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Le libraire de Régis de Sà Moreira

Par La Bouquinerie Le Liseron | Publié le 27/11/2017 à 08:00 | Mis à jour le 27/11/2017 à 11:38
Le libraire Régis Sa Moreira

Retrouver le goût de lire avec la Bouquinerie Le Liseron. Le moine qui ouvrit sa bouquinerie n'a pas son pareil pour rendre les ouvrages qu'il présente contemporains. Avec humour, fantaisie et insolence, il arrive à faire le parallèle entre ouvrages d'hier et société moderne.

 

Nous avons le cœur oreiller.

Il est des œuvres, ô combien rares, qui vous laissent au cœur le poids d’une nouvelle plume. C’est léger, léger, léger et pourtant cela pèse en nous, délicatement, nous sommes gros de cette légèreté.

Écrire en toute simplicité demande un effort harassant. Constamment vous devez remettre à l’ouvrage tel passage jugé trop lourd en bouche, aérer l’ensemble, ouvrir grand les fenêtres des horizons familiers mais dont le lecteur à perdu, par la force de l’habitude, son candide émerveillement.

«  Le libraire »  nous offre, l’espace d’un instant, cet état de grâce au sortir d’un livre, lorsque vos yeux se ferment et laissent vibrer en vous les cordes du simple et du beau.

Régis de Sà Moreira après bien des échecs, car on arrive au simple et beau qu’à force de plisser son regard aux détails du monde, après tous ces naufrages dis-je, l’auteur a su éviter l’écueil de nos contemporains « chieurs d’encre » : écrire simplement.

Ecrire sans effort, sans échec, sans style… on flotte à la surface et on vous passe le tube d’écran total de messages subliminaux : ici tout n’est que jus de carotte, baba-love et black Friday !

Je reste interdit, réellement interdit, devant ce lecteur du XXI siècle, avide de lectures faciles et reposantes, qu’on nous enfourne en bouche comme de la bouillie préparée pour handicapés mentaux.

Je m’adresse à toi plumitif auteur à la cervelle de poulet congelé ! Je ne suis pas dupe de tes platitudes que tu voudrais imposer à ma vue telles des sommets de sagesse - juste sous mon nez -, je ne suis pas dupe, non, de ta modestie de style, tu n’as pas de style ! Je ne suis pas dupe non plus de ton mysticisme de-maison-de-campagne-au-calme-pour-écrire-mon-livre, non, non, non je ne suis pas dupe !

D’où nous viens ce besoin nouveau de lectures lénifiantes (en deux mots)?

Je sais, je sais le monde est une mâchoire emmazoutée, vorace et sévère qui n’épargne personne, d’où perce parfois la lumière lorsque qu’elle broie nos vies entre ses dents ébréchées, lentement, très lentement jusqu’au dernier couac.

Mais quoi ! Pour autant je ne vais pas rechercher la compagnie des crocodiles, ces écrivains larmoyants d’un bonheur niais, consolation à bon marché de yaourts 0% au bifidus actif qui ne fait pas grossir… vade retro satanas !

Qui, oui qui au sortir d’un de ces livres creux ne se sent pas lui-même devenir plus proche du néant ?

Il y manque l’essentiel : le poids d’une plume. C’est infime, ce n’est rien, mais bon sang cela vaut la peine d’avoir vécu pour ces quelques grammes supplémentaires.

Il y a une vraie beauté tragique de la vie. On se sent une amitié secrète pour ces artistes qui mettent en forme : en mots, peinture, symphonie, cet état d’être au monde, le moins passager, qu’est le poids de vivre. Je ne parle pas de ces poètes cajolant jalousement leur tristesse pour en faire le miel de leurs vers, non, mais de ces vrais artistes, honnêtes jusqu’à l’indécence de mettre à nu et leurs âmes - et la nôtre-  sur la toile, le papier et les cordes du violon.

Ils ne cherchent pas à s’alléger de la vie, à nous leurrer d’histoires d’amour-philosophico-spirituelles qui, qu’on se le dise, sont sans rapport aucun avec ce qu’est la véritable rencontre amoureuse.

Soyons clair,  la lecture du « libraire » ne chavirera pas le frêle esquif de votre vie comme on dynamite les fondations d’une vielle bâtisse, mais vous vous sentirez un peu plus fort de quelques grammes, l’espace d’un flash, pour faire face à l’inertie massive de ce monde lancé à votre encontre.

Quant aux anges de la littérature pour mongoliens (avis aux producteurs de lofts story, un créneau est à prendre), s’il existe un enfer pour eux, mon siècle sera l’avènement d’une inflation sans précédent du mobilier au dernier sous-sol !

Enfin, certaines paroles, joyaux de l’humanité, agissent comme une liqueur fortifiante sur votre âme en butte aux incessantes bourrasques du monde. Elles font resserrés les poings jusqu’à la mâchoire, et redresse l’épée de votre échine… Il demeure un espoir.

Amis liserons, puisse cet extrait du « Libraire » de monsieur Régis de Sà Moreira vous donner l’envie de vous alléger de quelques grammes !

…et qui n’était autre qu’un des enseignements dispensés par le tsar Andrei au jeune prince Andrei, son petit fils :
« Lorsque vous écrivez une lettre Prince, ou un message, quoi que ce soit que vous adressez à quelqu’un, lorsque vous l’avez terminé, que vous en êtes satisfait, demandez-vous toujours si vous pourriez l’envoyer au même moment à quelqu’un d’autre. Si vous n’auriez qu’à changer le nom, l’adresse. Si oui, oubliez cette lettre. Ca n’en est pas une. Vous racontez votre vie, Prince, vous n’écrivez pas à quelqu’un. Recommencez ou abandonnez.
Lorsque vous serez familier de cette pratique, que plus jamais vous n’enverrez de lettres qui n’en sont pas, et cela prendra du temps, une décision s’ouvrira à vous. Pesez-la avant de la prendre car elle est de conséquence. Mais vous la soupçonnez déjà, n’est-ce pas. Déjà, vous commencez à vous dire : Et si j’agissais de même avec mes paroles?
Imaginez, Prince. À chaque phrase que vous allez dire, que vous formulez, si vous vous demandiez: Pourrais-je la dire en ce même moment à quelqu'un d'autre? Et si, au cas où effectivement vous le pourriez, vous ne la disiez pas. Et si vous vous taisiez...
Rares seraient sans doute vos paroles."
"Mais il peut se passer autre chose, mon cher Prince. Il peut se passer qu'en changeant le nom, l'adresse, ou la personne, vous vous rendiez compte par hasard que c'était à quelqu'un d'autre que vous étiez sur le point d'écrire, ou de parler. Et qu'une fois ce nouveau nom, cette nouvelle adresse, cette nouvelle personne découverte, vous ne puissiez plus en changer.
Alors là, surtout, envoyez.
Alors là, surtout, parlez.
Car vous n'aurez jamais été si courageux. »

 

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