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UN LIVRE, UNE HISTOIRE – Et mon fantôme en rit encore de W. Somerset Waugham

Par La Bouquinerie Le Liseron | Publié le 17/07/2017 à 17:30 | Mis à jour le 17/07/2017 à 07:46
Et mon fantôme en rit encore de W. Somerset Waugham

Toutes les semaines, nous vous proposons, en partenariat avec La Bouquinerie Le Liseron, de retrouver le goût de lire. Lémile, le moine qui ouvrit sa bouquinerie, n'a pas son pareil pour rendre les ouvrages qu'il présente contemporains. Avec humour et fantaisie, il arrive à faire le parallèle entre ouvrages d'hier et société moderne. Puisse-t-il vous (re)donner l'envie de lire ces ouvrages.

 

Scène unique

Dans une pièce ovoïde, épurée. Une table simple, deux chaises banales, une porte quelconque.
C'est la vingt-troisième entrevue entre le docteur Godismissing et le patient obsessif 202.
L'obsessif entrecoupe ses réponses au docteur d'apostrophes joués (l'obsessif Somersetise) du journal de Somerset Maugham «  Et mon fantôme en rit encore ». Sa voix fait le va et vient, et sa posture rappelle tantôt le cynique dandy tantôt le patient obsessionnel.
Le docteur demeure impassible, métronomique, ne prête jamais d'attention à ce que Somerset dit, mais rebondit sur ce qu'avance l'obsessif.


- L'obsessif : Il le faut! C'est indiscutable!
- Le Docteur Godismissing : Voyons, voyons?
- L'obsessif : Non ! S'il fait défaut nous nous devons de le créer ! (silence tonitruant) Un ciel des obsédés !
- Le docteur G : Un ciel?
- L'obsessif : Absolument ! Que notre passion dévorante ne reconnaisse plus pour dernier arrêt le plat sifflement ferroviaire de l'électro-cardioscope ? mais que l'on mette à notre disposition (il lève un doigt), là-haut, une pièce infernale individuelle où l'objet de notre obsession remplisse tout l'espace de sa présence obsédante, dans les murs poreux, l'?il du plafond, l'haleine de l'air, le bourdonnant de sa voix?

(l'obsessif Somersetise)
« Si l'on songe à la stupidité des gens dans leurs agissements et à l'agrément de leur conversation, on se dit que tout le monde irait peut-être mieux s'ils parlaient davantage et s'ils agissaient moins. »

- Le docteur G : Vous n'envisagez toujours pas de? guérir ?
- L'obsessif : Guérir ? Guérir ! De l'obsession ? haha ! Guérir de l'obsession ! (rire dément et retour brusque à un visage extrêmement sérieux). Contre l'obsession il n'y a que l'obsession docteur.

(l'obsessif Somersetise)
« Quand un ami, en votre absence, vous a téléphoné en insistant pour être rappelé, soyez sûr qu'il s'agit d'une affaire plus importante pour lui que pour vous. »

- Le docteur G : C'est aussi stupide que de dire d'un livre « dont le succès ne s'est jamais démenti », a-t-on déjà vu un succès se démentir ?? (d'une voix suraiguë) « Pardonnez moi très cher je me démentis ».
(réalisant son écart de conduite, le docteur Godismissing reprend une pause de sphinx, pattes à plat sur table)
- L'obsessif : Voulez-vous guérir de votre obsession pour un auteur ? Apprenez sur lui le moindre fait et geste, le vice, la vertu, la lubie, la trahison, l'ami, l'ennemi, l'amant, le mensonge et sa triste vérité?

(l'obsessif Somersetise)
« De sa vie il n'a eu la moindre idée originale, mais il possède un sens aigu et pénétrant de tout ce qui est évident. »

- Le docteur G : Et cela vous libère ?
- L'obsessif : Quoi donc ?
- Le docteur G : De connaitre par c?ur la vie de l'auteur.
- L'obsessif : Peut-être? Il y a de grandes chances que non en fait.

(l'obsessif Somersetise)
« Le professeur de gynécologie. Il a commencé sa série de conférences ainsi :
"Messieurs, la femme est un animal qui urine une fois par jour, défèque une fois par semaine, a ses menstrues une fois par mois, accouche une fois par an, et copule chaque fois qu'elle en a l'occasion."  »

(long silence)
- Le docteur G : hum? A qui pensez-vous comme intendant d'un tel « paradis » ?
- L'obsessif : Je ne vois que deux nominations envisageables : Pinocchio ou Somerset Maugham.
- Le docteur G : Pinocchio ?
- L'obsessif : Oui, cette histoire de nez qui s'allonge m'a toujours mis mal à l'aise, je dois voir cela de mes propres yeux? Mais vous avez raison docteur, Somerset sera parfait pour ce rôle !

(l'obsessif Somersetise)
« Je n'arrive pas à me rendre compte si c'est votre fils qui fait des progrès en violon ou si c'est nous qui nous habituons. »

- L'obsessif : Voilà la plus stupide erreur de l'Église, nous proposer des saints à imiter !
- Le docteur G : Et bien cela réussit aux fidèles il me semble, ils?
- L'obsessif : Faux ! ils sont inimitables ! Ils font penser à ces vielles cuisines aux carreaux bruns éternellement trop propres, avec l'odeur du gâteau au chocolat chaud filtrant du four? Et toi, toi tu restes sur le palier, avec tes semelles pleines de merde.

(l'obsessif Somersetise)
« Les vieux ont toujours fait croire aux jeunes que l'âge leur avait donné la sagesse. Et les jeunes ont mis si longtemps à découvrir que c'était faux qu'entre-temps, ils étaient devenus vieux et ils avaient intérêt à perpétrer cette imposture. »

- Le docteur G : Vous tentez à nouveau de justifier de votre obsession comme d'une activité raisonnable. Ce processus d'identification, vous le savez, est tacitement frappé d'échec, devant l'impossibilité de remplacer l'original vous n'imitez plus que votre propre folie d'imiter !
(long silence)
- L'obsessif : (jetant par en dessous un regard en coin) Alors, il n'y a d'authentique que l'imitation docteur.
- Le docteur G : (fatigué) Développez?
- L'obsessif : L'imitation creuse, de fait, la séparation d'avec l'objet de son désir, n'est-ce pas ? Je me vois parce que j'imite. (il ferme les yeux et inspire en gonflant la poitrine)? Donc plus on crée d'espace moins on distingue les opposés! (large sourire victorieux)
- Le docteur G : Belle image? mais ce n'est qu'un mot d'esprit et puis? Votre nez s'allonge? la séance est terminé.

Le docteur se lève sans regarder le patient perdu dans un sourire intérieur. Il sort. L'obsessif reste seul en scène et change tour à tour d'attitude, de plus en plus vite de plus en plus vite de plus en plus vite?

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