

20 ans après sa disparition, la plus grande rétrospective jamais organisée au Brésil rend hommage à Keith Haring (1958-1990). C'est à travers un ensemble de 93 oeuvres, dont certaines sont inédites, que la Caixa Cultural de la Paulista, propose de mieux découvrir le travail de Haring, figure artistique intense des années 80. Première escale à São Paulo avant de prendre la direction de Rio de Janeiro
Si vous passez devant le Conjunto National, vous ne manquerez pas d'être attirés par quatre oeuvres colorées, visibles depuis la rue. Manière aussi de mettre en avant que pour Haring, l'art n'avait pas à se cantonner dans les musées.
Après avoir étudié dans deux écoles d'art, à Pittsburg, puis à New York, il s'essaye au collage, la peinture, le montage, la vidéo, il réalise que le dessin est ce qu'il préfère. Dans l'East Village, il découvre les graffitis et la culture alternative des années 80.
La rue, les entrepôts et même le métro deviennent support de l'oeuvre d'art. Haring prend l'habitude de réaliser des dessins à la craie noire, jusqu'à quarante par jour, sur les panneaux publicitaires du métro. Les passants ont l'oeil attiré par ses dessins à la ligne simple, dynamique et au message direct.
Ami, entre autres, de Warhol et Basquiat, il devient célèbre et va réaliser d'importantes commandes, comme la fresque pour l'hôpital Necker de Paris, collaborer avec Madonna ou encore William Burroughs, réaliser une pub pour Coca-Cola...
La côte de ses oeuvres monte en flèche, et il est reconnu internationalement : sont organisées des expositions en son honneur à partir du début des années 80. Mais il continue à réaliser des fresques dans les rues, offrir certaines de ses créations à des amis de passage. Dans une perpétuelle recherche de démocratisation de l'art, il ouvre dans le quartier de Soho le Pop Shop où toutes les bourses peuvent s'offrir des produits décorés des dessins de Haring.
Son art lui permet aussi d'exprimer également son engagement contre l'apartheid, la consommation de crack grâce au célèbre slogan « Crack is wack » ou encore pour sensibiliser le public au virus du VIH, dont il découvre être atteint en 1988.
Un « Selected Work » rapide mais efficace
L'exposition proposée par la Caixa Cultural offre un panel assez large de l'oeuvre de Haring. Le trait, fluide et noir, forme les dessins qui sont ensuite remplis de couleurs très vives. Les 55 sérigraphies, 9 gravures, 29 lithographies et la gravure mettent en scène les personnages récurrents de son travail : bébés, chiens aboyant, serpents, soucoupes volantes, pyramides, télévisions, ainsi que les thèmes de la sexualité et de la mort.
Souvent humour et prise de conscience se côtoient, comme par exemple dans la série Pop Shop Quad (1989) (extrait ci-contre) où quatre images, fonctionnant comme une bande-dessinée, montrent un homme se faisant avaler par une énorme machine. Ses partenaires assistent impuissants à la scène, mais tentent de sauver leur ami en coupant l'alimentation électrique. Trop tard : la bouche de cette machine infernale est fermée à jamais.
A l'étage, des objets personnels de Haring : lettres, photos et surtout deux documents filmés très intéressants où l'on peut le voir en train de créer des fresques à São Paulo : pas de dessin préalable, pas de prise de recul : une production libre, directe et nette. Impressionnant !?
Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com ? São Paulo) vendredi 20 août 2010
São Paulo
Caixa Cultural ? Avenida Paulista, 2083
Jusqu'au 5 septembre
Entrée Gratuite
Rio de Janeiro
Caixa Cultural ? Av. Almirante Barroso, 25
Du 28 septembre au 14 novembre
Entrée gratuite





