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La civilisation Lapita et la Nouvelle-Calédonie

Par Isya Okoué Métogo | Publié le 21/01/2021 à 21:06 | Mis à jour le 31/01/2021 à 20:37
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La civilisation Lapita, plus ancienne civilisation d’Océanie, est la culture d’origine des austronésiens. Alors qu’elle a été découverte tardivement, cette civilisation riche et dynamique trace des liens ancestraux entre les îles et les archipels du Pacifique, loin des divisions classiques Polynésie-Mélanésie-Micronésie. 

 

Un peuple migrant

Les Lapitas sont apparus sur les îles de Bismarck, au Nord-est de la Nouvelle-Guinée, avant de se répandre sur près de 3 000 km. On retrouve leurs traces de la Nouvelle-Guinée aux îles Samoa, en passant par le Vanuatu, les îles Fidji, Wallis-et Futuna. Les premiers explorateurs sur des sites Lapita seraient d’ailleurs français, naufragés des bateaux de La Pérouse dans les îles Salomon.

 

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Grâce aux traces retrouvées notamment dans des fouilles de maisons sur pilotis dans l’archipel de Bismark, on sait que les Lapitas étaient horticulteurs, qu’ils possédaient des animaux importés d’îles d’Asie du Sud-est, comme les poules et les chiens, et qu’ils cultivaient des plantes, notamment du taro.

A la suite des migrations, les différents groupes d’origines Lapita ont évolués de manière assez autonome, même si des contacts de longues distances étaient conservés. La culture Lapita se caractérise donc notamment par son adaptation aux différentes îles qu’elle a traversé.

 

Une culture riche

La civilisation Lapita est notamment connue pour ses poteries complexes. Les dessins sont très géométriques, on trouve des représentations de visages humains et des modelages en argiles pouvaient être appliqués. Des traces de peinture ont aussi été retrouvées sur des représentations de décors.

 

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Ces décors représentaient le monde vu par les Lapitas. On trouve un monde d’en bas : celui des morts, un monde du milieu : celui des vivants, et un monde d’en haut, celui des ancêtres divinisés et des dieux. Les astres avaient également une importance singulière. Par certaines marques singulières à un clan ou à une famille, il a été possible de retracer la colonisation du Pacifique par ce peuple de navigateurs.

 

Les Lapitas et la Nouvelle-Calédonie

Les sites Lapitas néo-calédoniens sont très riches, et la plupart ne remontent pas au-delà de 1050 av. J.-C. Les principaux sont Koumac, Lapita et Koné au nord, Nessadiou au centre et Vatcha, à l’île des pins, au sud du pays.

Le nom « Lapita » vient d’ailleurs d’un site archéologique de Nouvelle-Calédonie, à Koné. Le terme se répand en 1952 lorsque l’Américain Edwin Gifford, en fouille dans le nord et sourd, entend « lapita » à la place de « Xapeta’a » alors qu’il demande le nom du site à un kanak. Xapeta’a, signifie en fait « l’endroit où l’on creuse ».

La découverte de traces de la civilisation Lapita a été un enjeu assez important en Nouvelle-Calédonie. Les Kanak, qui s’appuyaient sur leur statut de premiers arrivants, ont dans un premier temps refusé l’idée d’un peuple antérieur. Les colons quant à eux, se sont servis des découvertes Lapita pour montrer l’existence d’une civilisation intelligente et développée antérieure aux Kanak. C’est seulement en 2002 que la mémoire des Lapitas est reconnue, lorsqu’une conférence internationale sur la civilisation Lapita est organisée à Koné. Si la conférence est sensible, elle sert à désamorcer certaines inquiétudes. Des légendes sont remises également remises en cause, comme celle d’une grande migration venue d’Afrique ou de Nouvelle-Zélande, auxquelles les Fidjiens et les Maoris étaient accrochés. Le choc a en effet été assez important pour les populations locales du Pacifique à la vue de leurs origines communes, surtout face à la division Polynésie-Mélanésie-Micronésie.

Le peuple Lapita est pendant longtemps une énigme de l’Océanie pour les archéologues, puisque aucun lien n’avait été fait entre les découvertes sur les îles Watom et les débris de Nouvelle-Calédonie. Leur mise en relation a remis en cause les origines de la région, jusqu’à l’affirmation des traces les plus anciennes datées de 1400 av. J.-C dans l’archipel de Bismarck.

En Nouvelle-Calédonie, pendant de nombreuses années, les fouilles sont impossibles à cause de la période des Evènements. Il faut donc attendre 1988, après les Accords de Matignon, pour que les fouilles reprennent. Une controverse existait d’ailleurs sur la découverte de sites Lapita à Wallis-et Futuna par Christophe Sand et Daniel Framigacci : Bernard Pons, Ministre des Outre-mer, s’était servi des découvertes pour affirmer que les premiers habitants de Nouvelle-Calédonie étaient les Polynésiens et non les Kanak. Affirmation incorrecte bien sûr, puisqu’ils entretiennent une relation de descendance.

 

De nombreuses études ont et sont encore menées pour décortiquer cette civilisation découverte tardivement. Des questions sont posées sur la nature des simplifications des dessins des poteries, leur signification symbolique, la raison pour lesquelles elles sont constamment retrouvées brisées ou encore les origines proto-lapita des langues du pacifique. Les nombreuses discussions et hypothèses permettent de changer également la vision que l’on porte aux premiers peuplements en Océanie, puisque l’on découvre une culture extraordinairement riche et dynamique, notamment par ses migrations volontaires.

 

Isya Okoué Métogo

Isya Okoué Métogo

Etudiante néo-calédonienne à Sciences Po et collectionneuse de souvenirs, adepte des beaux voyages mais aussi des petites aventures du quotidien, entre Nouméa et Poitiers.
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