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OLIVIER BOUVERESSE - "Le plus important, c’est d’avoir un projet à long terme qui se tient au Brésil"

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Olivier Bouveresse est a la tête du cabinet comptable franco-brésilien Gorioux Faro à Rio. Le groupe français est également présent à São Paulo et Curitiba. Il accompagne la comptabilité de nombreuses entreprises françaises importantes ainsi que des filiales dans leur gestion au Brésil. Olivier Bouveresse revient auprès du Petitjournal.com sur son expérience sur place et livre ses conseils pour réussir un investissement au Brésil ainsi que les pièges à éviter.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Olivier Bouveresse :
Je suis arrivé au Brésil en 2011. Je suis venu pour implanter le groupe Gorioux Faro à Rio.  Avant, j’étais auditeur dans un cabinet parisien avec six ans d’expérience, cabinet dans lequel j’ai fait mon stage d’expertise-comptable qui est le cycle final pour l’obtention du diplôme d’expert-comptable français. Une expérience dans  l’audit est très formatrice, j’avais à l’époque relativement peu d’expérience sur la gestion d’un cabinet.

Comment avez-vous été choisi pour venir au Brésil ?
Ma femme est franco-brésilienne, je l’ai rencontrée à Paris. Nous avons eu un parcours similaire, je suis d’origine martiniquaise et j’ai dû suivre mon cursus d’études supérieures à Paris. On a commencé à se poser la question d’un retour aux sources en se demandant si on pourrait s’implanter au Brésil ou en Martinique. A la même période, le cabinet Gorioux cherchait un profil pour ouvrir à Rio. C’était une opportunité.

Quelles sont les différences entre la comptabilité française et brésilienne ?
Les différences ne sont pas tant au niveau comptable, mais plutôt fiscal. Sur les aspects comptables, les deux référentiels de comptabilité convergent vers un modèle homogène qui est celui des normes internationales. En revanche, en matière de fiscalité, nous sommes dans un environnement complètement différent puisqu’au Brésil, nous avons à faire à trois administrations fiscales avec une forte décentralisation de la collecte des impôts. En fonction que l’on soit une société commerciale ou une société de services, nous avons affaire à la municipalité, à l’Etat local ou à l’État fédéral. C’est une différence fondamentale de décentralisation des impôts en fonction de la nature de l’activité, ce qui crée une complexité du système brésilien par rapport au système français.

Quelle plus-value apporte le cabinet Gorioux pour un Français qui ouvrirait son entreprise ou créerait sa filiale au Brésil ?
La plus-value se fait justement dans la compréhension de ces différences qui sont plus que conséquentes. Quel que soit le projet d’investissement à réaliser au Brésil, il y a implicitement un coût fiscal lié à ce projet. Pour pouvoir avoir une bonne analyse des différents impacts fiscaux, il faut comprendre cet environnement réglementaire qui est complètement différent. Une bonne compréhension donc une bonne anticipation des incidences fiscales qui peuvent influer sur certaines décisions puisque le poids fiscal au Brésil n’est pas des moindres. Il peut y avoir des conséquences importantes sur le business model de nos clients.

Un client français trouvera un interlocuteur français chez vous ?
Effectivement, les aspects linguistiques sont primordiaux. Nous avons un rôle de pédagogie prononcé dans une phase initiale

d’implantation, cela passe par une bonne communication avec les clients. Au cabinet à Rio, sur 16 personnes, nous sommes deux francophones et six anglophones. Il y a également un aspect culturel en termes de méthodologie et déontologie de travail. Il est plus facile pour les clients d’avoir des repères avec des personnes travaillant selon la réglementation professionnelle française en matière d’expertise-comptable, cela permet de rester dans un cadre de collaboration traditionnelle tel qu’ils l’ont déjà avec leur expert-comptable en France.

Quelles sont les erreurs à éviter au Brésil ?
Il faut bien sûr absolument tout déclarer. Il faut avant de pouvoir chercher des voies d’optimisation fiscale bien comprendre quels sont les enjeux, éviter la précipitation, être dans l’anticipation. Bien comprendre quels sont les tenants et aboutissants avant de mettre en place des schémas. En général, les investisseurs  qui font le choix du Brésil ont une sous-estimation du délai qu’il faut pour analyser avant de passer à l’action. Il vaut mieux investir sur un délai avant de commencer les opérations pour faire les choses comme il se doit plutôt que de se précipiter au démarrage de se tromper et ensuite de corriger. Cela risquerait de coûter plus en termes de finance et en temps.

Comment financer son implantation au Brésil ?
Les partenaires brésiliens apportent plus un gain de temps pour avoir des portes d’entrées sur le marché interne, mais présentent moins d’intérêt sur les apports financier à proprement parler. Le coût du financement au Brésil est beaucoup plus élevé qu’en Europe. Se financer en Europe signifie prendre un risque de change, c’est une analyse qu’il faut avoir puisque les taux de change sont très volatiles au Brésil, il y a une grosse variation du réal par rapport aux devises étrangères. Il y a des phases qui sont propices à l’investissement comme on a pu l’observer sur le début de l’année avec un réal qui s’est déprécié de façon conséquente, ce qui favorise les investissements dans d’autres devises au Brésil. Le plus important, c’est d’avoir un projet qui se tient au Brésil, et qui potentiellement dégage des rendements qui sont intéressants pour les investisseurs. Nous avons notre analyse de l’évolution des taux de changes sur les périodes passées et par là même, un avis sur les opportunités de réaliser l’investissement à tel ou tel taux de change.

Quels sont les secteurs les plus porteurs ?
En ce moment, le Brésil a une conjoncture difficile sur certains secteurs majeurs de son économie et de fait, les investissements se sont ralentis notamment sur le secteur énergétique et le pétrole à Rio. Il s’agit plus de difficultés conjoncturelles, les ressources naturelles sont là donc à un moment ou à un autre, il y aura un redémarrage, ce n’est donc peut-être pas le plus mauvais moment pour investir. Il y a d’autres secteurs qui ont une conjoncture plus favorable, en particulier ceux de l’Internet. Il y a des investissements soutenus parce que le marché brésilien est relativement en retard par rapport à certaines technologies et certaines offres qui sont déjà bien matures en Europe. Avec une demande interne en croissance sur ce marche, il y a de la place et du potentiel. Le marché de l’immobilier également a ralenti dans une moindre mesure de que ce qui était prévu. Les transactions ont redémarré en post-Coupe du monde, il y a de nouveau un intérêt relativement prononcé pour ce secteur. En résumé, nous sommes sur une économie hétérogène avec des évolutions sectorielles qui sont également hétérogènes. L’important, c’est d’être conscient que la conjoncture brésilienne évolue rapidement. Il faut avoir un projet défini à long terme avec de véritables avantages concurrentiels en matière de technologie ou en matière de marque.

Teddy Riner évoquait les ressemblances du Brésil avec la Guadeloupe, quelles sont selon vous les similitudes avec les Antilles françaises ?
Je dirais qu’il y a des similitudes visibles au premier degré, mais il y a des différences profondes entre les deux environnements. Similitude au niveau du climat, de la qualité de vie. Par contre, sur les aspects professionnels, la Martinique s’apparente beaucoup plus à la France métropolitaine en matière de comptabilité et de fiscalité, aussi bien que sur les aspects de management.

Des idées de bons plans à Rio ?
Rio est une ville difficile à appréhender, il faut avoir les bonnes adresses, connaître, passer cette étape touristique de premier abord pour connaître un peu plus la ville dans ses aspects réservés et plus confidentiels. En matière de gastronomie, il y a de très bonnes adresses. Je recommande La Villa à Botafogo, le Zaza Bistrô tropical à Ipanema, et le Azumi, un Japonais à Copacabana, c’est pour moi l’une des meilleurs tables de Rio. Pour les plages, je ne suis pas fan des plages industrialisées de la zone sud, je recommanderais plus de sortir un peu de ces standards pour aller du côté de Grumari et Prainha, des plages situées dans une réserve naturelle et là, effectivement, le dépaysement est total. Elles se situent à une heure de route, après Recreio.

Propos recueillis par Damien LARDERET (www.lepetitjournal.com - Brésil) Rediffusion

- Voir le site de Gorioux Faro

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Publié le 27 décembre 2015, mis à jour le 8 février 2018

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