Édition internationale

Une normande au sommet du Villarrica, le volcan le plus actif du Chili

Marike connaît par cœur le Villarrica. Cela fait plus de 10 ans qu’elle a l’habitude de le grimper, été comme hiver, pour accompagner les randonneurs téméraires. C’est à 23 ans que la normande a découvert la région de l’Araucanie. Entre lacs, volcans et araucarias, Marike s’est installée à Pucón pour ne plus quitter cette nature exceptionnelle.

© 2026 Marike » Marike, à droite, avec des apprentis alpinistes, pendant l’ascension du Villarrica.© 2026 Marike » Marike, à droite, avec des apprentis alpinistes, pendant l’ascension du Villarrica.
© 2026 Marike » Marike, à droite, avec des apprentis alpinistes, pendant l’ascension du Villarrica.
Écrit par Justine Bosco
Publié le 17 juillet 2026, mis à jour le 19 juillet 2026

 

Une française dans la région des lacs du Chili

À la fin de son master trilingue en commerce international à Grenoble, Marike décide de faire son stage de fin d’étude dans le secteur du tourisme. Depuis toujours attirée par le pays des volcans, le Chili, elle commence à chercher des possibilités de s’y installer 6 mois pour réaliser son stage. C’est donc un peu par hasard qu'elle en déniche un à Pucón, région faite de lacs et de volcans. De juin à décembre 2014, elle débute son apprentissage en agence de tourisme. Mais l’expérience ne s’arrête pas là ! Marike aime tellement cette nouvelle vie chilienne, qu’elle prend la décision de rallonger sa venue de 6 mois à nouveau. Son stage se terminera officiellement en juin 2015.

Elle rentre donc en France au début de l’été, mais maintenant elle sait quelle direction prendre : Pucón. La normande quitte son village natal, entre le Havre et Étretat, pour le Chili. Depuis elle n’est plus repartie, à part quelques allers-retours pour rendre visite à ses proches. Sa première ascension du Villarrica, elle l’a réalisée en tant que touriste. Ayant grandi à Angerville-l’Orcher, Marike n’a pas connu la montagne pendant sa jeunesse. Mais déjà à Grenoble, pendant ses études, elle a su prendre de la hauteur et a pris goût pour l’altitude. C’est en Araucanie que cette nouvelle passion s’est débloquée. 

Marike passe le diplôme de guide à Pucón. La première étape est de passer l’examen pour devenir assistante guide. Elle suit des cours de montagne hiver comme été, travaille son curriculum vitae de tous les monts qu’elle a gravi à différentes altitudes, passe l’épreuve des premiers secours, … mais surtout répond aux critères de l’épreuve de sport en montant le Villarrica en 2 heures maximum.

Crampons et piolets à la main, elle obtient son diplôme d’assistante guide en octobre 2015. Au bout de 2 années d’ascension du Villarrica et des autres volcans de la région, Marike devient officiellement guide en 2017. L’année suivante, elle travaille pour l’agence qui deviendra la sienne en 2019. La pandémie a mis sur pause toute l’activité autour de Pucón et impacté l’agence de Marike, Ermitano Expediciones.

Mais ce qui a vraiment fait mal à son agence de tourisme c’est l’impossibilité pendant 2 ans, de 2022 à 2024, d’aller jusqu’en haut du cratère puisque le Villarrica était trop actif. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 40% de touristes en moins pour réaliser l’ascension du volcan. « L’économie de Pucón, c’est-à-dire le tourisme, dépend beaucoup du volcan et de son activité », explique Marike. 

 

 

© 2026 Clemente MORA » Le Villarrica au lever du jour, tout juste enneigé de la veille.
© 2026 Clemente MORA » Le Villarrica au lever du jour, tout juste enneigé de la veille.

 

 

Le Villarrica, les araucarias et la culture Mapuche

Culminant à 2847 mètres d’altitude au-dessus des nuages et de la région des lacs du Chili, il faudra entre 4 et 6 heures d’ascension pour enfin voir le cratère du Villarrica. La montée se réalise à l’aide du piolet et parfois des crampons avec un dénivelé positif de 1397 mètres. La descente s’effectue en luge en 2 heures en fonction de l’enneigement. Parfois fumant, le volcan crache de la fumée composée de dioxyde de soufre d’où la nécessité pour les alpinistes d’avoir des masques à gazs pour éviter l’intoxication. Le Villarrica figure parmi les volcans les plus actifs d’Amérique du Sud. La dernière éruption en date remonte au 3 mars 2015. Sur les coups de 3h00 du matin, un jet de lave a jailli à 1000 mètres illuminant le ciel nocturne. À ce moment-là, les autorités ont dû évacuer 3 385 personnes de Pucón et Coñaripe.

La première éruption du stratovolcan enregistrée date de 1558. Tous les 10 à 30 ans, le volcan laisse exprimer ses gargouillements. En haut du sanctuaire El Cañi, entre les araucarias, l’un des arbres les plus anciens du monde, c’est là que la vue sur le Villarrica enneigé est la plus époustouflante. C’est en prenant de la hauteur que la vue s’élargit aussi sur les autres volcans de la région de l’Araucanie, qui compte à elle seule 7 volcans dont le Quetrupillan, le Sollipulli ou encore le Lanín, qui marque la frontière entre l’Argentine et le Chili. 


 

© 2026 justine BOSCO » Au niveau du cratère du volcan Villarrica, la lave n’est pas visible mais la fumée qu’il recrache oui.
© 2026 justine BOSCO » Au niveau du cratère du volcan Villarrica, la lave n’est pas visible mais la fumée qu’il recrache oui.

 

À l’origine, le Villarrica ne s’appelait pas ainsi. Renommé par les conquistadors espagnols, il s’appelait Ruka Pillán, nom donné par la plus grande communauté du Chili, le peuple Mapuche. « Ruka » signifiant la maison et « pillán », l’esprit. Selon les Mapuche, dans chaque volcan vit un  « pillán ». Ce dernier peut être bon ou mauvais, tout dépend de l’histoire qu’on lui associe. Concernant le Villarrica, on l’associe à la maison du diable au vu de son activité importante et des nombreux points de lumière rouge qu’il émet. En été, c’est le sommet seulement qui montre son museau blanc. Mais à partir de fin mai/début juin, la neige commence à tomber et le Villarrica enfile son plus beau manteau blanc.

C’est d’ailleurs, à cette période de l'année, quand la neige recouvre le volcan, que les éruptions peuvent être les plus dangereuses. Les coulées de lave glissent plus facilement sur le glacier et emportent tout sur leurs passages. Il n’empêche que le Villarrica est très calme en ce moment. Alors qu’il y a quelques années en arrière, les alpinistes pouvaient observer la lave crépiter dans le cratère. Aujourd’hui, elle n’est pas visible car trop basse.

Une ascension forte en émotion, qui met des étoiles plein les yeux. Le jeu en vaut la chandelle pour cette beauté historique et naturelle. 


 

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