

Se focalisant sur les aléas d'une relation père-fille, les auteurs de La Beuze tentent une incursion dans un genre de comédie plus mature. Une ambition louable compromise par un manque de cohésion.
Scientifique ayant brillamment réussi de l'autre côté de l'Atlantique, Philippe Le Tallec revient quelque temps en France pour s'occuper de sa fille. Mais celle-ci, 15 ans et demi, accepte mal l'ascendance de ce père jusqu'ici absent. Le conflit des générations va aller bon train?
Entre deux eaux
Malgré ses apparences, l'argument de départ ci-dessus n'est pas celui d'un drame familial. Un coup d'?il sur l'affiche le confirme : nous voici en pleine comédie, et jusqu'au cou ! De celles produites en masse par Hollywood afin d'accompagner la consommation de pop-corn, mâtinées d'une pointe de conscience sociale à la française. Ce qui nous amène entre deux eaux, deux identités nationales, et dont le personnage de Daniel Auteuil, ce père franco-américain, est l'aveu même. Le souci ? puisque souci il y a ? est que nous finissons par ne plus savoir où nous nageons. D'abord, il y a de l'humour verbal, basé sur le parler "djeune" avec multiplication de bons mots en verlan et en format SMS : on y rit donc français. Là-dessus déferlent quelques gags ? les cheveux en pétard d'Auteuil, la copulation simulée ? relevant d'une forme plus franchement burlesque, plus clairement américaine. Et les deux types d'humours de se chevaucher ainsi et de cohabiter ensemble tout du long. "Et alors, où est le problème ?", demanderez-vous.
Comédie en crise
Alors, cela aurait certainement fonctionné si François Desagnat et Thomas Sorriaux avaient su lier le tout. Si, au lieu de se contenter d'un alignement de "vannes" entrecoupées d'éclats de tarte à la crème, ils s'étaient penchés sur un véritable scénario à partir duquel extraire tout le jus comique. Peut-être auraient-ils en outre évité cette accumulation de personnages et d'intrigues secondaires qui, de François Berléand en fantôme d'Einstein aux expériences capillaires auxquelles s'adonne Auteuil, s'intègrent des plus mal à l'action centrale et voient leurs effets tomber à plat.
Absence d'unité, manque de maturité, voire de métier de la part d'auteurs dont il ne s'agit finalement que du troisième film? Dommage : le choix du sujet indiquait une réelle volonté d'amélioration par rapport à La Beuze et aux 11 commandements, et que le remplacement de Michaël Youn par Daniel Auteuil confirmait. En l'état, 15 ans et demi est une comédie en pleine crise d'identité, et qui s'abîme dans un rejet adolescent des règles élémentaires de scénario. Il faut bien que jeunesse se passe?
Germain SCLAFER (www.lepetitjournal.com ? Brésil) mercredi 7 juillet 2010
15 anos e meio (15 ans et demi - 2008) de François Desagnat et Thomas Sorriaux, avec Daniel Auteuil, Juliette Lamboley, François Damien, François Berléand, Lionel Abelanski, Alain Chabat?
Sur vos écrans à partir de vendredi à São Paulo





