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ROLAND MELO – "Nous aidons les anciens combattants les plus démunis"

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 08/04/2014 à 22:04 | Mis à jour le 09/04/2014 à 02:01

Ce n'est pas forcément commun à l'étranger, mais Rio compte une Association française des anciens combattants (Afac), dont le bureau est installé au sein du consulat général de France. Lors d'une rencontre passionnante, Lepetitjournal.com a pu s'entretenir avec son président, Roland Melo. Ce dernier a évoqué le rôle de l'association, mais aussi celui du Brésil durant la Seconde Guerre Mondiale.

Lepetitjournal.com : Tout d'abord, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?
Roland Melo :
Né à Lanester (Morbihan) en 1939, je suis fils de militaire, ancien ingénieur de marine spécialiste en télécommunications, engagé volontaire dans les Forces navales françaises libres, puis au Bureau central de renseignement et d'action. Dans la Marine nationale, j'étais spécialiste en détection électromagnétique, en guerre électronique et en guidage missile. Cette activité s'est arrêtée en 1963, puis j'ai passé 36 ans dans la société Thomson CSF, actuellement Thales, en tant que cadre. Cette longue carrière m'a permis de passer 28 ans à l'étranger (Polynésie française, Afrique du Sud,  pays du Golfe, Libye, Egypte et Brésil de 1985 à 1991). Cela donne une ouverture d'esprit, permet de pratiquer plusieurs langues et de rencontrer beaucoup de personnes de culture différente.

Comment êtes-vous devenu le président de l'Afac ?
En 1999, je me suis rapproché de l'Amicale des anciens marins et marins anciens combattants de Lorient, dont je suis devenu  président. L'année suivante, j'ai été nommé délégué de la région Bretagne-Sud et Administrateur de la Fédération des anciens marins et marins anciens combattants. En parallèle, j'ai été nommé vice-président du Comité de Lorient du souvenir français, une association nationale qui participe à l'entretien des monuments dédiés aux Morts pour la France. En 2006, nous nous sommes installés à Rio avec ma femme, qui est carioca. En 2008, des collègues anciens combattants m'ont alors demandé d'assurer la présidence de l'Afac à Rio.

Quel est le rôle d'une telle association dans un pays étranger ?
Nous assurons une permanence hebdomadaire, le lundi matin, dans le Bureau des associations, mis à notre disposition par le consulat général de France. Lors de ces permanences, nous accueillons les anciens combattants ainsi que leurs veuves, et nous aidons les plus démunis à obtenir une aide annuelle de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Nous participons à toutes les cérémonies commémoratives liées aux deux guerres mondiales mais aussi à celles auxquelles la France a participé. Cette année va être particulièrement chargée. Pour n'en citer que quelques-unes : le 7 mai nous commémorerons la triste chute de la cuvette de Diên Biên Phu, relative à la guerre d'Indochine,  le 8 mai le jour de la victoire au Monument national aux morts de la Seconde Guerre Mondiale de Rio, le 70e anniversaire des débarquements de Normandie le 6 juin et de Provence 15 août, nous commémorerons aussi le 25 août le 70e anniversaire de la libération de Paris, à laquelle Raphaël Lange, président de l'Association des membres de l'ordre de la Légion d'honneur au Brésil, a participé au sein du réseau de résistance Darius de la capitale. Nous organiserons également le 74e anniversaire de l'appel du Général de Gaulle, le 18 juin, sauf empêchement du fait de la Coupe du Monde. Nous avons également signé une lettre d'intention en 2009, merveilleuse année de la France au Brésil, avec le lycée Molière de Rio sous l'égide du consulat général de France. Nous souhaiterions que les élèves participent au concours national annuel de la Résistance et de la Déportation, comme cela se déroule dans les collèges et lycées en France. Cela implique une motivation particulière des professeurs d'histoire et doit s'inscrire dans le programme scolaire des classes participantes. J'allais oublier : cette année nous commémorons également le centenaire de la Grande Guerre, le 11 novembre prochain.

Les Brésiliens ont-ils quelque chose à voir avec les deux guerres mondiales ?
Bien sûr ! La Marine brésilienne a participé à la Première Guerre Mondiale sous les ordres de l'amiral Frontin. Au-delà de ça, n'oublions pas que les Français expatriés à l'étranger étaient tenus de répondre à la Mobilisation générale de 1914 et des classes qui ont suivi. La Première Guerre Mondiale a fait 57 morts originaires de la circonscription consulaire de Rio. Parmi eux, certains portaient des noms à consonance portugaise, engagés à la Légion étrangère. Leurs noms sont gravés sur la plaque commémorative dans le hall du 6e étage du consulat général de France et sur le frontispice de notre mausolée au cimetière São João Batista de Botafogo. Le Brésil a ensuite participé de manière très significative en Italie de 1944 à 1945. La Force expéditionnaire brésilienne, forte de plus de 26.000 hommes et commandée par le maréchal Mascarenhas de Moraes, a remporté des victoires déterminantes à Monte Castello, Montesse. La Marine brésilienne a subi de lourdes pertes, plus de 1.400 marins naufragés, 32 navires de guerre et marchands torpillés par les U-Boats sur les côtes de l'Atlantique Sud. Le Monument national aux morts de la Seconde Guerre Mondiale, érigé sur le terre-plein de Flamengo est là pour nous rappeler ces tristes moments de notre histoire. Le 8 mai prochain, pour le jour de la Victoire, les alliés français, américains, britanniques, belges, et polonais défileront avec leurs collègues et amis brésiliens.

Quel avenir pour l'Afac de Rio ?
[Pascal Gras, ex-capitaine du prestigieux 2e REP de la Légion étrangère et nouveau conseiller au devoir de mémoire de l'Afac, prend la parole]
Les guerres d'aujourd'hui ne sont plus vécues de la même manière qu'autrefois : à l'époque les soldats étaient déployés durant plusieurs années, privés de leurs proches pour de longues périodes. Les affrontements étaient aussi plus directs. Cela causait des traumatismes, les soldats avaient besoin de se retrouver pour en parler. C'est ainsi qu'ont été créées les associations d'anciens combattants. La nôtre, c'était le 14 juillet 1919, à l'issue de la Grande Guerre. Les soldats d'aujourd'hui n'ont pas forcément la même démarche, mais il est important que les associations d'anciens combattants continuent à perpétuer le devoir de mémoire.

Propos recueillis par Alice JARROUX (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 9 avril 2014

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