Greg Gontier : 400 000 abonnés Insta et un premier album français attendu le 1er mai
À 24 ans, ce franco-américain installé à Los Angeles rassemble près de 398 000 abonnés sur Instagram, 230 000 sur TikTok et 166 000 sur Youtube. Nous avons eu le bonheur de passer un long moment avec lui — une rencontre généreuse où il s'est livré sans détour sur son enfance, son parcours et sa musique. Portrait d'un artiste au talent rare, qui a su faire de sa double culture une signature.
À l'écouter parler, on saisit immédiatement ce qui fait la singularité de Greg Gontier : un pied à Paris, un pied à Los Angeles, et une voix chaude et envoûtante qui semble naviguer naturellement entre les deux rives de l'Atlantique. Né en France, débarqué en Californie à 10 ans avec ses parents, le jeune chanteur — qui se fait appeler Grégoire à l'état civil et Greg sur scène — incarne cette génération d'artistes biculturels qui ne choisit plus entre deux langues, mais en fait son matériau de création. Visage avenant, regard franc, charisme naturel, il a tout du jeune artiste fait pour la scène. Mais c'est dans son écriture et sa voix que se loge l'essentiel.
L'arrivée en Californie pour un an...il y a 15 ans
« Quand on a déménagé aux États-Unis, c'était censé être pour un an ou deux », se souvient-il. Quinze ans plus tard, il y est toujours. À l'époque, la transition est rude pour le gamin de 10 ans qu'il était : la langue, bien sûr, mais aussi tous ces petits détails qui font le quotidien et qui frappent l'œil d'un enfant — la sortie d'école à 14h ou 15h au lieu de 17h, la taille démesurée des routes, l'immensité de tout. « C'était un choc visuel », résume-t-il aujourd'hui.
Plongé dès son arrivée dans une école américaine, sans transition par le réseau des établissements français, Greg bénéficie cependant d'un programme de soutien linguistique — l'English Language Development — qui ralentit le rythme pour les nouveaux arrivants. Une immersion qui paye : en un an et demi, il parle couramment anglais.
Aujourd'hui, quand on lui demande comment il se définit culturellement, sa réponse est limpide : « Je me sens 90/90. » Comprendre : à l'aise des deux côtés, mais avec, presque chaque jour, des petits moments qui lui rappellent que certaines référence peuvent lui échapper. Cette double appartenance qu'il revendique sans complexe imprègne désormais tout son travail artistique.
Du violoncelle aux premières vidéos YouTube
Les débuts musicaux de Greg sont marqués par une mère qui tenait à ce que chacun de ses enfants pratique un instrument. Pour lui, ce sera d'abord le violoncelle, vite abandonné, puis la batterie après le déménagement aux États-Unis. À 14 ans, il pose une caméra dans sa chambre et se lance sur YouTube en a cappella, avant de se mettre à la guitare en autodidacte. Pendant deux ou trois ans, il ne fait que des reprises — Justin Bieber, Shawn Mendes, la pop de l'époque.
C'est à 16 ans qu'il commence à écrire ses propres chansons à l'occasion d'un voyage à Los Angeles pour y rencontrer un parolier américain expérimenté qui deviendra son co-auteur, son mentor et son manager, Roby Stein. Une vocation qu'il aborde avec un aplomb désarmant : avant même d'avoir chanté quoi que ce soit publiquement, il avait demandé à son père un micro à 50 dollars sur Amazon, persuadé qu'il allait « commencer à chanter sur internet ». Le soutien familial, lui, ne s'est jamais démenti.
Santa Cruz, la parenthèse fondatrice
Avant Los Angeles, il y a eu Santa Cruz, où Greg a intégré l'université de Santa Cruz. Direction UC Santa Cruz dans cette ville côtière de Californie connue pour son ambiance surf, sa douceur de vivre et ses inclinations hippies. Trois années « magiques » qui le rapprochent d'une autre Californie, plus contemplative, plus "chill" que la frénésie du Sud. Tellement attaché à cette ville qu'il y reste un an de plus après son diplôme, persuadé qu'à l'ère des réseaux sociaux, on peut faire de la musique de n'importe où.
Mais l'évidence finit par s'imposer : « J'habitais à six heures de la ville qui est le centre de l'entertainment du monde entier. C'était un peu dommage de rester à la plage toute la journée. » Direction Los Angeles, sans appartement, sans voiture, sans boulot. Une véritable sortie de zone de confort, qu'il assume comme une nécessité : se rapprocher de son co-auteur, multiplier les scènes, croiser d'autres musiciens, producteurs et ingénieurs du son.
Roby Stein, l'ombre des chansons US
Il m'a donné énormément de son temps et de son énergie. Il est plein de sagesse
Greg Gontier et Roby Stein
Impossible de raconter Greg Gontier sans parler de Roby Stein. Improbable duo : 69 ans pour l'un, 24 pour l'autre. Et pourtant, c'est avec ce parolier passionné, ancien artiste lui-même, que Greg co-écrit absolument toutes ses chansons en anglais. La rencontre remonte à 2017. Roby cherchait alors un jeune chanteur pour interpréter une de ses compositions. Un ami d'ami les met en relation. La voix de Greg, alors âgé de 16 ans, ne convient finalement pas pour le titre en question. Mais Roby — selon ses propres mots — ne voulait pas être « un de ces mecs de Los Angeles qui démolit le rêve d'un jeune ». Il propose à Greg de venir écrire avec lui.
Aujourd'hui, Roby est plus qu'un co-auteur : c'est son manager, son mentor, l'un de ses amis proches. « Il m'a donné énormément de son temps et de son énergie. Il est plein de sagesse. » Une relation de transmission, de confiance, qui structure tout le travail artistique du jeune chanteur. Sur les chansons en français, en revanche, Greg est seul à la barre — Roby ne maîtrise pas la langue. Mais l'oreille du producteur reste précieuse au moment du mixage : « Il connaît mes défauts, il sait que j'ai tendance à ne pas mettre la voix assez forte. »
De Kev Adams au Bitter End : la scène comme horizon
C'était ma première scène devant un vrai public (...) Ça m'a donné l'envie de continuer, l'envie d'en faire plus.
Sa première vraie scène? Greg est invité par PIAFF Entertainment à faire le première partie de Kev Adams en 2020, à San Francisco et à Sunnyvale. Son premier vrai contact avec une grande salle. « C'était ma première scène devant un vrai public. C'était mon premier coup de pression. Ça m'a donné l'envie de continuer, l'envie d'en faire plus. »
Côté scène, l'année écoulée a marqué une accélération. Quatre concerts, une série de shows à New York avec un groupe complet — six musiciens montés pour lui par le guitariste Dave Calker au mythique Bitter End — et des concerts à Los Angeles avec d'anciens musiciens de Donna Summer recrutés via le réseau de Roby. « Ce sont des légendes. Ils ne jouent plus en tournée, ils veulent juste jouer. »
À Los Angeles, on attendrait du jeune artiste qu'il décrive un univers impitoyable. Greg renvoie l'image inverse. « Je ne ressens pas vraiment de compétition. Je ressens plutôt du soutien, de la motivation. » Sa thèse : dans la musique, le succès des autres ne vous prend rien. Le public écoute des artistes différents, des styles différents — voir quelqu'un cartonner ne veut pas dire que sa fanbase ne viendra pas, elle aussi, vous écouter. Une vision qu'il partage avec d'autres jeunes artistes francophones débarqués sur la côte ouest, et qui parlent tous de cette énergie qui « donne des ailes ».
Le projet en cours est un album entièrement en français. Vingt à vingt-cinq titres au total, mêlant nouvelles compositions originales, reprises et morceaux déjà sortis ces deux dernières années — Grands yeux bleus, Dis-moi tout, Je veux (sa reprise de Zaz), Angela, Bella, Dernière danse… Une sortie en cascade, comme on appelle désormais cette stratégie qui consiste à publier les titres un à un avant de les regrouper en projet.
Pour Greg, l'album n'est plus tout à fait ce qu'il était. « C'est plus pour l'artiste que pour le public », constate-t-il avec lucidité. Le consommateur, lui, écoute de toute façon une chanson à la fois. L'album sert surtout à fermer un chapitre, à donner une cohérence temporelle à un travail.
L'écriture, elle, reste affaire de moments. Une parole, parfois une mélodie, parfois un instant. Comme cette chanson intitulée 11h30, née d'un réveil tardif où, au lieu de stresser pour ses obligations de la journée, il choisit de profiter du moment. « Il n'est qu'11h30, il n'y a pas de quoi se réveiller. » Une philosophie qui résume assez bien le personnage.
Un public américain… qui aime la langue française
Ils m'ont dit qu'ils apprenaient des mots en regardant les sous-titres
Surprise pour ceux qui imagineraient un public majoritairement français : à Los Angeles comme à New York, ses concerts attirent surtout des Américains. Mais des Américains qui ont découvert ses vidéos en français. « Beaucoup d'Américains adorent la langue. Ils m'ont dit qu'ils apprenaient des mots en regardant les sous-titres. » Mieux : certains de ses titres sont désormais utilisés par des professeurs de français comme support pédagogique. Un retour amusé : « Faut que je fasse plus attention à l'orthographe. »
Au-delà des concerts, Greg cumule désormais une audience confortable sur les réseaux : près de 230 000 abonnés sur TikTok, environ 400 000 sur Instagram, plus de 158 000 auditeurs mensuels sur Spotify. Une présence qu'il revendique comme un outil, plus que comme une contrainte : « Au lieu de voir ça comme oppressant, il faut voir ça comme une opportunité gigantesque de partager sa musique avec un nombre potentiellement illimité de gens. »
La suite
L'album français sortira le 1er Mai, comme annoncé sur lesréseuax sociaux. Un album anglais est déjà en préparation — il continue d'écrire en parallèle avec Roby, plusieurs fois par semaine. Et l'horizon, pour ce jeune homme qui a commencé à 14 ans en postant sur YouTube des reprises de Justin Bieber et Shawn Mendes, semble s'élargir à mesure qu'il avance.
Talent rare, plume affirmée, présence scénique grandissante, audience déjà solide des deux côtés de l'Atlantique : tous les signaux sont au vert. Greg Gontier fait incontestablement partie de ces artistes à suivre de près — ceux dont on dit, quelques années plus tard, qu'on les écoutait avant tout le monde.
Reste une certitude : où qu'il aille, il restera ce Frenchman in America qui se sent american en France. Un entre-deux qu'il a transformé, à force de chansons, en signature artistique.
Greg Gontier est à retrouver sur YouTube : @greggontier - Instagram : @greg_gontier ; TikTok : @greg.gontier et sur les services de streaming musical.