Édition internationale

RIO+20 - Un bilan en demi-teinte

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

Rio+20 s'achève sur une série de promesses des gouvernements mais aussi sous les feux de la critique de la société civile. Les prévisions des médias concernant l'événement semblent s'être confirmées. Vingt ans après Rio 92, la communauté internationale a, une nouvelle fois, fait preuve d'une certaine inertie face aux grands défis concernant la protection de la planète. Tour d'horizon des espoirs et des ratés

Les chefs d'Etat et de gouvernements ont quitté vendredi la Cidade Maravilhosa. Avant de s'envoler pour rejoindre leurs pays respectifs, les participants ont chacun exprimé leurs sentiments quant aux résultats du texte qui a été signé ce vendredi 22 juin. Pour la présidente brésilienne, Dilma Rousseff  c'est un "point de départ". Au pavillon français, le discours du président, François Hollande, ne semble pas si optimiste. D'après l'Agence France Presse, il a jugé mercredi que l'accord constituait une "étape" mais qu'il était encore "insuffisant". Il a déclaré : ?Une nouvelle fois, nous n'avons pas été capables de créer cette agence spécialisée pour le développement, mais je ne désespère pas de mener ce combat et de le rendre un jour victorieux." La visite du président français s'est achevée sur un discours avec le comité 21, les associations, et les délégués des différentes organisations. Concrètement, le président a mis l'accent sur "l' accord important sur la préservation des océans" et la reconnaissance de l'économie verte "même si elle soulève encore des suspicions".

En faveur d'une taxe dédiée au développement, François Hollande estime qu' "en matière de financement, ce qu'il faut, c'est plus". Dans son discours, le président français a tenté de souligner les points positifs : "Je considère que la déclaration préparée correspond à des avancées réelles : une feuille de route pour les objectifs de développement durable, des engagements réels pour renforcer le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, des règles nouvelles pour la protection des océans, un début de mobilisation sur l'économie verte et l'affirmation, plus forte que précédemment, de la nécessité de lutter contre la pauvreté. Tout ça n'a été possible que par la volonté de trouver le compromis, la cohésion des Européens et la mobilisation de la société civile". Quant au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon, il a clôturé la conférence en affirmant : "Les discours sont terminés, maintenant commence le travail. Le chemin est long et ardu, l'aiguille de l'horloge court, et l'avenir est entre nos mains". La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, s'est quant à elle félicitée du résultat.

L'économie verte, OME, PNUE : les acquis, les ratés
Depuis de nombreuses années, thème de prédilection des économistes, l'économie verte était l'un des sujets centraux de cette réunion internationale. Comment construire un modèle de développement le moins destructeur possible pour la planète ? Les pays pauvres ont fait part de leurs craintes concernant le développement d'un protectionnisme déguisé des pays riches. La peur de voir les pays riches vendre leurs technologies en priorité au nom des impératifs de l'économie verte. Si le concept d'économie verte fait du chemin, force est de constater qu'il continue de diviser les pays du nord et ceux du sud et fait face à de nombreuses réticences.

Parmi les projets phares qui devaient être discutés lors de ce sommet : la création d'une Organisation mondiale de l'environnement (OME), une institution capable de faire face à l'Organisation mondiale du commerce, au Fonds monétaire international (FMI), à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ou encore à l'Organisation internationale du travail (OIT). Créer une organisation mondiale de l'environnement pourrait ainsi permettre de regrouper les nombreuses conventions qui ont été signées depuis une trentaine d'années. Rien n'a été décidé et ce projet reste encore dans le flou. Pour l'heure, les responsables politiques se sont contentés d'affirmer leur volonté de renforcer le programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), mais sans lui donner la force et l'autonomie d'une vraie agence de l'ONU. Des discussions sur ce thème devraient encore avoir lieu dans les mois qui suivent.

Des "objectifs du développement durable"
A l'issue de trois jours de discussion, les 86 chefs d'Etat et représentants de 193 pays sont parvenus à un accord sur ce texte de 53 pages intitulé "L'avenir que nous voulons". La feuille de route semble particulièrement chargée : pauvreté, faim, réchauffement climatique, désertification, épuisement des ressources. "Nous chefs d'Etat et de gouvernement (...) renouvelons notre engagement envers le développement durable et envers un avenir économiquement, socialement et écologiquement durables pour notre planète et pour les générations présentes et futures", commence le projet de déclaration. Le texte promeut une "économie verte" épargnant les ressources naturelles de la planète et éradiquant la pauvreté. La proposition des pays en développement d'un fonds de 30 milliards de dollars, est cependant restée sans suite. Le principal acquis est la décision de lancer des "Objectifs du développement durable" (ODD) sur le modèle de ceux du Millénaire adoptés en 2000 par l'ONU. Leur mise en place serait effectuée à partir de 2015. 700 engagements ont été pris sur une base volontaire par les gouvernements, les communautés d'affaires et la société civile. Des solutions ont été trouvées pour tenter de réduire la pauvreté, augmenter l'accès à l'énergie ou encore renforcer la pérennité du développement.



Des manifestations parallèles
Las Cupulas Dos Povos, le sommet des Peuples, installé à l'atterro do Flamengo a laissé la possibilité aux peuples de s'exprimer librement pendant l'événement. Des milliers de militants ont clamé leur déception pendant les trois jours du sommet, dénonçant l'"échec" et "le manque d'ambition" de Rio+20. Les femmes ont montré l'exemple en ouvrant une marche de 10.000 personnes le matin du 18 juin entre l'Aterro de Flamengo et le lac Carioca. La mobilisation a été organisée par la Marche Mondiale des Femmes, les femmes issues de mouvements mixtes variés ont ouvert le bal des protestations. Cette année a également marqué un pas décisif dans le combat des Indiens d'Amazonie pour leurs terres. Munis des leurs arcs, de leurs flèches et des parures tribales, plusieurs tribus sont venues crier leur colère. Le grand chef indien Kayapo Raoni était présent sur les lieux. Il est venu dans les pavillons, notamment celui de la France, pour dénoncer le barrage de Belo Monte qui met en péril des territoires indiens. Une pétition réunissant 350.000 personnes a été signée pour venir en aide à ces communautés autochtones. Mercredi 21 juin, plusieurs milliers de personnes se sont mobilisées pour un grand défilé.

Rio +20 aura été un bon exercice pour les événements qui restent à venir. Même si le bilan est en demi-teinte, Rio+20 a ouvert des champs infinis de projets, d'idées, de création à tous ceux qui ont été sensibles aux problématiques abordées.  Deuxième point, le sommet  a renforcé et organisé cette nouvelle génération de jeunes citoyens du monde près à se saisir de grands débats et à agir en-dehors des cadres institutionnels traditionnels. Un peu comme les enfants des indignés ces jeunes militants sont venus à Rio dans le cadre de la conférence Youth Blast pour partager des compétences et apprendre à mieux collaborer pour se faire entendre (actions directes, médias, réseaux sociaux, etc.). Une passerelle pour ces jeunes de plus en plus concernés par leurs modes de vie et bien décidés à vivre dans une société plus respectueuse du développement durable.

Camille JEANJEAN (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 25 juin 2012

 

lepetitjournal.com Rio
Publié le 25 juin 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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