

Fermé pour travaux de rénovation depuis un an et demi, le Theatro Municipal de Rio ré-ouvre ses portes en douceur : le public peut à nouveau profiter de la salle, grâce au ballet choisi pour l'ouverture : Carmen. Un Carmen accessible au plus grand nombre, mais frileux et manquant d'audace qui préfigure une saison d'ouverture qu'on espère voir monter en puissance !
Les travaux ne sont pas encore totalement terminés ? en témoignent la barrière qui l'entoure encore, les échafaudages bloquant encore certains escaliers, et l'annonce de la voix-off en début de spectacle (certains balcons sont en cours de finalisation de travaux), mais l'essentiel est là.
Au début du XXème siècle, Rio est la capitale de la jeune République du Brésil, mais n'a pas de grande salle d'envergure, ni même assez d'établissements pour répondre à la demande (le théâtre est alors un des divertissements les plus populaires). C'est alors que se décide la construction du Theatro Municipal, résultat de la symbiose de deux projets : celui du fils du maire de l'époque et celui d'Albert Guilbert, architecte français. Dans un esprit tout républicain de modernisation du centre, on ouvre à cette époque de larges avenues, dont la Rio Branco qui borde le Theatro Municipal, à l'image des grands boulevards parisiens. Alors un Theatro Municipal d'inspiration parisienne, pourquoi pas ! Quatre ans après le début des travaux, il est inauguré en grande pompe le 14 juillet 1909. Jolie coïncidence pour un bâtiment d'inspiration assumée de l'Opéra de Paris !
Un établissement à la hauteur des prétentions de Rio
Le théâtre municipal se devait d'être à la hauteur d'une capitale comme Rio : on fit venir pour le décorer les plus grands peintres et sculpteurs de l'époque (notamment Eliseu Visconti, auteur des plafonds impressionnistes) mais aussi de nombreux artisans européens à qui l'on confia la réalisation des vitraux et mosaïques. Les travaux de restauration, qui s'achèveront officiellement avec la réouverture totale du théâtre le 29 mai, ont été menés en 4 phases : traitement anti-termites et réparation du toit, travaux d'électricité et eau, rénovation et modernisation de la salle de spectacle (restaurations artistiques, changement de fauteuils, air-conditionné, ascenseurs, acoustique et illumination, amélioration des accès handicapés), et restauration du restaurant Assyrius et des bureaux administratifs. La salle est repeinte à neuf dans des tons rouge, or et vieux rose, les sièges plutôt confortables, et la visibilité bonne, même en galeria, la section la plus haute de la salle. On pourra aussi admirer les magnifiques parquets lambrissés de bois brésiliens, remis à neuf.
Un Carmen populaire pour cette ouverture, mais pas tout à fait grand spectacle
S'il ré-ouvre officiellement ses portes le 29 mai prochain, le théâtre propose depuis le début du mois un spectacle de pré-ouverture, ou soft-opening comme on pourra lire. Spectacle aux airs bien connus même du grand public, Carmen attire une foule nombreuse, qui en profite pour découvrir aussi un théâtre relooké. Adaptation en ballet de l'Opéra de Bizet, par le chorégraphe Roland Petit, exécutée par la troupe du TMRJ, cette version de Carmen manque d'envergure et de panache. On ne lui enlèvera pas le mérite de vulgariser ce genre souvent peu facile d'accès qu'est le ballet, mais on pourra regretter une exécution un peu froide, manquant d'émotion et d'entrain alors que c'est justement ce qui a fait le succès de Carmen, et surtout un réel manque d'audace : si le rideau du spectacle et les premiers décors annoncent un muse en scène un peu moderne, le tout reste frileux, et finalement assez classique. On aurait voulu un peu d'exhubérance, des costumes plus osés, des décors résolument présents. Une petite heure après le lever du rideau les lumières se rallument : on aura au bout du compte passé un moment agréable, mais pas un grand moment. Est-ce imputable à l'adaptation d'un opéra en ballet (Roland Petit est pourtant reconnu?), à un manque de moyens, à une tradition de ballet peu installée encore ? Il faudra retourner voir la troupe du TMRJ pour en juger !
En tout cas l'intention d'ouvrir le Théâtre au plus grand nombre est louable, et aux vues du taux de remplissage de la salle, le pari semble réussi ! L'opéra se popularise, oui, mais attention toutefois à ne pas essayer d'entrer en tongs, vous pourriez rester sur le parvis. On ne plaisante pas avec le decorum, praça Floriano !
Marine GUILLERMOU (www.lepetitjournal.com ? Rio de Janeiro) vendredi 14 mai 2010
Theâtro Municipal, Praça Floriano, Cinelândia, Rio de Janeiro
Programmation*
*les dates correspondent aux premières
plus de détails sur le site du Theatro Municipal
Ballets :
17 juillet
Ballet David Parsons - David Parsons est l'un des chorégraphes les plus respectés et célébrés actuellement. Après avoir été élu, 2 ans de suite, meilleur chorégraphe des Etats Unis, il a vu ses travaux réalisés par les plus grandes compagnies de danse au monde, comme le American Ballet Teatre, le New York City Ballet, et le Ballet de l'Opéra de Paris, entre autres.
7 octobre
Don Quixote ? Ballet créé à l'origine en 4 actes et 8 scènes, relatant la célèbre histoire de Son Quixote de la Mancha, de Miguel de Cervantes, a vu le jour en décembre 1869, avec un succès fracassant. Le ballet, sur une musique de Ludwig Minkus, sera présenté avec une chorégraphie de Dalal Aschar.
16 décembre
Le Casse-Noisette ? Spectacle de Noël par excellence dans le monde entier, Casse Noisette se danse sur une musique de Tchaikovsky. La chorégraphie de Dalal Achcar, effectuée par le Ballet du TMRJ, a été célébrée par la revue Newsweek comme la meilleure réalisation jamais montée de l'?uvre. Décors et costumes par José Varona, qui créent une fantaisie enveloppante, emmenant le public dans une atmosphère de rêve délicate, où le soldat de plomb prend vie pour défendre son aimée.
Opéras :
29 mai
Romeo et Juliette, Gounod ? L'un des plus grands patrimoines culturels de l'humanité. Adaptation pour l'opéra de Charles François Gounod de l'oeuvre du maitre William Shakespear, empreinte des mêmes nuances et chargée de drama
19 juin
Magdalena, Villa-Lobos - Seconde oeuvre lyrique d'Heitor Villa-Lobos, Magdalena porte le sous-titre inattendu de « Musical Adventure » qui rend compte de son style situé entre opéra, opérette et comédie musicale, tandis que son sujet fait référence au métissage culturel de l'Amérique du Sud.
Située en Colombie, l'intrigue met en scène le mélange entre culture traditionnelle indienne et culture importée par les colons européens. On retrouve dans Magdalena tout le soleil et les rythmes endiablés de la musique de Villa-Lobos.
26 juin
O Guarani, Carlos Gomes - Il Guarany n'est peut-être pas le chef-d'?uvre de Gomes, mais il s'agit certainement de son ?uvre la plus populaire. L'opéra reste aujourd'hui le seul opéra latino-américain encore joué sur les scènes de prestige. L'histoire de l'amour impossible d'un Indien Guarani et d'une Blanche sonne comme un écho à l'histoire du Brésil Impérial du XIXe siècle, beaucoup considèrent Cecy et Pery comme les ancêtres mythiques du peuple brésilien. La musique de Il Guarany tient elle aussi une place de choix dans l'inconscient collectif brésilien: les célèbres accords de sa "protophonie" (ouverture) constituent pour les Brésiliens une sorte de second hymne national.
18 septembre
Il Trovatori, Verdi ? Le Trouvère, d'après le roman El Trobador, de Antonio García Gutierrez, est un opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi et compose, avec Rigoletto et La Traviata, la Trilogie Verdienne, formée par les opéras le splus populaires de Verdi.
13 novembre
Le château de Barbe Bleue (O Castelo do Barbazul), Bartók ? Dans cet opéra composé en 1911 par Bela Bartok, compositeur hongrois, Judith, épouse de Barbe-Bleue, cherche à percer les secrets de son mari, représentés par 7 portes. Au fur et à mesure qu'elle les ouvre, les facettes sombres de son mari apparaissent, et leur relation s'approfondit. (1h, 2 interprètes)
7 décembre
Tosca, Puccini ? Tosca est un opéra en 3 actes de Giacomo Puccini, livret Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d'après la pièce du même nom, de Victorien Sardou. Opéra prophétique du siècle naissant, un opéra sanglant, comme le fut le XXème sicèle.
14 juillet, anniversaire des 101 ans du Theatro Municipal: ouvert tout le long de la journée, spectacles gratuits et présentations des corps artistiques, ainsi que d'artistes invités.







