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La richesse des langues kanak

Par Isya Okoué Métogo | Publié le 18/02/2021 à 20:00 | Mis à jour le 19/02/2021 à 10:26
langues kanak nouvelle-calédonie

Près d’une trentaine de langues et de dialectes kanak sont actuellement parlés en Nouvelle-Calédonie, une diversité linguistique unique dans les Outre-mer français. Véritable richesse culturelle, elles sont les témoins de l’histoire singulière de l’île, entre colonisation, urbanisation et revendications identitaires.

 

Un pays, 28 langues classées

Comme toutes les langues océaniennes, les langues kanak font parties de la grande famille des langues austronésiennes, qui descendent toutes du proto-austronésien. On peut actuellement compter quarante langues et dialectes, décomposés en 28 langues classées en 3 groupes principaux. On compte treize langues du nord, onze langues du sud et quatre langues des îles loyautés. Leur diversité témoigne de l’ancienneté du peuple néo-calédonien. La société kanak a développé sur le territoire sa propre organisation politique autour des chefferies et des clans, qui ont toujours été en contact. Ces contacts menaient au renforcement des différences linguistiques entre les langues, afin d’en faire une part essentielle de l’identité et de l’individualité de ses locuteurs. La société d’ailleurs organise explicitement le maintien et le fonctionnement des langues à travers les noms, les titres, les positions dans la parenté ou les mariages. Aucune langue n’était d’ailleurs plus prestigieuse qu’une autre, et il n’y avait pas de pôle social prédominant.

 

Des langues uniques sous influence

Les langues kanak sont en contact avec de nombreuses autres langues. On y retrouve du français, de l’anglais, et des langues issues de l’immigration d’Asie du Sud-Est et des îles voisines du Pacifique Sud. Comme dans les autres territoires d’Outre-mer, un créole est apparu au début du XXe siècle à Saint-Louis, au Mont-Dore, notamment suite aux diverses vagues d’immigration réunionnaises entre le XIX et le XXe siècle.

Les langues kanaks sont aussi très marquées par l’histoire coloniale française. Elle est aussi confrontée à l’influence de l’enseignement pendant très longtemps monolingue francophone et de l’urbanisation. De nombreuses langues perdent du vocabulaire dans des domaines au profit du français, même si leur préservation est une volonté politique claire apparaissant dans les Accords de Matignon et de Nouméa.

 

La préservation des langues et leur apprentissage comme volonté politique

C’est l’Agence de Développement de la Culture Kanak du Centre Culturel Tjibaou et l’Académie des langues kanak qui sont chargées de cette mission. Leur travail est de documenter et d’archiver le patrimoine culturel calédonien et de produire des contenus muséaux et pédagogiques, afin de maintenir le possible usage linguistique quotidien. Depuis la loi organique relative à la Nouvelle-Calédonie de 1999, les langues kanaks sont reconnues comme des langues d’enseignement et de culture régionale à l’école, au collège et au lycée. Douze langues sont donc enseignées dans des établissements partout sur le territoire, en fonction de leur localisation. Cependant, seulement quatre langues ont été introduites en tant qu’épreuve facultative au baccalauréat et sont enseignées à l’Université de la Nouvelle-Calédonie : le drehu de Lifou, le nengone de Maré, le paicî de la région de Poindimié et de Koné et Pouembout, et l’ajië dans la région de Houailou. Les langues kanak sont aussi présentent en France, par le drehu, dans la filière des langues océaniennes à l’Institut National des Langues et Civilisation Orientales à Paris.

 

La langue silencieuse : le langage maxillo-facial

Outre les chants, les danses et les sons, les populations mélanésiennes ont également développé un mode de communication muet à distance. Les expressions se lisent sur les lèvres, le plissement du front, la bouche, le haussement des sourcils ou des yeux et des mouvements, de bras ou de mains. Il est donc parfois possible de faire passer un message ou d’avoir une courte conversation même sur une distance de parfois vingt mètres, tant que l’on peut voir son interlocuteur.

 

 

Or, parce que le peuple calédonien est généreux, de nombreuses autres langues sont parlées par les autres communautés : les oreilles s’habituent alors aux « r » tahitiens, aux accents futuniens ou encore aux tonalités du vietnamien. Le français, langue principale, est alors agrémenté d’expressions et de termes du Pacifique, à l’image de son peuple. Oléti ! (Merci en drehu)

 

 

 

Isya Okoué Métogo

Isya Okoué Métogo

Etudiante néo-calédonienne à Sciences Po et collectionneuse de souvenirs, adepte des beaux voyages mais aussi des petites aventures du quotidien, entre Nouméa et Poitiers.
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