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GASPAR DESURMONT - "Avec Vinhetica, j’essaye de développer un vin à l’accent français au Brésil"

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 04/07/2016 à 22:05 | Mis à jour le 05/07/2016 à 12:06

À l'occasion de la Semaine française annuelle organisée le mois dernier par la Chambre de commerce France-Brésil (CCFB), Business France a accueilli à Sao Paulo Gaspar Desurmont, ?nologue et viticulteur français installé au Brésil pour un cours de dégustation. Lepetitjournal.com a rencontré le fondateur de Vinhetica pour l'occasion.

Lepetitjournal.com : Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?
Gaspar Desurmont 
: J'ai travaillé dans le vin dans plusieurs régions de France, en Bourgogne, en Champagne, dans le Beaujolais et en Provence. Ensuite, j'ai essayé à 28 ans de faire du vin en Inde, respectueux de l'environnement dans un climat tropical, mais je n'y suis pas arrivé. Le Brésil est le pays le plus avancé en connaissance de viticulture sous les tropiques, je me suis donc rendu à Petrolina, dans le Nordeste, puis à Bento Gonçalves, dans le Rio Grande do Sul, la capitale du vin au Brésil avant de rentrer étudier en France pendant trois ans et de retourner au Brésil. Durant cette période, j'ai fait des allers-retours entre la France et le Brésil pour trouver le meilleur terroir pour produire un vin fin et de qualité. Aujourd'hui, je suis au Brésil depuis trois ans et je réalise mon rêve : faire du vin durable.

Vous avez créé Vinhetica, pourquoi ce nom ?
Vinhetica, c'est la contraction de deux mots : vinho (vin) et ética (éthique). Mon rêve est de faire un vin brésilien en respectant les principes du développement durable : économiquement viable, écologiquement propre et socialement juste. J'essaye de m'approcher le plus possible des techniques de l'agriculture biologique ou biodynamique que j'ai étudiées en Allemagne. Pour moi, l'objectif n'est pas de faire du bio, mais de respecter les hommes, les petits producteurs de raisin avec qui je travaille, leur expliquer en quoi c'est bénéfique pour leur santé et pour leur terrain, d'enlever les pesticides et d'utiliser au minimum les engrais. En plus d'être préoccupé par la question sociale et environnementale, j'essaye de développer un vin à l'accent français, c'est-à-dire en cherchant plus l'élégance et le terroir que la puissance dans un vin. En France, j'ai eu la chance d'apprendre dans différentes régions, j'ai pris le meilleur de chacune. Par exemple, Vinhetica vend énormément de rosé. C'était un défi, un pays où il fait beau presque toute l'année avec une forte culture plage se doit, selon moi, de boire plus de vin rosé, blanc ou alors de rouge léger. Au lieu de cela, les consommateurs brésiliens consomment énormément de vins chiliens et argentins qui se ressemblent tous. Les vins brésiliens et les miens, c'est tout le contraire : je recherche l'acidité, la fraîcheur et l'élégance, cela n'a pas de sens de boire un vin que l'on mangerait avec une viande en sauce lorsqu'il fait 40 degrés.

Pouvez-vous nous parler de vos vins et des régions où vous produisez ?
J'habite à Dom Pedrito, dans la Campanha Gaúcha, à 500 km de Porto Alegre, dans l'intérieur, à la frontière avec l'Uruguay. C'est une région où le climat est très proche de celui que nous connaissons dans le sud de la France. C'est pour moi l'idéal pour produire de bons rosés et rouges. Je vinifie dans une cave, Guatambu, et je travaille avec des petites parcelles. Je produis donc un Rosé (Terroir de Rosé) avec les cépages syrah, merlot et teroldego, un rouge léger Terroir de Rouge  où j'utilise un  raisin basque, l'Arinarnoa, avec un Cabernet sauvignon puis franc. Ce vin rappelle les vins du Val de Loire, dont je suis originaire. Dans quelques semaines, nous allons lancer Terroir d'Élégance, qui compte cinq cépages : cabernet franc, cabernet sauvignon, tannat, ancellotta et teroldego. Ce vin a passé 12 mois en fût, j'espère que ce sera un grand vin. Pour un vin blanc, il faut une région plus froide, pour avoir de la fraîcheur et de l'acidité dans le vin, je travaille donc avec une cave de Santa Catarina à 1.300 mètres d'altitude pour produire mon Terroir de Blanc.

Quelle est la tendance du marché du vin au Brésil aujourd'hui ?
Il est difficile de parler de tendance au Brésil étant donné qu'il n'y a que 3% de la population brésilienne qui boit du vin. Ici, on boit deux bouteilles par habitant par an en moyenne. 75% du vin est importé. La tendance au Brésil est surtout sur la bière artisanale car il y a encore beaucoup d'idées préconçues sur les vins. Il faut du temps. Aujourd'hui, les Brésiliens apprécient leurs vins effervescents. Une partie de la population brésilienne commence à prendre conscience que les problèmes de santé qu'elle peut avoir demain résulteront du type d'alimentation qu'elle a aujourd'hui. Et dans une alimentation plus saine, il y a le "French paradoxe" avec le vin. Les Français consomment autant de viande que les Américains, mais ils ont nettement moins de problèmes de c?ur. Manger à table avec un bon vin, c'est quelque chose qui apporte de la convivialité et du bien-être, mais également de moindres problèmes de santé à moyen terme. Une partie de la population brésilienne achète des vins très chers par «mode» et une autre partie achète des vins par vraie connaissance, cette partie-là apprécie de découvrir des nouveautés à travers les dégustations.

Quelles sont les régions de France qui sont les plus populaires en ce moment auprès des consommateurs brésiliens ?
Les gens qui ont un récent patrimoine financier ont tendance à acheter des marques telles que des vignobles de Bordeaux et de Bourgogne. Les amoureux des vins achètent quant à eux des vins naturels. La Bourgogne continue de fasciner les étrangers car il est difficile de la comprendre.

Pourquoi les vins français sont-ils aussi chers au Brésil ?
Il est vrai que les vins Français sont chers au Brésil. Ils sont chers du fait des nombreux  intermédiaires et des taxes d'importation. Pour un vin brésilien produit au Brésil, on a 45% de taxes donc pour un vin français qui arrive au Brésil, on a ces 45% auxquels on ajoute les droits de douane, les frais de port, les marges de l'importateur et du distributeur et du revendeur. Ce qui augmente donc considérablement le prix d'une bouteille

Et que dire des bouteilles de vins français plus abordables ?
Aujourd'hui, le problème c'est qu'on ne vend pas les bons vins à l'étranger. On vend des vins qui valent peut-être 2 euros en France et qui vont en valoir 40 euros ici. Les viticulteurs ont perdu la notion de limite et veulent faire beaucoup d'argent. Il faut que les Français fassent attention à la qualité du vin qu'ils vendent à l'étranger car cela tue l'image des vins Français. C'est ce qui s'est passé en Chine.

Le vin français a-t-il toujours autant la cote ou est-il est en train de se faire rattraper par d'autres vins tels que les vins chiliens et argentins ?
Les vins Français ont toujours autant la cote puisqu'on reste la patrie du vin mondial. Le monde entier boit du Tannat, du Sauvignon, du Chardonnay, du Pinot noir, du Merlot? C'est Français. On a le savoir-faire et la recherche internationale se base sur la France. On est les créateurs de la notion de "terroir" et de "développement durable" sur les vins. Aujourd'hui, la France représente toujours le rêve français. Pourtant, on a eu l'erreur de ne pas adapter notre production à la demande : on buvait 90 litres de vin par habitant et par an en 1960 et on boit plus que 45 litres aujourd'hui. Or, on produit toujours la même quantité. Le problème, c'est qu'on exporte ce vin de mauvaise qualité à l'étranger et que l'on détériore notre image de marque.

Où acheter votre vin au Brésil ?
Nous sommes présents sur les marchés de Rio, São Paulo et Porto Alegre. À Rio : Aprazivel et Espirito Santa à Santa Teresa, Lasai, Wine House et The Slow Bakery à Botafogo, Ferro & Farinha à Catete, ou encore le 48 et Zaza Bistro à Ipanema. Nous sommes également présents lors des Junta Local, ce marché qui réunit des producteurs de tout type de nourriture, toujours dans une bonne ambiance. À São Paulo, les vins de Vinhetica sont à la carte du Canaille Bar, du Rendez-vous, qui vient d'ouvrir ses portes, au Tartar&Co dans le quartier de Pinheiros, Carlos Pizza à Vila Madalena ou encore au Kaá à Jardins. À Porto Alegre, avec le chef Marcelo Schambeck, du restaurant Del Barbiere, ou encore en ligne dans tout le Brésil avec Rio di Vino.  Pour ceux qui sont à Paris et qui veulent voir à quoi ressemble du vin brésilien, mes vins sont à La Trinquette, un bar à vin à côté du métro Arts et Métiers.

Propos recueillis par Pauline RAGUÉ et Florian GAGET  (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 5 juillet 2016

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