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Sarah Hauser : un rêve à portée de voile

Par Clotilde Richalet | Publié le 28/02/2021 à 09:00 | Mis à jour le 01/03/2021 à 20:32
Photo : François Laborde
sarah hauser surf nouvelle-calédonie

S’ils ont quitté la Nouvelle-Calédonie : la Nouvelle-Calédonie ne les a jamais quittés. Éloignés pour quelques semaines pour plusieurs années, ils sont la preuve que l’on peut avoir des racines et des ailes. Partons ensemble à la rencontre de ces Calédoniens explorateurs, voyageurs, créateurs…

Aujourd’hui j'ai RDV avec Sarah Hauser : windsurfeuse. 

Sarah est une windsurfeuse détentrice d’un record au Guiness Book of Records, expatriée de son caillou natal vers une île d’Hawai. Elle travaille également dans l'humanitaire: co-fondatrice de l'association Women and Water; et elle est coach sportive chez NC6. Sarah est l’exemple même du rêve que l’on transforme en réalité à force de courage, de persévérance et de travail ; avec une grosse dose de talent !

Son enfance et adolescence

Sarah est née en Nouvelle-Calédonie et son premier contact avec le windsurf date de ses 10 ans environ. A 12 ans son père l’inscrit dans un club de voile où elle commence à faire de l’optimiste ; optimiste qui s’est rapidement transformé en planche à voile. C’est au contact de l’un de ses coachs du club qu’elle a eu envie de continuer la planche mais dans les vagues. Sachant que les vagues en Nouvelle-Calédonie sont loin : à environ 30 km du bord !

« Il faut au moins une heure de bateau pour aller jusqu'aux vagues. On ne les voit pas de la plage. Le seul fait d’aller jusqu’aux vagues est une aventure ! » me confie Sarah.

Et c’est là, à 15 ans, qu’elle a le déclic :

Le windsurf dans les vagues c'est l'aventure ; il y a cette l'adrénaline, cette interaction avec la nature d'une manière très puissante. La première fois j'ai vu des vagues de 3 m c'était magnifique, tu t'oublies complètement. Tu oublies ce que tu es, tu ressens juste la nature sous tes pieds et ça : ça m'a transformé.

Mais avant de se lancer dans le sport, elle va partir faire des études en métropole, pour « avoir un métier » entre les mains. Comme beaucoup de calédoniens elle fait donc la deuxième partie de ses études supérieures en France. Après une prépa Math Sup Math Spé à Nouméa, elle est acceptée dans une école d'ingénieur à Grenoble.

« Quand j'ai eu le diplôme, j'étais un peu perdu. J'avais toujours ce rêve en moi (le windsurf) et je me suis offert un voyage à Maui pour 6 semaines. »

 

Du premier voyage à l’expatriation à Maui, Hawaï

C’est donc en 2012, lors de ce voyage de 6 semaines à Maui, que Sarah s’inscrit à une compétition de wind-surf : l’Aloha Classic. Son envie principale était de se faire plaisir avant de démarrer sa vie professionnelle, mais ce voyage a changé sa vie. La compétition s'est extrêmement bien passée et en rentrant en Calédonie elle avait trouvé un sponsor. 

Pour elle à ce moment-là :

Les planètes étaient alignées, donc je me suis dit : je tente. C’était vraiment mon rêve depuis toujours.

Le plan était de faire des compétitions de planche à voile et de stand up paddle pendant un an et de voir où cela pouvait la mener. Venant d'une île, elle s’est tout de suite sentie à l’aise à Maui et s’est vite adaptée à sa nouvelle vie. Elle avait vu ses parents s’expatrier étant enfant, c’était donc quelque chose qu’elle savait réalisable. Et sur place elle rencontre celui qui deviendra son mari :  

« Être avec quelqu'un qui a grandi dans le pays rend les choses tout de suite plus faciles ; et la communauté du windsurf est une communauté d'expatriés. Il y a des gens qui viennent de partout dans le monde : c'est la Mecque du windsurf. Tu te fais des amis que tu vois pendant quelques semaines, qui repartent et reviennent ; de plein de pays différents. Ça facilite l’expatriation. »

 

windsurf record femme

 

L'instant décisif 

J’ai demandé à Sarah s’il existait pour elle un « moment décisif » dans sa vie ou carrière. Ces quelques secondes où l’on sait que c’est le moment, et que notre décision à cet instant précis peut changer le cours des évènements futurs. (Cf : le photographe Henri-Cartier Bresson)

« Le rêve de devenir athlète était en moi pendant des années, mais la décision d'abandonner une carrière confortable d'ingénieur paraissait folle. Je pense que l’instant décisif a été au retour de mon premier voyage à Maui.

Sur les papiers d'immigration il faut remplir : son nom, son prénom, numéro de passeport etc, et on nous demande notre profession.  J’ai écrit : windsurfeuse professionnel.

J’ai décidé à ce moment-là que c'était ma profession, et je l’ai accepté comme une réalité. »

 

Jaws et le Guinness Book of Records

La carrière de Sarah décolle très vite, et elle remporte le International Windsurfing Tour en 2015, 2016 et 2018. En Décembre 2019, elle se prépare pour aller surfer une des vagues les plus effrayantes et excitantes pour un windsurfeur : Jaws.

 

windsurf record femme
Photo : Casey Hauser 

 

J’ai demandé à Sarah quels sentiments la dominent avant d’aller sur le site, quand elle est sur la vague, et quand elle apprend son record de la vague la plus haute jamais windsurfée par une femme soit : 10,97 mètres. Voici notre entretien:

Quels sont tes sentiments avant d’aller sur Jaws? 

Sarah: Mes sentiments avant c'est la peur, l'anxiété. C'est très désagréable. La matinée avant d'y aller est assez anxiogène. Les mois précédents je me suis mis à l'hypnose avec une coach qui m'a aidé à faire un travail au niveau du subconscient et c'est extrêmement intéressant. Ça m'a permis de comprendre pourquoi il y avait cette révolte en moi, au moment où la peur devient énorme, c'est presque comme si je ne me reconnaissais plus. Je ne sais même plus si c'est quelque chose que j'ai envie de faire ; j'ai l'impression que plus rien n'a de sens. J'ai donc appris à prendre de la hauteur par rapport à ce sentiment et à ne pas le laisser prendre le contrôle.

Une fois qu'on part, qu'on se met à l'eau et que je suis debout sur ma planche à voile tout commence à se calmer paradoxalement.

Quels sont tes sentiments une fois sur l’eau ?

Sarah: Être dans l'action, dans l'élément, dans la nature : ce n'est pas un lieu de compétition pour moi. C’est surtout un sanctuaire où je me détends. Même s’il y a ces vagues énormes et une grosse pression, une fois qu'on est sur le spot : ça va mieux !

Sur l'eau évidemment c'est rude, il y a le vent, ces énormes vagues ; et toujours un peu de questionnement : il faut choisir la bonne vague.

Tu ne sais jamais trop si :

  • tu penches trop du côté de la témérité et qu'il faudrait être un peu plus humble,

ou si :

  • tu penches trop du côté de la peur et qu'il faudrait être plus courageux !

Il y a beaucoup de questions mais il faut se fier à son instinct. Parce qu'à un moment il faut y aller et vite ! La moindre hésitation, le moindre ralentissement, ouvrir la voile un tout petit peu, laisser un peu de vent s'échapper de la voile, tous ces détails peuvent me ralentir et m'empêcher de prendre la vague. Il y a un moment où la décision est prise et il ne faut plus reculer. Les questions s’arrêtent. Et ce moment est un moment de soulagement.

C’est également le moment d'utiliser tout ce pourquoi je me suis entraînée, d’utiliser ma technique, mon instinct, mon corps... et c’est un moment de paix. 

Même si ça fait peur. Même si mon cœur bat extrêmement fort dans ma poitrine : c'est un moment magique. Et c'est un moment où tu vois des choses qui sont très compliquées à décrire : avoir devant soi un mur d'eau géant, lever les yeux vers l'horizon et ne pas pouvoir voir le ciel parce que tout ce que je vois c'est de l'eau qui s'étend au-dessus de moi. Le son de la vague qui s'écrase. Tous mes sens sont en éveil. Je pense que c'est ce que les gens décrivent comme étant le flow : le moment où tu es dans l'exécution et plus du tout dans l’égo, les questionnements ou la pensée.  

C’est un moment sacré. 

Quels sont tes émotions lorsque tu apprends que tu es la première femme à windsurfer une vague de plus de 10 mètres ?

Sarah: C’est très bien. Je suis contente. Mais en termes de sensations quand tu compares à ce qui se passe vraiment sur la vague : ce n’est presque rien ! C’est plutôt au niveau de ma conscience. Je me dis c'est bien pour le sport en lui-même, et que d’officialiser l'histoire de ce sport c'est important. Ce qui est difficile dans cette carrière c'est que le windsurf n’est pas aussi structuré que d'autres sports. Et ce record est une des étapes nécessaires pour que ce sport ait plus de sponsors et qu’il existe plus d'opportunités pour les athlètes.

Le record en lui-même est une célébration pour mon esprit conscient. Mais c’est dans la performance, donc plutôt du côté du subconscient, que la magie opère.

 

windsurf record femme

 

Être une femme dans le monde du windsurfing

Comme dans la majorité des sports les femmes sont en minorité dans le windsurf, mais elles sont bien présentes ! Et comme souvent : plutôt solidaires. Sarah me confie qu’il existe un groupe de femmes impressionnantes dans ce sport, rencontrées au gré des compétitions.

Mais le fait d’être une minorité signifie également : être moins bien payé par les sponsors et avoir moins de visibilité dans les médias. Il y a un écart de performance entre les hommes et les femmes qu’on ne peut pas nier :

« Les hommes font des figures plus compliquées, des sauts plus hauts ; ils prennent des vagues plus grosses mais c'est un cercle vicieux puisqu’avec moins de soutien les femmes ne peuvent pas espérer avoir des performances de même niveau. »

Beaucoup de femmes ont besoin d'avoir des carrières en parallèle pour soutenir leurs carrières d'athlètes, et souvent les durées de carrière ne sont pas extrêmement longues puisqu'au bout d'un moment il est très difficile de maintenir ce rythme intense. Sarah se dit chanceuse d’avoir pu trouver un sponsor assez tôt dans sa carrière grâce au documentaire « Girl on Wave » de Steven Esparza qui lui a été consacré en 2017.

« Ça m'a permis de me focaliser uniquement sur l'entraînement et la performance. »

 

Tuyau d’une pro : où windsurfer en Nouvelle-Calédonie ? 

Sarah conseille d’aller apprendre les sports d’eau à l’ACPV : Association Calédonienne de Planche et de Voile, qui est le club où elle a commencé et où elle a beaucoup appris.

« Il y a un grand esprit de famille et de communauté. C'est un endroit où je passais tous mes weekends qu’il y ait du vent ou pas. J’y ai rencontré mes meilleurs amis, c'est vraiment un endroit super pour les enfants pour apprendre le sport.

C'est une chance d'avoir ce club en Nouvelle-Calédonie qui en plus est dans une baie super jolie ! » 

Et en cadeau : Sarah nous dévoile son spot secret (qui n'est pas vraiment secret), le spot mythique de Nouvelle-Calédonie pour faire de la vague : Tenia. Il n'est pas facile d'accès mais il est magnifique me commente Sarah, avec « une très belle vague ».

 

windsurf record femme

 

Ses inspirations

« Mes inspirations sont des femmes que j'ai côtoyées étant plus jeune et qui parlaient de leurs vies, de leurs motivations et de leurs objectifs. Elles m’ont donné envie de vivre ce genre de vie et de me fixer de grands objectifs, et de travailler dur.

Des femmes comme : Sarah Hébert, compétitrice en planche à voile originaire de Nouvelle-Calédonie ou encore Cléa Dumoutier, ancienne championne de ski nautique originaire de Nouvelle-Calédonie, ou encore Page Alms - Surfeuse professionnelle rencontrée à Maui, qui équilibre sa carrière entre philanthropie et sport. »

Parce que l’autre facette de cette sportive de haut niveau qu’est Sarah est la philanthropie. L’athlète laisse régulièrement la place à l’humanitaire pour des actions toujours en lien avec l’océan et la nature, notamment à travers son action : WOMEN AND WATER.

 

windsurf record femme
Photo : Jianca Lazarus

 

N’hésitez pas à suivre Sarah dans ses aventures humaines et sportives sur son site internet :

https://www.hauserlifestyle.com/

Merci à Sarah d’avoir pris le temps de partager avec moi son histoire, ses rêves et ses accomplissements :  le parcours passionnant d’un femme passionnée.

 

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Clotilde richalet

Clotilde Richalet

Photographe et voyageuse passionnée, expat à travers les Amériques et en Asie du Sud-Est, l'exploration journalistique et culturelle se poursuit aujourd'hui dans le Pacifique.
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Clotilde Richalet

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