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ART MODERNE - 1922, trois nuits pour changer l'histoire du Brésil

Par Lepetitjournal Sao Paulo | Publié le 18/05/2017 à 22:05 | Mis à jour le 18/05/2017 à 18:33

Les 13, 15 et 17 février 1922, le Theatro Municipal de São Paulo accueillait la Semana de Arte Moderna. Cet événement regroupant tout à la fois des peintres, sculpteurs, musiciens, architectes et écrivains représente un moment fondamental dans l'histoire de l'art brésilien

Souvent source de polémique et d'incompréhension, la Semana de Arte Moderna, envisagée en 1922 comme un moment de rupture et de transformation dans divers domaines de l'art, reste un moment clé de l'histoire culturelle brésilienne. Lassés du goût pour le Parnasse et l'Académisme des élites brésiliennes, un ensemble d'artistes a décidé de mettre en place une manifestation artistique commune, revendiquant une forme nouvelle de modernité.

Influencés par les mouvements d'avant-garde européens tels que le Cubisme, l'Expressionnisme et le Futurisme, ils ont décidé, sous l'impulsion du peintre Di Cavalcanti, d'organiser trois soirées au Theatro Municipal, en février : alors que la première était dédiée aux arts plastiques, la seconde était centrée sur la poésie et la littérature et la dernière à la musique.

Cette forme de querelle des Anciens et des Modernes à la brésilienne, née dans un contexte politique, économique et social troublé, appelait au rejet du passé et prônait un langage libéré des règles établies. L'idée fondamentale étant d'affirmer une identité culturelle profondément brésilienne.

Une année zéro de l'art moderne brésilien ?
Si certains envisagent cette semaine comme étant à l'origine de la modernité brésilienne, une sorte d'année zéro dans le domaine, beaucoup d'historiens de l'art remettent en question cette théorie. Tout d'abord parce que certains artistes brésiliens avaient déjà ouvert la porte à une réforme de l'art dès les années 1910 : le peintre Laser Segall a notamment organisé des expositions de peintures "non-académiques", tout comme Anita Malfatti qui présentait en 1917 des toiles dont l'inspiration glanée auprès de  l'avant-garde européenne ne faisait aucun doute.

Par ailleurs, ce mouvement n'était pas particulièrement organisé : les artistes se sont réunis autour d'une même volonté de changement, sans pour autant établir une conception théorique, un manifeste commun. Très peu de temps après, des mésententes ont surgi et finalement divers courants tels que les mouvements Antropofagico, Pau Brasil et Verde Amarelo sont nés.

Portant un apport certain : un débat public ouvert sur la modernité, amenant à finalement penser la modernité brésilienne, tout en soulignant l'existence déjà affirmée d'une culture brésilienne. 

Les grandes figures de la Semana
- Anita Malfatti (1889-1964) ? Née au Brésil, elle a pourtant très tôt voyagé et étudié à travers le monde (Italie, Allemagne, Etats-Unies, France), ce qui a fortement influencé son art, puisqu'elle y apprend à peindre, dessiner et graver. Sa première exposition individuelle a lieu à São Paulo en 1914. Une seconde se déroulant en 1917 lui vaudra les critiques de Monteiro Lobato. Véritable figure de l'art moderne brésilien, elle présentera son travail dans les années 1950 lors du 1er Salon Pauliste d'Art Moderne, ainsi qu'à la 1ère Biennale de São Paulo.

- Di Cavalcanti (1897-1976) ? Grand organisateur de la Semana de 1922, il se fait d'abord connaître comme caricaturiste et illustrateur. Evoluant dans le milieu intellectuel pauliste, il se tourne peu à peu vers la peinture et le dessin. Après quelques années à Paris au cours desquelles il rencontre Matisse et Léger, il revient au Brésil tourné vers une forme de nationalisme et d'art social.

- Victor Brecheret (1894-1955) ? Sculpteur découvert par Di Cavalcanti et les Andrade, il expose 14 ?uvres lors de la Semana de Arte Moderna. Montrant une prédilection pour l'argile, la pierre et le bronze. Il travaille sur de nombreuses sculptures destinées à des espaces publics et est notamment le créateur du fameux Monument aux Bandeiras, situé au bout du Parc Ibirapuera.

- Mario de Andrade (1893-1945) ? Véritable touche à tout, ce poète, écrivain, critique, photographe, musicologue, a une formation de musicien. Il s'intéresse toutefois très vite à de jeunes artistes faisant preuve de plus de « modernité ». Il encourage leur travail, et fait partie des penseurs de la Semana de Arte. Son recueil d'essais A Escrava que Não É Isaura (L'Esclave qui n'est pas Isaura), publié en 1925, fait de lui l'un des théoriciens du modernisme.

- Oswald de Andrade (1890-1954) ? Dramaturge et écrivain, il n'a aucun lien de parenté avec Mario. Pourtant, dès leur rencontre, les deux hommes se sont retrouvés sur une certaine interprétation de l'art. Considéré comme l'artiste le plus provocateur de la bande de 1922, il se distingue en rédigeant un important manifeste moderniste, le Manifesto Antropófago (1928), dans lequel il remet en question la dépendance culturelle du Brésil.

- Heitor Villa Lobos (1887-1959) ? C'est le musicien du groupe. Il se détache très vite de tout conformisme musical et préfère se tourner vers les racines musicales brésiliennes. Il crée alors son propre style musical, reconnu à travers le monde.

Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com - Brésil) Rediffusion

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