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Visa licencie 2 600 salariés à San Francisco : ce que ça change si vous êtes en visa

Le 28 juillet dernier, des centaines de badges ont cessé de fonctionner à Mission Rock et sur le campus de Foster City. Visa, le géant des paiements dont le siège mondial trône depuis 2024 au bord de la baie de San Francisco, a confirmé la suppression de 2 600 postes — environ 7 % de ses effectifs mondiaux. Une restructuration technologique, dopée à l'intelligence artificielle, qui touche en priorité les équipes tech et produit. Pour un salarié américain, c'est un choc. Pour un salarié étranger en visa de travail, c'est aussi une horloge qui se met en marche. Voici ce qu'il faut savoir, et d'où vient chaque information.

Des cartes de paiements visasDes cartes de paiements visas
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 27 août 2026

Ce qu'annonce Visa : les faits, et leurs sources

L'information a été révélée le 28 juillet 2026 par Bloomberg News, qui a consulté un mémo interne envoyé ce jour-là aux salariés par le PDG Ryan McInerney. CNBC a ensuite confirmé indépendamment le contenu de ce mémo auprès d'une personne directement au fait du dossier, avant que l'entreprise ne confirme officiellement les suppressions de postes.

Dans ce mémo, cité par Bloomberg et CNBC, McInerney écrit que Visa doit « continuer à faire évoluer sa façon de travailler » pour saisir les opportunités à venir, ajoutant que l'IA « contribue à accélérer cette évolution et à façonner la manière dont le travail se fait chez Visa ». Selon une source proche du dossier citée par CNBC, l'intelligence artificielle est un facteur significatif de cette réorganisation, mais pas la seule cause des suppressions de postes.

Les postes supprimés se concentrent surtout dans la technologie et les produits, selon le mémo relayé par Bloomberg et CNBC, même si d'autres services sont aussi concernés. Visa comptait environ 34 100 salariés dans le monde à la fin de son dernier exercice fiscal, et a réalisé 40 milliards de dollars de revenus nets sur l'exercice 2025, selon son rapport annuel. L'entreprise n'a communiqué aucune répartition géographique précise des postes supprimés, ni de détail sur les indemnités de départ, selon CNBC.

Les employés concernés ont commencé à être contactés dès le 28 juillet pour connaître les modalités de transition, selon une source proche du dossier citée par CNBC.

 

Pourquoi maintenant ? Une réorientation vers les paiements de demain

Selon le mémo cité par Bloomberg et CNBC, l'entreprise veut réinvestir dans les transactions transfrontalières, les paiements entre entreprises, les services dédiés aux clients fortunés (affluent customers), l'expansion géographique et les produits liés aux stablecoins. Autrement dit, Visa taille dans un domaine pour mieux investir dans un autre.

Ce mouvement n'est pas isolé, selon les mêmes sources : Mastercard a annoncé plus tôt cette année la suppression d'environ 4 % de ses effectifs, et l'entreprise fintech Block a de son côté supprimé près de 4 000 postes en février. Le secteur des paiements traverse une phase de reconfiguration accélérée par l'IA — et la Bay Area, qui en concentre une bonne partie des sièges sociaux, en encaisse directement les conséquences.

 

Le contexte : San Francisco, cœur du siège mondial de Visa

Visa a inauguré son nouveau siège social mondial à Mission Rock, à San Francisco, en 2024, avec près de 1 000 salariés sur place à l'époque. L'entreprise conserve par ailleurs un vaste campus à Foster City, qui héberge une grande partie de ses équipes technologiques et produit — les équipes précisément les plus exposées par cette vague de suppressions de postes selon le mémo relayé par Bloomberg et CNBC. Ni l'un ni l'autre des deux sites n'a fait l'objet d'un chiffrage public par l'entreprise à ce stade.

 

Le vrai enjeu pour les salariés étrangers : la course contre la montre du visa

Voilà ce qui distingue un licenciement à Paris d'un licenciement à San Francisco quand on est ressortissant français : perdre son emploi, c'est aussi souvent perdre son statut migratoire — et le compte à rebours démarre immédiatement. Cette partie repose sur les règles générales de l'immigration américaine (droit fédéral USCIS), et non sur des informations propres à Visa : l'entreprise n'a communiqué aucun détail spécifique sur l'accompagnement immigration proposé aux salariés étrangers concernés.

Le délai de grâce du H-1B : 60 jours, pas un jour de plus

Si vous êtes en visa H-1B et que vous perdez votre emploi, vous bénéficiez d'un délai de grâce de 60 jours (ou jusqu'à l'expiration de votre visa si elle survient avant) pour régulariser votre situation. Pendant cette période, vous pouvez légalement rester aux États-Unis, mais vous ne pouvez pas travailler tant qu'un nouveau statut n'a pas été validé. Passé ce délai, vous êtes en situation irrégulière.

Ce délai n'est ni renouvelable, ni négociable. Les 60 jours courent à partir de la date de fin d'emploi effective — pas de la date de notification, ni de la date de fin de votre éventuelle période de "garden leave" payée. C'est un point souvent mal compris et qui coûte cher en stress inutile : mieux vaut vérifier cette date précise avec les ressources humaines dès l'annonce.

Vos options concrètes après un licenciement

  • Trouver un nouvel employeur prêt à sponsoriser votre visa. C'est l'option la plus directe, mais elle suppose de retrouver un poste — et un sponsor — en 60 jours, ce qui est serré, surtout hors saison de dépôt du H-1B.
  • Changer de statut. Passer en visa touriste (B-2), en visa étudiant (F-1) si vous reprenez des études, ou en tant que conjoint accompagnant si votre partenaire a lui-même un statut valide (H-4, L-2…).
  • Repartir en France le temps de retrouver une opportunité, puis relancer une demande de visa depuis l'étranger. C'est d'autant plus pertinent dans le contexte actuel, où l'administration Trump a durci les procédures d'ajustement de statut depuis le territoire américain (voir notre article sur les nouvelles règles d'immigration 2026).
  • Négocier un délai avec votre employeur : certaines entreprises acceptent d'étaler la date de fin d'emploi officielle, ce qui repousse d'autant le point de départ du délai de grâce.

Et si vous êtes en cours de green card ?

Si votre demande de résidence permanente est en cours via votre employeur (PERM, I-140), un licenciement peut geler ou compromettre la procédure, selon l'étape où elle se trouve. Certaines protections existent si votre I-140 a déjà été approuvé depuis plus de 180 jours (portabilité de poste), mais elles ne s'appliquent pas systématiquement. C'est un point à faire vérifier au cas par cas par un avocat en immigration — les situations individuelles varient énormément selon l'étape exacte de la procédure.

 

Les réflexes à avoir 

Ne signez rien sans avoir lu attentivement. Un accord de séparation peut contenir des clauses sur votre date de fin d'emploi effective, cruciale pour calculer votre délai de grâce.

Contactez un avocat en immigration rapidement, même si votre dossier vous semble simple. Deux mois passent vite quand il faut à la fois chercher un emploi et gérer un changement de statut.

Gardez une trace écrite de la date de fin d'emploi, transmise par les ressources humaines — vous en aurez besoin pour toute démarche ultérieure.

Ne comptez pas sur les délais légaux habituels français. Il n'y a pas ici d'équivalent du préavis ou des indemnités encadrées comme en France : les règles américaines de licenciement (at-will employment) sont beaucoup plus rapides et beaucoup moins protectrices.

 

Où trouver de l'aide en français dans la Bay Area

French Tech SF reste un bon point d'entrée pour retrouver rapidement un réseau professionnel francophone et repérer les opportunités qui circulent en interne avant même d'être publiées.

La Chambre de Commerce Franco-Américaine  organise régulièrement des événements de networking et peut orienter vers des cabinets d'avocats spécialisés en immigration habitués aux problématiques françaises.

Un avocat en immigration franco américain agréé reste la ressource incontournable pour évaluer votre situation précise — chaque statut, chaque étape de procédure, chaque date compte.

 

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle liée à votre statut migratoire, consultez un avocat agréé en droit de l'immigration américaine.

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