Édition internationale

BILLET D'HUMEUR – Heurts et malheurs d'une captive du rodizio

Écrit par Lepetitjournal Sao Paulo
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012
Mercredi ? 16h55. Plaque d'immatriculation se terminant par ?..6 : jour de rodizio. Nombre de kilomètres à parcourir avant d'arriver chez moi : 8,3. Nombre de feux à traverser avant d'arriver à destination : 15. Etat du trafic : chargé, très chargé. Ca y est, je suis coincée ! Bien certaine de ne pas être la seule à qui ce soit arrivé

Chaque semaine, il y a un jour dont l'organisation s'avère assez corsée : c'est celui du fameux rodizio. A priori, rien d'insurmontable : ne pas utiliser sa voiture aux heures de pointe (7h-10h et 17h-20h). Et pourtant ce maudit mercredi, je l'ai bien mal géré. Me voilà paralysée au beau milieu de la Faria Lima et il ne me reste que 5 minutes (allez, on arrondit à un quart d'heure, il paraît qu'il y a une tolérance jusqu'à 17h10) pour atteindre Higienopolis. Bien, quelles sont les options qui s'offrent à moi ?

Je me lance dans un rallye à travers les rues de Sao Paulo, tout en surveillant l'horloge d'un coin de l'oeil : emprunter les voies de bus, brûler les feux rouges, transformer les trottoirs en une voie supplémentaire, pratiquer le gymkhana automobile sur la Faria Lima, puis la Rebouças. Hum tentant, mais n'est pas Senna qui veut, et le sens de la conduite rapide et efficace n'a jamais coulé dans mes veines. Transgresser une grande partie des règles du code de la route, perdre tous ses points, voire même son permis en 15 minutes, ça ne vaut pas tellement la peine. Voyons le côté positif : plus de permis, plus de voiture, je contribue à la diminution de la pollution pauliste. Mais quand même, mes convictions écologistes ne sont pas fortes à ce point.

Quoi d'autre ? Envisager de me stationner sur le bord de la route et feuilleter un bon bouquin qui serait intelligemment rangé dans la boîte à gants pour pallier à ce genre de situations. Je fouille... pas de livre. Evidemment, si je savais anticiper, ça se saurait ! A prévoir pour plus tard, le kit de survie du conducteur pauliste ! Tiens, que vois-je la qui jonche le plancher de ma voiture ? 4 grandes pages du nouveau programme immobilier « Jardin de Versailles » lancé à Moema, récupéré à un feu rouge. Bon : 4 pages en 3 heures, c'est un peu court comme occupation même en lisant très lentement et très attentivement chaque information.??

J'ai compris, il ne reste plus qu'à envisager l'abandon de mon véhicule et partir à la recherche d'une activité pour occuper les trois prochaines heures. Mais se garer relève du défi dans ce quartier, et d'autant plus aux heures de pointe. Entre une benne et une sortie de garage, la voilà ma place : l'espoir renaît !?Que faire maintenant jusqu'à 20h ? Du shopping pardi ! A la presse de la rue Amauri, quelques revues et ce bouquin sur la fondation économique du Brésil, qui semble super intéressant. Parfait, je vais consacrer du temps à mon apprentissage du portugais, tout en me cultivant. Installée confortablement dans un grand fauteuil, un café face à moi : j'entame l'introduction. 17H14 , page 5 - Bon j'aurais sans doute mieux fait d'acheter le dictionnaire nécessaire à la compréhension de cette demi-page que je viens de lire. Bouquin refermé, café avalé, il est 17h18... Une grande façade clignote au loin et me fait de l'?il, c'est le shopping Iguatemi !

Ca tombe bien j'ai deux ou trois trucs à acheter au supermarché... Une heure plus tard, me voilà équipée de deux nouveaux pulls, une paire de chaussures, une robe, un grille-pain, des capsules de café pour jusqu'à février 2013. Ah... fièvre consommatrice, quand tu nous tiens ! Mais il n'est que 18h10. Que faire à présent ? J'ai une idée ! Monter jusqu'au cinéma du shopping. Il y a deux séances qui commencent tout de suite : on ne pouvait rêver mieux. Ah, Les Schtroumphs ou Os Pinguins do Papai avec Jim Carrey. Choix crucial ! Pour garder un peu de dignité, je tairai le titre vers lequel s'est porté mon choix. Sachez une chose, il fallait être doté d'une âme d'enfant pour en apprécier toute la subtilité humoristique. Mais mission accomplie : il est 20h15 et je peux récupérer ma chère et tendre voiture.

Je tiens quand même à dire que le problème subsiste car en bonne Française que je suis, il me sera difficile d'accepter calmement cette contrainte du code de la route. Mais puisque c'est une ruine ce rodizio : la semaine prochaine, ce sera taxi !

Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com - São Paulo) vendredi 9 septembre 2011
lepetitjournal.com sao paulo
Publié le 9 septembre 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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