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DAVID FOENKINOS - "J’ai eu un coup de foudre pour cette peintre"

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 30/09/2015 à 22:27 | Mis à jour le 01/10/2015 à 10:44

 
David Foenkinos, écrivain et réalisateur français, auteur de treize romans dont La délicatesse, Les souvenirs et Charlotte, était l'invité du festival de littérature FILBA à Santiago. Lepetitjournal.com de Santiago l'a rencontré.

Lepetitjournal.com/Santiago : Vous avez étudié le jazz et vous étiez professeur de guitare. Jouez-vous toujours ?
David Foenkinos : Non, je ne joue presque plus, j'écris seulement quelques chansons pour mes enfants.  On ne peut pas tout faire !?

Votre dernier livre, Charlotte, vous a habité pendant presque dix ans. Parlez-nous un peu de cette peintre.
?Charlotte Salomon était une jeune femme juive allemande qui a vécu de 1917 à 1943. L'histoire de sa famille n'a été qu'une succession de tragédies. Elle grandit avec la montée du nazisme et doit, en 1939, trouver refuge en France où elle créera sa grande ?uvre autobiographique constituée de centaines de peintures. Elle sera finalement dénoncée et décèdera dans un camp de concentration, enceinte, à l'âge de 26 ans. ?J'ai mis 10 ans à écrire ce livre. Je l'ai recommencé de nombreuses fois. Ça été très difficile de trouver comment raconter l'histoire de Charlotte.

Comment avez-vous découvert Charlotte Salomon ??
Je me suis rendu à une exposition sur les conseils d'une amie, c'était bien entendu celle de Charlotte Salomon. J'ai eu un coup de foudre émotionnel et artistique très fort immédiat. Pour moi, Charlotte Salomon est une artiste majeure oubliée, qui n'a pas la place qu'elle mérite dans la postérité artistique.

Vous avez mené ce livre comme une enquête ?
Disons, comme une enquête émotionnelle. Un romancier n'enquête pas comme un journaliste. Je n'étais pas intéressé par le résultat. Par exemple, j'ai décidé de ne pas nommer celui qui l'a dénoncé. Je ne souhaitais pas abîmer ce livre d'amour par le nom de son assassin.

Comment vous êtes-vous senti après avoir écrit la dernière phrase ??
Soulagé. C'était une grande joie de se dire que j'avais enfin fini d'écrire ce livre. J'ai fini l'écriture de Charlotte il y a 2 ans et demi et j'ai arrêté pendant un an d'écrire, ce qui était jusqu'alors impensable pour moi. C'est la première fois que je me suis arrêté d'écrire. Je n'aime pas mes premiers livres et je ne sais pas si les futurs seront bons, mais pour une fois avec Charlotte, j'ai réussi à écrire ce qui était au fond de moi.

Qu'attendiez-vous de ce livre ??
Je ne pensais pas que ce serait un succès. J'avais juste l'espoir de faire redécouvrir l'?uvre de Charlotte Salomon et son histoire. Suite au succès du livre, de nombreuses personnes m'ont écrit pour me dire qu'ils l'avaient connu. Parfois ils avaient même des documents à me montrer comme cette femme de 98 ans qui m'a présenté une photo de classe avec Charlotte et elle, prise à Berlin. Dorénavant, j'ai encore plus d'informations et d'éléments sur Charlotte que ce pourrait faire l'objet d'un second livre : Charlotte 2 ! Ce serait d'ailleurs un projet artistique assez fou d'enquêter sur un sujet qui n'a pas de fin, comme un arbre généalogique de la passion.

Est-ce que votre obsession pour Charlotte vous a quitté ?
?Au contraire, mon obsession est décuplée! Et j'ai besoin de la partager. Grâce au retentissement du livre, on a posé des plaques commémoratives à Nice et à Villefranche-sur-Mer. Une grande exposition est en préparation à Nice, ville où elle a vécu durant la guerre. Et une exposition de reproduction de ses ?uvres vient de se terminer à Villefranche-sur-Mer.

Ces expositions et ces plaques commémoratives vous rendent fier ?
Je ne sais pas si je suis fier mais je sais qu'elles me rendent heureux. J'ai eu un coup de foudre pour cette peintre. J'avais en moi quelque chose que j'ai rencontré dans sa peinture. Ça a été une troublante attirance. Ce livre a été l'expérience la plus forte que j'ai été amené à vivre. Et je suis devenu comme un ambassadeur de son ?uvre et aussi, en quelque sorte, le président de la « secte » des admirateurs de Charlotte ! ?Je suis également heureux que le livre touche les jeunes qui lui ont décerné le Prix Goncourt des lycéens. Dans beaucoup de lycées, les élèves l'étudient.?

Vous avez écrit plus de treize livres en une dizaine d'années. Où trouvez-vous votre inspiration ?
Pour moi, l'inspiration est une chose incompréhensible car elle vient de nulle part. Je laisse juste aller mes émotions personnelles. Je suis curieux. J'aime observer. Je pourrais m'asseoir des heures à un café et regarder les gens défiler, être spectateur de la vie.

Avez-vous une anecdote sur votre écriture, comme une routine ou un rituel ?
Je ne crois pas à l'idée du rituel. Je n'ai jamais autant d'idées que quand je n'écris pas. Je voyage beaucoup et pour moi le voyage est un moment très actif, il me permet de me déraciner visuellement. J'écris énormément dans les transports, notamment dans le train. ?Chaque livre a pour moi une histoire différente. Par exemple, pour La délicatesse, j'ai d'abord eu l'image d'un homme et d'une femme qui s'embrasse, et puis le reste a suivi, petit à petit. Je l'ai écrit comme des poupées russes qui s'emboitent.??

Travaillez-vous sur un nouveau livre ?
Je viens juste de terminer l'écriture d'un nouveau livre.

Peut-on connaître le sujet ?
Je vais vous donner une exclusivité mondiale?! C'est l'histoire d'un livre qu'on trouve dans une bibliothèque?

Pour finir, une question sur pays dans lequel nous nous trouvons. Quelles sont vos premières impressions sur le Chili?
Je n'aurai passé que trois jours au Chili. C'est un séjour très court pour un si long voyage ! Dans le cadre du festival FILBA, j'ai également été invité à Montevideo et à Buenos Aires. En Uruguay, on vous dit  que vous êtes dans « la petite Suisse de l'Amérique du Sud ». En Argentine, on vous dit que « c'est la petite Europe d'Amérique Latine ». En arrivant à Santiago, j'ai tout de suite vu qu'il y avait une influence nord-américaine que je n'ai pas vu ni Argentine ni en Uruguay.

Propos recueillis par Jennifer Roux (www.lepetitjournal.com/santiago) - Jeudi 1er octobre 2015

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