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SPORT - Où pratiquer la va’a à Rio ?

Écrit par Lepetitjournal Rio de Janeiro
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

Pour tout savoir sur la va'a, la pirogue polynésienne, à Rio, rien ne vaut un entretien mené par Lepetitjournal.com, en partenariat avec Les Sportifs de Rio, avec le Français Nicolas Bourlon, vice-président de la fédération internationale, devant son club, Rio Va'a, sur la plage d'Urca après une heure et demie de son entraînement quotidien. Pour tout savoir du qui, que, quoi, comment, pourquoi de ce sport qui cartonne en ce moment.

La va'a, ou pirogue polynésienne, est la pratique tribale multimillénaire de la navigation à rames dans les îles du Pacifique. A l'époque, les bateaux étaient en bois, creusés dans un seul arbre et comportaient un stabilisateur latéral. Ils étaient choyés et considérés comme protecteurs de la communauté qu'il transportait d'îles en îles. Ce respect perdure aujourd'hui pour les bateaux qui sont passés par l'amélioration technologique de l'étude hydrodynamique, de la résine et des fibres composites. Elles restent longues de quatorze mètres, avec un stabilisateur latéral, ouvertes sur le dessus pour les pirogues hawaïennes et fermées sur les pirogues tahitiennes, accueillant six rameurs ayant chacun une rame simple. La pratique s'est diffusée à un niveau mondial, et s'étend du loisir à la compétition avec des sorties en eau calme ou en pleine mer. Mais pour le Français Nicolas Bourlon, c'est d'abord un sport d'équipe, facile à appréhender, qui rend humble et avec lequel on prend rapidement beaucoup de plaisir.

A Rio, le quartier d'Urca est devenu depuis quelques années le temple de la va'a carioca. Président du club de va'a, Nicolas

Bourlon est aussi vice-président de la fédération internationale et fait toujours de la compétition à haut niveau. C'est lui qui a développé ce sport dès son inscription au club en 2001. Le club, justement, s'est créé un an plus tôt, en 2000, et tout était à faire. En deux semaines, il met en place les bases d'une gestion saine et se retrouve propulsé président. Avec l'équipe qu'il monte, ils partent faire des compétitions en France en 2002, puis à Hawaï en 2003, et à Tahiti en 2005. A chaque fois il invite ses concurrents à participer à une nouvelle compétition qu'il crée à Rio en 2003 : la Rio VAA. C'est une course longue distance, de 28 kilomètres, à la fois en pleine mer et en eau calme. Depuis, il l'organise chaque année, le premier week-end de décembre.

"Pour moi, si l'implantation de la va'a à Rio a si bien marché, c'est parce que la pirogue permet à tous les Brésiliens d'avoir un accès à la mer. Le surf permet d'aller jusqu'à la barrière des vagues, mais pour aller plus loin, c'est la pirogue le plus accessible". Avec l'afflux de pratiquants, Nicolas Bourlon  se met à fabriquer des pirogues, pour en avoir à prix coûtant, faire tomber les prix d'importation et surtout avoir le matériel pour permettre à chacun de pratiquer. Cette activité favorise aussi l'établissement d'autres clubs, un accès de proximité aux pratiquants de Niteroi ou de Barra da Tijuca et quelques revenus supplémentaires pour développer le club.

Rio VAA, structure légère et associative
Le c?ur de la pratique demeure à Urca, et la Rio VAA fédère tout le monde. Cependant, des limites administratives apparaissent et poussent le club à se structurer. "Avec les Brésiliens, c'est important d'être dans les règles. Surtout lorsqu'il y a de l'argent en jeu. La loi d'incitation au sport est telle que deux options sont possibles : où l'on reste une ONG et on fonctionne avec une structure financière légère grâce à l'adhésion des pratiquants, où l'on devient une grosse entreprise sportive lourde au niveau administrative pour pouvoir recueillir les dotations du gouvernement". Ils ont décidé de garder une structure légère, associative et sous-traiter l'organisation de la Rio VAA à une entreprise pour recueillir les subventions, gérer les partenaires, et garder une cohésion du club autour de valeurs égalitaires.

"Il y a des athlètes de tous les horizons ici : de l'homme politique au garçon de café. On est tous les mêmes quand il faut ramer. Le sport permet d'échanger et faire du lien autrement que par le travail ou la famille. Devant l'effort tout le monde est soudé". La compétition est pour lui inhérente à l'activité : "Nous permettons tous types de pratiques, mais le club est effectivement porté par la compétition pour son équipe principale. Après quelques heures de loisir, les rameurs sont généralement pris par la volonté de se mesurer les uns aux autres, et la compétition permet une certaine émulation, que ce soit en longue distance, ou en course de vitesse. Nous favorisons ce dépassement de soi qui structure, fait que chacun se lève le matin et compte sur les autres pour s'améliorer". Ce qui n'empêche pas le club de travailler aussi avec l'école municipale d'Urca pour une pratique à l'objectif plus éducatif.

Une école de champions
Côté compétition internationale, la va'a n'est pas encore un sport olympique, malgré un projet pour les Jeux Olympiques de Rio, mais il a été reporté au moins à 2020 à cause de désaccords avec la fédération de kayak. Toutefois, Nicolas Bourlon est confiant. Le succès croissant de la discipline saura rapidement convaincre les organisateurs. Le fait que ce soit un sport d'équipe donne une tension supplémentaire. En attendant, certains de ses meilleurs rameurs sont partis dans des clubs de kayak pour pouvoir participer au Jeux.

Avec plusieurs champions panaméricains, dans le top trois des meilleures équipes brésiliennes, le club sait en effet former de très bons éléments. "C'est triste à dire, mais notre réussite en va'a paralympique vient aussi du fait que nos athlètes subissent des accidents plus jeunes : blessures par balles, accidents de la circulation en bus ou a moto. Ils sont en meilleure forme physique que pour d'autres pays quand ils commencent la compétition". Une réalité sociale difficile à accepter qui permet à ces jeunes de dépasser leurs difficultés, et trouver par le sport de nouvelles motivations. L'exemple de Tamara, jeune rameuse brésilienne, est parlant : amputée des deux jambes dès sa jeunesse, elle commence la rame et devient championne brésilienne dès la première année. "La force de ses bras faisait la différence. Elle a étonné tout le monde". Ce sont donc des profils variés qui sont recherchés. Et si la connaissance de la mer met du temps à s'affiner, le premier coup de rames n'est jamais le dernier. Jolie réussite pour un sport en plein épanouissement.

Xavier DAUSSIN (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 7 octobre 2015

- Voir le site des Sportifs de Rio

- Voir le groupe Facebook des Sportifs de Rio

Infos pratiques

Rio va'a

Praia da Urca

Entraînements les mardis (6h-8h, 8h-10h ou 18h-20h), jeudis  (6h-8h, 8h-10h ou 18h-20h) et samedis (de 7h à 9h)

Tél. : 2256-2464

contato@vaa.com

http://www.riovaa.com/

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Publié le 6 octobre 2015, mis à jour le 6 janvier 2018
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