

La culture de soja est synonyme d'« agriculture capitaliste d'exportation ». Mais quels sont réellement les impacts de cette culture sur les hommes et la planète terre ? Deux futurs ingénieurs agronomes français sont allés profiter de leur année de césure, pour enquêter à « sojaland », en Argentine. Rencontre
Fabrice et Emilie sur le terrain (photo F.G)
L' Argentine, considérée comme l'un des greniers du monde, a connu une révolution verte dès 1996 avec la croissance exponentielle des cultures de soja. En 2003, elle produisait 7 millions d'hectares de soja; en 2009 elle en a produit 17.5 millions. Le soja occupe aujourd'hui près de 64% de la superficie cultivable totale du pays. Avec un prix de vente à l'exportation aux alentours de 1.000 pesos argentins par tonne (~190?), le soja représente une force économique majeure pour le pays. En 2009/2010, l'exportation des graines, de l'huile et autres sous-produits du soja a rapporté près de 8 millions de dollars à l'état argentin grâce à la rétention effectuée sur sa vente.
La plus grande partie de la production de soja (environ 65%) est destinée à l'alimentation des animaux d'élevage, dont elle est la principale source de protéines. Vient ensuite la production d'huile de soja dont seulement 7% est utilisée pour les agrocarburants, puis la consommation « directe » sous forme de tofu, yaourts, laits de soja,...
Une monoculture vertigineuse qui a intrigué deux étudiants de l'ENSAIA (Ecole Nationale Supérieure d'Agronomie et des Industries Alimentaire) de Nancy. Emilie Joetzjer et Fabrice Grillon ont parcouru plus de 8000 kms en Argentine pour aller, sans à priori, à la rencontre des différents acteurs de ce secteur, « pro ou anti soja »: agriculteurs, éleveurs, firmes, coopératives, associations, facultés, centres de recherche...
Premier constat: Plus de soja= moins de bonne viande
Les avancées des cultures de soja entraînent de nombreux changements de cultures et de systèmes d'élevages. « Le rapport avec le soja ? Le développement des cultures de soja induit une pression foncière en raison de sa rentabilité économique exceptionnelle, ce qui pousse à intensifier l'élevage en réduisant les pâtures. De cette manière, on libère plus de place pour le soja, qui s'étend de plus en plus hors des territoires de la pampa. C'est la sojalisation ! », explique Emilie. Cette compétition à l'espace engendre deux impacts spatiaux : la suppression dans certaines régions des activités de culture et d'élevage typiques, mais aussi la pratique massive de la déforestation surtout au Nord.
De plus, le passage d'un système d'élevage extensif à un système de Feedlots (parcs d'engraissement intensifs de bovins) a modifié les propriétés de la viande: réduction de la teneur en oméga-3 dont on connait les biens faits et baisse de la concentration en CLA (Acide Linéique Conjugue), des acides gras insaturés qui entraîneraient notamment la diminution des risques de cancers.
Deuxième constat: Fumigation= Danger
En Argentine des lois relatives à la fumigation existent mais ne sont pas toujours respectées, ce qui peut engendrer des problèmes en raison de la proximité des écoles et des habitations dans les zones rurales. « De manière évidente, si un épandage de pesticide est fait avec la présence de vent, automatiquement les enfants jouant dans la cours d'école sont exposés à l'herbicide », clament les militants de "Paren de Fumigar". Or, il a été démontré par plusieurs médecins, que le contact avec les molécules de l'herbicide pouvait générer des cancers, mais aussi des malformations embryonnaires chez les femmes enceintes conduisant bien souvent à la mort de l'enfant.
Troisième constat: La nature OGM du soja fait débat?
Le soja cultivé est pour la grande majorité un soja OGM RR (Round-up Ready). Grâce à l'insertion dans la plante de soja d'un gène de bactérie, la firme MONSANTO a pu procurer aux plantes de soja la résistance à la molécule de Glyphosate, qui sert de principe actif à un herbicide puissant : le RoundUp. En utilisant ce soja OGM, la préparation du sol avant le semi est simplifiée, jusqu'à l'application de la méthode dite du semis direct. En effet, la résistance de la plante à l'herbicide permet aux producteurs de semer sur les résidus de la culture précédente ainsi que sur les mauvaises herbes. Indéniablement le nombre de passage des machines (pour le labour et le désherbage) est limité. Au final, on a donc un système plus stable dû à l'absence de labour mais aussi à une forte présence de matière organique provenant de la dégradation des résidus de la culture précédente. C'est ce que défend l'association AAPRESID qui soutient et développe le système de semis direct, en le justifiant comme un système durable et économique.
Cependant l'attractivité économique des cultures de soja à poussé son utilisation à l'extrême avec le développement de la monoculture. Les exploitants plantent constamment le même plant, et utilisent donc systématiquement le même herbicide. Une résistance au Round Up est alors apparue chez certaines mauvaises herbes, et de plus en plus d'herbicide est utilisé pour leur venir à bout. Cet excès entraîne la contamination du sol et de l'eau.
Quatrième constat: Soja = or vert à effet boomerang
"D'un côté des producteurs qui créent de la richesse, de l'autre, des entreprises agro-industrielles qui créent de l'emploi, et l'état qui dégage des fonds qui peuvent être alloués pour le social », constate Fabrice impuissant, avant d'ajouter que cette force de l'or vert reste cependant à nuancer: Le revenu essentiellement lié à la vente de soja engendre une trop forte dépendance aux cours de la Bourse Mondiale de Chicago, ce qui peut s'avérer catastrophique en cas d'effondrement des cours. Sans compter que la main d'?uvre nécessaire dans le champ est aujourd'hui très faible et seulement 5% des producteurs produisent 50% du soja. Conséquences, il engendre un exode rural, mais aussi une lutte économique constante des petits producteurs qui n'ont pas les moyens de faire face aux gros "sojeros".
Le plant OGM de Monsanto est passé au-delà des frontières de l'Argentine et s'étend rapidement sur les territoires du Brésil, de la Bolivie et du Paraguay, couvrant aujourd'hui, en Amérique du Sud, plus de 40 millions d'hectares. Le soja n'a donc pas fini de faire parler de lui !!!
Chloé Geiss avec Sophie Rouchon (www.lepetitjournal.com/Santiago) mercredi 28 avril





