Édition internationale

MALIK BADSI - "Aux Jeux Paralympiques, tous les athlètes ont une histoire à raconter"

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 29 janvier 2016

Ce jeune entrepreneur de 31 ans a créé Yoola en 2009. Basée en France, son agence de voyages spécialisée propose aux personnes handicapées d'assister aux plus grands événements sportifs de la planète à l'aide de séjours sur mesure. Après la Coupe du monde en 2014, Malik Badsi était de retour à Rio cette semaine afin de préparer le terrain avant les Jeux Olympiques en août et surtout les Jeux Paralympiques en septembre. Il raconte les problématiques du handicap à Rio au Petitjournal.com.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous présenter votre agence et les services que vous proposez ?
Malik Badsi :
Yoola est une agence spécialisée qui fait voyager principalement des personnes en situation de handicap dans le monde entier. Parmi ces voyages, on retrouve les grands événements sportifs comme la Coupe du monde, les Jeux Olympiques, etc. Notre clientèle est très variée, de 18 à 70 ans, aussi bien des hommes que des femmes, et souffrant de différents handicaps (malvoyants, paraplégiques, tétraplégiques, etc.). Leur dénominateur commun, c'est l'envie de découvrir, de voyager et le dynamisme.

La Coupe du monde au Brésil était votre second Mondial, comment cela s'était-il passé ?
Le bilan a été plutôt positif. On a eu une bonne trentaine de personnes en tout, principalement des gens en fauteuil roulant avec leurs accompagnants, qui sont restés toute la phase de poule à Rio. Tout le monde a gardé un super souvenir de la ville et de la Coupe du monde, avec des retours très positifs. L'objectif, ce n'était en effet pas que de leur faire voir des matchs, mais aussi de découvrir Rio. En plus, on avait choisi de travailler avec l'Andef (Association des handicapés de Niteroi) pour le logement, parce que le lieu est très bien adapté en termes d'accessibilité et l'accueil est très chaleureux, très convivial, quasiment familial. Donc la Coupe du monde reste une belle expérience, malgré les quelques couacs, notamment sur le premier match pour accéder au stade, mais on a réussi à trouver des solutions avec la Fifa et le reste s'était bien passé.

Et depuis, quels autres grands événements avez-vous proposé ?
Par exemple, l'année dernière, on était sur la Coupe du monde de rugby en Angleterre. Mais on propose des événements toute l'année autrement, qu'on envoie deux ou cent personnes. Notre activité est très chargée, même si c'est vrai que le prochain grand événement, c'est vraiment Rio 2016 car cela demande plus de travail. En plus, on a été officiellement agréé aussi bien par le comité paralympique français que par le comité organisateur de Rio 2016, donc c'est un travail à temps plein de gérer cet événement.

Vous aviez déjà travaillé sur des Jeux Olympiques et Paralympiques avant ?
Oui, nous étions à Londres en 2012 où nous avions fait voyager au total 550 personnes, ce qui représentait plus de 1.200 billets pour les épreuves, ce qui n'est pas négligeable pour un marché de niche comme le nôtre.

De Londres 2012 à Rio 2016, les choses se passent de la même manière dans l'organisation ?
Le contexte est tout de même différent parce que Londres est une ville européenne, l'une des destinations majeures d'Europe. Ainsi, la culture et les problématiques par rapport à Rio sont différentes. Ici, nous sommes dans un pays qui est aussi une destination touristique, mais ce n'est pas la même chose, notamment en termes d'accessibilité pour les personnes handicapées. Depuis mon premier séjour à Rio fin 2012, j'ai remarqué des changements avec notamment des cheminements facilités dans les lieux touristiques pour les personnes en fauteuil roulant, des trottoirs refaits, etc. Maintenant, je pense que l'un des gros points noirs de Rio, cela reste l'arrivée à l'aéroport, les transports et les hôtels qui n'ont pas beaucoup de chambres en période d'événement de ce type. Et la question que je me pose aussi c'est : est-ce que Rio a pensé à former son personnel ? Notamment à l'aéroport, où il faut avoir un bon accueil des passagers car c'est le premier lien avec le pays et une personne en fauteuil peut tout de suite se faire une mauvaise image si elle est mal prise en charge. Et ce sera difficile à rattraper.

Où vos voyageurs seront-ils logés pour les Jeux ?
On sera à nouveau à Niteroi car c'est un lieu qui répond parfaitement à nos besoins, au point de vue accessibilité, on n'aura pas mieux à Rio. Et stratégiquement, je pense que nous ne sommes pas trop mal placés parce que l'on va contourner le centre de Rio pour aller à Barra da Tijuca ou au Maracanã. Tous nos voyageurs sont encadrés et on a des solutions de transports adaptées pour eux.

Combien de voyageurs attendez-vous ?
Je pense qu'on aura une centaine de voyageurs, mais il est encore difficile de savoir parce que la partie contractuelle avec Rio 2016 a pris du temps et la mise en vente et la promotion des packages a été retardée. Notre communication auprès de la famille paralympique et des différentes délégations n'a commencé que ce mois-ci, mais je suis confiant sur l'envie des Français de venir à Rio.

Il y a aura donc plus de voyageurs pour les Jeux Paralympiques ?
Oui, on est à fond sur ces Jeux-là, mais il y a aura aussi une offre avec un partenaire français pour les JO parce qu'on ne peut pas se permettre d'être absent sur cet événement.

Comment jugez-vous la préparation de ces Jeux jusqu'à maintenant ?
Je suis un peu inquiet pour la préparation. J'ai notamment été à Barra da Tijuca et beaucoup d'arrêts de métro ne sont pas terminés, de même pour certaines routes? Cela fait un petit peu peur, j'espère que ce sera fini, mais je me dis que j'ai plus de chance que cela soit terminé pour les Jeux Paralympiques que pour les Jeux Olympiques ! Mais on verra, on ne sait pas parce qu'ils travaillent tous les jours donc cela peut avancer vite. Puis c'est toujours pareil pour ce genre d'événements, il y a toujours un effet d'accélérateur quand on arrive dans l'année de l'événement. Je me rappelle qu'à Londres, il y avait encore des coups de peinture qui étaient passés le jour de la cérémonie d'ouverture. Je croise donc les doigts et j'espère qu'ils seront prêts !

Et au niveau de l'accessibilité, vous êtes confiant ?
Je pense que cela sera bon, les organisateurs ont fait appel à quelques consultants que j'ai pu rencontrer. En général, ce sont des événements qui sont bien adaptés justement parce qu'il y a les Jeux Paralympiques et qu'ils ne peuvent pas se permettre de faire n'importe quoi. Ils ne vont pas pouvoir laisser des athlètes sur le carreau.

Malheureusement, les ventes de billets pour les Jeux Paralympiques sont encore assez faibles. Comment encourager les gens à s'y intéresser ?
Par rapport aux Jeux Paralympiques, le message qui est intéressant, c'est que tous les athlètes ont une histoire à raconter. Quand Londres 2012 a mené une campagne "Super Humans", c'est exactement cela, il y en a, c'est simplement incroyable qu'ils soient aux Jeux. Je pense à certains athlètes de l'équipe de France paralympique qui ont connu des guerres civiles, qui se sont retrouvés handicapés à cause de cela et qui ont eu la force mentale et le caractère pour venir en France, apprendre la langue et se retrouver aux Jeux. Il y a peu de monde qui serait capable de cela. Cela résume un peu l'esprit des Jeux Paralympiques. Ils sont moins médiatisés que les Jeux Olympiques, mais il y a des sportifs qui valent la peine qu'on se déplace pour eux parce qu'il y a beaucoup de sacrifices derrière. Ils n'ont pas les conditions d'entraînement des athlètes olympiques, financièrement aussi. Le spectacle y est aussi intéressant, voire plus intéressant pour certains sports, qu'aux JO.

Quels sports recommandez-vous d'aller assister ?
Il y a le rugby fauteuil, qui fait son arrivée aux Jeux Paralympiques et qui est très impressionnant. Il a pas mal de succès en France, notamment dans la région rugby française, dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, donc il y a une bonne dynamique. Après, l'athlétisme reste un incontournable, d'autant que la France a une belle délégation avec de bonnes chances de médailles.

Vous proposez vous-mêmes tous les sports dans vos séjours ?
On fait une sélection des sports les plus populaires : athlétisme, natation, rugby fauteuil, volley assis... C'est un mélange, mais on laisse aussi aux voyageurs le choix d'ajouter des épreuves sans problème.

Pour finir, quelle vision avez-vous de la prise en charge des personnes handicapées à Rio, au Brésil ?
Malheureusement, cela se dégrade en ce moment. Je commence à connaître un peu de monde à Rio, dans le milieu associatif et handisport notamment, et j'entends parler de la crise tous les jours. Nos partenaires de l'Andef ont de gros problèmes de financement depuis quelques temps, le gouvernement ne versant plus leurs subventions alors qu'ils offrent des prestations équivalentes à un service public avec un suivi médical, de la formation professionnelle, des aides à l'insertion, etc. C'est donc un peu inquiétant pour un sujet comme le handicap, que des économies ne soient pas trouvées pour l'insertion des personnes handicapées. C'est pour cela que l'on essaye nous, sur ces grands événements, de travailler en intelligence et d'offrir aussi un tourisme social. On aime avoir aussi un impact sur la vie locale et par exemple avec l'Andef, on sait que l'argent qu'ils vont obtenir via le logement de nos voyageurs va profiter directement aux Brésiliens. On l'a fait en Afrique du Sud en 2010 et déjà en 2014 ici. 

Propos recueillis par Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 29 janvier 2016

- Lire notre guide sur les Jeux Paralympiques et comment obtenir des billets

lepetitjournal.com Rio
Publié le 28 janvier 2016, mis à jour le 29 janvier 2016
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos