces derniers ne seront pas comme les autres et encore moins des adultes comme les autres. En tant que parents, on se questionne ainsi encore plus dessus quand on est en expatriation.
Quelles sont les conséquences d'une mauvaise préparation pour un enfant ?
Le refus de s'engager, de s'installer, d'avoir de nouveaux amis, d'accepter son nouveau lieu de vie voire un refus scolaire? Cela développe également un sentiment d'insécurité, notamment au niveau relationnel, avec des enfants qui ont toujours peur de décevoir et donc de l'avenir. Le mauvais souvenir du changement peut perturber longtemps.
Les enfants de la troisième culture sont différents. Sont-ils "meilleurs" que ceux qui ont grandi dans le même pays ?
Meilleurs je ne crois pas, ils sont différents parce qu'ils ont développé beaucoup de compétences qui leur deviennent naturelles : adaptation, multilinguisme et deux capacités passionnantes, celle d'aller au-delà des choses, hors du cadre, et celle d'appréhender une situation donnée sous plusieurs angles différents, comme s'ils étaient plusieurs personnes. Mais ils développent aussi des faiblesses que d'autres n'ont pas : ils n'ont pas de racines et à l'âge adulte, cela peut perturber un petit peu, ils ont une identité complexe et cette troisième culture n'est pas forcément facile à gérer car ils ne la partagent qu'avec leurs semblables, ce qui peut rendre plus difficile l'intégration dans un milieu sédentaire.
Quels adultes deviennent justement ces enfants de la troisième culture ?
Ce qui ressort, c'est qu'il n'y a pas tellement de juste milieu. Une majorité va continuer à avoir besoin de cette multiculturalité, de voyager, avec un instinct très fort de migration, qui fait partie de leur équilibre. Et il y a une minorité qui va s'installer de manière sédentaire, mais exagérée, parfois aussi bien dans leur lieu de vie que dans leur travail, prêts à supporter tout pour éviter le changement.
Quels sont vos prochains projets ?
Il y a donc cette façon de préparer les adolescents qui se fera sous forme de cahier ou d'application car ils seront peut-être plus à même de se connecter que de prendre un livre et d'écrire à la main. Le deuxième projet est un livre sur les adultes de la troisième culture.
Pour finir, quelles sont vos impressions du Brésil depuis ces quelques mois ?
Je suis toujours très contente quand je découvre un nouveau pays et toute la famille est dans cet état-là. On a beau arriver du Mexique, qui est également en Amérique latine, ce sont deux pays qui n'ont rien à voir. Le Brésil nous fait une très bonne impression grâce aux gens surtout. Ils sont chaleureux et agréables avec une culture riche. Mais on a encore du mal à définir tous nos sentiments sur le pays, on est encore en état de choc culturel. On n'est pas trop fait notamment pour les grandes villes donc on a encore des petits soucis d'adaptation concernant les temps de trajet, l'insécurité, etc. Mais c'est une question de mois, ou de semaines. On ne doute pas que São Paulo est une ville très attachante !
Propos recueillis par Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 9 septembre 2016
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