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LAURENT TRAN - "Il n’y a pas besoin d’expérience pour ouvrir une pousada au Brésil"

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 13/01/2016 à 23:05 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

Il y a onze ans, Laurent Tran montait sa pousada à Ilha Grande (Rio de Janeiro). Aujourd’hui, pour raisons personnelles, le Français a décidé de quitter l’île paradisiaque et de mettre en vente son établissement. Il se confie au Petitjournal.com sur son parcours et la gestion d’une pousada au Brésil.

Lepetitjournal.com : Comment êtes-vous venu au Brésil ?
Laurent Tran :
Je suis arrivé au Brésil en tant qu’expatrié en 1998. Je travaillais alors pour un équipementier automobile. Mon contrat était de trois ans plus deux ans renouvelables à São Paulo. J’ai effectué mes cinq ans, mais j’ai très rapidement pris la décision de faire quelque chose d’autre ailleurs au Brésil. Mon premier objectif était d’être près de la nature et il n’y a pas 10.000 activités donc j’ai pensé à ouvrir une pousada. Vers 2000, j’ai commencé à chercher le long du littoral entre Rio et São Paulo car je voulais continuer à exercer mon métier en parallèle. J’ai trouvé et acheté un terrain nu sur Ilha Grande en 2002.

Cette activité est complètement différente de votre précédente, cela n’était pas difficile de se réorienter ainsi ?
Non, cela me paraissait sympa, j’ai toujours aimé rendre service aux gens. Puis il y a un grand avantage à ouvrir une pousada : il n’y a pas besoin d’expérience, de savoir-faire ou d’acquis particulier, tout le monde peut en ouvrir une.

Pourquoi ne pas avoir racheté une pousada déjà existante ?
Je voulais partir de zéro parce que je voulais faire quelque chose de vraiment personnel. On a fait des plans, on les a présentés à la mairie et le permis de construire a été validé après un an environ, en même temps que la fin de mon contrat, en 2003. J’ai alors demandé une année sabbatique auprès de mon entreprise parce que je ne voulais pas non plus courir le risque de partir immédiatement. En 2004, on a construit la pousada, de 12 chambres, qui a été inaugurée en janvier 2005, il y a tout juste onze ans. J’ai alors quitté définitivement ma société.

Comment se sont passés les débuts de votre établissement ?
Au début, on a recruté trois personnes, mais pour la gestion, on était deux, avec mon ex-femme, et on faisait tout. Durant les deux-trois premières années, on n’a pas eu un seul jour de vacances, travaillant tous les jours de 7h à 22h. De même, il n’y avait pas de site Internet, notre pousada n’était pas connue, mais on est devenu amis avec les gérants des autres pousadas de l’île qui nous envoyaient leur surplus de clients.

A partir de quel moment cela a commencé à bien marcher ?
Je dirais qu’à partir de 2008, on a atteint notre régime de croisière, on a commencé à être connu. J’ai fait beaucoup de démarchages en France dans les agences de voyage et on a eu aussi la chance d’apparaître assez vite dans le Guide du Routard et le Lonely Planet. On a alors commencé à recruter plus et depuis 2008, j’ai toujours le même nombre d’employés c’est-à-dire neuf dont un gérant, soit plus que les autres pousadas. Aujourd’hui, le taux d’occupation est tout à fait correct, on peut en vivre correctement.

Qu’est-ce qui vous a plu tout au long de ces années ?
Les quatre-cinq premières années, le travail était extraordinaire. On rencontre des personnes du monde entier, qui font tout type de métier, cela ouvre vraiment l’esprit. Je n’aurais jamais pu connaître autant de monde dans mon ancien environnement de travail qui était assez restreint. Puis on a une relation privilégiée avec les clients, on échange plein de choses, leur séjour est court et intense. Après, il y a une routine qui s’installe, cela reste intéressant, mais on perd un peu l’enthousiasme et le plaisir de la découverte. Mais cela reste un travail sympa car les clients sont en vacances, donc dans un état d’esprit détendu.

Que possède Ilha Grande en particulier par rapport à d’autres lieux ?
Ilha Grande est une grande chance car elle est située près de Rio, porte d’entrée de la majorité des étrangers au Brésil. Puis une île, dans l’imaginaire des gens, est un lieu exotique, sans oublier la beauté des paysages. Aujourd’hui, il y a beaucoup de pousadas à Ilha Grande, une centaine (dont un quart tenues par des étrangers, dont cinq Français), mais tout le monde arrive à en vivre.

Qu’est-ce qui est le plus contraignant dans la gestion d’une pousada ?
Le côté administratif est extrêmement compliqué au Brésil, avec une bureaucratie très lourde. Il faut s’adresser aux bonnes personnes pour pouvoir avancer et faciliter ensuite les relations. Il faut aussi être patient et persévérant. Quand je commence une démarche, je sais que cela va prendre un certain temps, j’ai l’habitude. Il ne faut surtout pas s’énerver et arriver avec notre état d’esprit européen, il faut s’adapter. Un autre élément personnel, c’est que quand on gère une pousada, on se sent toujours responsable, 24 heures sur 24. Quoi qu’il se passe, on est responsable donc cela fait peser un certain poids. Parfois, il peut aussi y avoir quelques clients pénibles, mais ce n’est pas très grave parce qu’on sait qu’ils ne vont pas rester longtemps. Et justement, c’est avec eux qu’on peut montrer notre compétence et notre professionnalisme en les traitant bien. Quand les gens sont sympas, notre travail est facile.

Qu’en est-il du personnel brésilien, nous recueillons souvent des témoignages évoquant des difficultés ?
Cela fait longtemps que mes employés travaillent avec moi donc on s’entend bien. Globalement, je trouve que ça va, ils savent ce que je veux. J’essaye surtout de ne pas les pousser à fond, de les ménager. Je pense qu’avec les Brésiliens, il faut être ferme et flexible, et aussi compréhensif. Certes, ils sont moins efficaces que les Français de manière générale, mais à partir du moment où on le sait, il faut s’adapter, si on veut appliquer nos méthodes européennes, on va se planter. C’est aussi pour cela que j’ai beaucoup d’employés.

Enfin, vos conseils et recommandations pour les visiteurs d’Ilha Grande ?
C’est un endroit fantastique, entre mer et forêt. Beaucoup de gens viennent pour marcher et Ilha Grande a un grand avantage, c’est qu’on peut se balader seul en forêt. Je connais peu d’endroits au Brésil où on peut se promener seul en forêt en toute liberté et sécurité. Il n’y a aucun problème de sécurité car c’est une île, donc les gens peuvent décompresser. Les plages aussi sont très belles, avec trois clubs de plongée et plusieurs spots de snorkeling. Autre avantage, c’est un parc régional donc il n’y a aucune grosse infrastructure hôtelière, on ne peut pas construire d’édifice de plus de 8 mètres de hauteur et occuper plus de 50% de son terrain. Le village a donc gardé son caractère authentique et comme il n’y a pas de voiture, c’est protégé, idéal pour les enfants. Enfin, pour y venir, je recommanderais d’éviter la haute saison actuelle (janvier-février-mars) parce qu’il n’y a pas de place, du monde partout, c’est moins agréable et plus cher aussi.

Propos recueillis par Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) jeudi 14 janvier 2016

- Voir l'annonce de vente de Laurent Tran

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