Édition internationale

SOCIETE - À la rencontre des Kuikuros, une tribu indienne du haut Xingu au Mato Grosso

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

C'est dans les environs de São Paulo, à la Toca da Raposa que 50 Kuikuros ont momentanément élu domicile jusqu'au 23 mai prochain dans une structure de 80.000m². Leur village initial du Xingu a été entièrement construit à l'identique dans un espace ménagé à cet effet, au sein même de ce centre de loisirs


De toute évidence  voici un lieu à découvrir très rapidement car vous n'aurez sans doute pas d'autres occasions de rencontrer, encore moins de photographier, une tribu du Xingu d'Amazonie, zone très protégée par la FUNAI. Durant leur séjour à la Toca da Raposa, les Kuikuros continuent de vaquer à leurs activités artisanales indiennes, source unique de leurs revenus, complétant ainsi leur production annuelle qu'ils revendent directement aux visiteurs. La vente de ces objets est pour eux vitale, car ce profit a pour but principal d'effectuer les investissements de première nécessité, en matériel agricole, ustensiles divers, ménagers, textiles et autres, pour apporter au quotidien une meilleure qualité de vie à la communauté. Les Kuikuros consacrent aussi une partie de leur temps aux échanges culturels avec des groupes scolaires, universitaires qui le souhaitent pour découvrir de visu et par le dialogue la culture indienne. C'est aussi l'occasion de comparer, d'échanger les divers points de vues sur les règles de fonctionnements ancestraux et les modes de vie de la communauté. Une démarche pédagogique bilatérale qui s'avère enrichissante pour les deux parties.

Présentation de danse et d'artisanat
En fin de semaine, la tribu se mobilise pour présenter au public un spectacle pittoresque de danses pour le moins colorées, sur différents thèmes culturels répertoriés dans leurs coutumes ancestrales, ainsi qu'une démonstration participative de lutte Uka-Uka avec les visiteurs les plus hardis. L'initiation aux peintures corporelles est également proposée aux personnes qui souhaitent s'informer sur cette technique, ainsi que sur les composants naturels employés et les significations de cet art adornos plumários, mais aussi sur le sens symbolique des masques utilisés pour les cérémonies.  A la fin de leurs représentations, les deux civilisations indienne et citadine se côtoient, se mélangent en toute simplicité, devant une case d'accueil où abondent des poissons grillés, du Biju - base culinaire indigène, que tous peuvent déguster à profusion en joyeuse compagnie des chefs Afukaka et Yacalo Kuikuro et des autres membres de la tribu.

Les débuts de l'aventure
Avril 1995. A cette époque, l'éducatrice Regina Fonseca, aujourd'hui directrice de la Toca da Raposa, est intéressée par l'artisanat indien. Elle fut présentée une première fois à trois jeunes indiens de la tribu Kuikuros ? Haut Xingu ? lesquels sont restés hébergés une semaine à la Toca da Raposa. Durant ce séjour il a été convenu de garder des contacts constructifs très suivis avec ces réserves, dont le premier objectif est de se préoccuper de la préservation de l'indien et sa culture. Peu de temps  après, Regina Fonseca est conviée par la tribu, en accord avec la FUNAI, pour passer quelques semaines au sein de la communauté. Elle partage à cette occasion leur quotidien, les fêtes, mais aussi les cérémonies des Kuikuros. Elle analyse alors rapidement les besoins, en fonction de leurs nécessités et leurs ressources pour assurer leur autosuffisance communautaire.

Quinze années plus tard, ceci malgré des avancées notoires, le début du projet de protection dans le monde indigène n'est toujours pas atteint. Les fazendas qui se développent, encerclent chaque jour davantage leurs terres. Les routes, mais aussi les zones périphériques des villes qui s'étendent, morcellent les territoires indiens. La télévision poursuit son avancée de modernité jusque sur leur territoire. Les jeunes veulent étudier pour quitter les villages, attirés par les biens de consommation de la civilisation. Dans ce contexte, les plus anciens (que l'on surnomme les caciques) perdent de leur autorité, entraînant dans l'oubli du même coup ce fameux ciment culturel ancestral accumulé au fil des siècles, qui faisait toute la richesse spécifique coutumière et la beauté Xinguana.



Qui sont les Kuikuros ?

Le village de cette tribu est situé dans le haut Xingu, niché dans les profondeurs de la forêt Amazonienne. Ils vivent principalement de la pêche durant seulement 3 mois, en raison des fortes pluies omniprésentes le reste de l'année. En-dehors des périodes de pêche, ils se consacrent à la chasse : l'ensemble des prises est ensuite réparti équitablement à l'ensemble du village . L'artisanat est aussi devenu une autre source de revenus : colliers de caramujo, de graines, jouets, bracelets de buruti, bancs sculptés représentant des animaux, céramiques, arcs et flèches sont créés par la tribu.

Il faut compter plus de 12 heures de voyage pour parvenir jusqu'à eux. Un voyage qui n'est pas de tout répit, puisqu'il faut utiliser de nombreux moyens de transports (avion, car, bateau, pirogue) et subir l'assaut ininterrompu des moustiques très voraces lorsque l'on s'enfonce dans les méandres humides de la forêt. A l'arrivée, on découvre des gens aimables, qui vous accueillent avec un large sourire sur des dents éclatantes. C'est aussi un peuple fier, de bon sens, intelligent qui développe la faculté de percevoir, ressentir les choses. Ils vivent en totale symbiose avec la nature.

On peut cependant noter une certaine ressemblance morphologique des traits physiques mais aussi de par la stature trapue avec le peuple japonais. Ce détail de prime à bord retient particulièrement l'attention. Leur comportement est aussi similaire dans la politesse et le côté discret voir effacé, des sourires francs parfois timides qu'il faut savoir interpréter de différentes manières selon les situations. Les anciens parlent très peu le portugais, en revanche les nouvelles générations qui sont scolarisées le pratiquent couramment.

Pour une sensibilisation aux problèmes environnementaux
Au cours d'un entretien avec le chef du village Yacalo Kuikuro, celui-ci fait part de ses préoccupations environnementales notamment ses inquiétudes sur l'avenir incertain des indiens d'Amazonie. Il semble au demeurant pessimiste, pour le moins fataliste quant à l'issue, mais une fois de plus, il tente une campagne de communication internationale pour faire appel au bons sens de l'homme, sensibiliser chacun d'entre nous sur son devenir et celui intimement lié de la planète. Nous sommes tous concernés car il y va aussi de notre survie.

Ils sont en effet à court terme, menacés par des projets de barrages hydroélectriques en construction. Ceci leur retire la plus grande partie de leurs ressources de chasse, de pêche, mais aussi de cultures, sans parler de l'impact néfaste irrémédiable de l'écosystème sur la faune et la flore.
Des espèces animales, des plantes médicinales vont irrémédiablement disparaitre, complètement submergées par les eaux. Le chef rappelle que c'est un aspect des choses qu'il ne faut pas négliger. Les derniers villages indiens seront appelés à disparaître, ou à se déplacer dans d'autres régions moins fertiles. Ceci va sans nul doute générer de multiples tensions de voisinage. D'autant que les propriétaires terriens pratiquent déjà au quotidien des tueries au cours d'expéditions punitives pour sanctionner de manière radicale, toute intrusion sur leurs terres. La chasse à l'indien y est tristement banalisée.

François-Mary Bourreau (lepetitjournal.com ? São Paulo) mercredi 18 mai 2011






Pour tous renseignements :
Toca da Raposa Centro de Lazer e Cultura Ltda
Rod Régis Bittencourt, Km 323
Juquitiba - São Paulo - SP
Cep 06950-000    
Fone: (11) 3813-8773 Fax: 3815-0583
www.tocadaraposa.com.br

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Publié le 18 mai 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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