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Michaël Canitrot :« Liberty Lights célèbre le lien entre la France et les États-Unis»

À l’occasion des 250 ans des États-Unis et de l’anniversaire de la Statue de la Liberté, Michael Canitrot a illuminé le monument emblématique de New York avec « Liberty Lights », un spectacle mêlant musique électronique, lumière et patrimoine. Fondateur du Monumental Tour, le DJ et producteur revient sur la conception de ce projet franco-américain et sur sa volonté de faire dialoguer les monuments avec la création contemporaine.

Michael Canitrot NYMichael Canitrot NY
Michaël Canitrot lors de son show " Liberty Lights " au pied de la Statue de Liberté. © Geoffrey Hubbel
Écrit par Patrice Ajavon
Publié le 7 juillet 2026

DJ, producteur de musique électronique et fondateur du Monumental Tour, Michaël Canitrot s'est imposé comme un artiste à part dans l'univers de la musique électronique. À travers son projet, il propose une rencontre entre patrimoine et création, en transformant des monuments emblématiques en véritables scènes artistiques. Une démarche qui l'a notamment amené à se produire sur des lieux tels que la Tour Eiffel, le château de Chambord ou encore la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Avec " Liberty Lights ", réalisé à l'occasion de l'anniversaire de la Statue de la Liberté et des 250 ans des États-Unis, l'artiste franchit une nouvelle étape. Plus qu'une simple prestation musicale, ce spectacle mêle musique électronique, lumière, vidéo, danse et mise en scène pour raconter l'histoire et les symboles liés au monument. Chaque choix visuel et chaque référence historique et culturelle ont été pensés pour créer un dialogue entre la France et les États-Unis.

 

 

À travers cette performance, Michaël Canitrot poursuit son ambition : faire découvrir le patrimoine autrement et transmettre des émotions grâce à un langage universel mêlant musique et image. Il revient pour nous sur les coulisses de ce projet hors norme, sa conception et les émotions vécues lors de cette expérience unique.

 

Michael Canitrot Liberty Island
© Geoffrey Hubbel

 

Lepetitjournal.com : Comment avez-vous été sollicité pour réaliser cette prestation ?

Michaël Canitrot : C'était un peu un concours de circonstances. En tant qu'artiste qui porte ce projet Monumental Tour, j'ai toujours à cœur de mettre en avant le patrimoine sous un nouveau regard. À travers la musique électronique, mais aussi à travers des créations visuelles et l'utilisation des nouvelles technologies. Et j'avais déjà en tête que cette année, les États-Unis allaient célébrer les 140 ans de la Statue de la Liberté, ce monument français, offert aux États-Unis.

Je commençais un petit peu à réfléchir à tout ça l'année dernière. Et au mois d'octobre, je reçois un mail du consulat de France à New York, qui souhaite discuter avec moi car ils ont eu l‘idée de faire un événement pour célébrer cet anniversaire. Nos idées se sont croisées. J'ai ensuite commencé à peaufiner mon projet. En mars, je l'ai présenté aux États-Unis. Tout le monde était assez emballé et le retour que j'ai eu du côté américain était : “le projet est génial, mais pourquoi vous ne le faites pas pour le 4 juillet lors de notre Fête Nationale ?” Et tout s'est accéléré à ce moment-là.

 

Liberty lights
Le show Liberty Lights © Geoffrey Hubbel

 

Comment avez-vous préparé un tel évènement ?

Tout part d'une inspiration. Je me nourris d'abord du monument, de son architecture, de son histoire, de son aura et des énergies qu'il dégage. À partir de là, une bande-son commence à se créer dans ma tête et, très vite, des images apparaissent. Chaque morceau que je compose ou que je retravaille est inspiré par le monument. En parallèle, j'imagine déjà l'univers visuel : est-ce qu'on sera dans des teintes bleues ? Est-ce qu'on ira vers quelque chose de plus digital, avec des lasers, par exemple ? Tout s'assemble progressivement, comme un immense puzzle.

Sur un projet comme celui-ci, j'aime avoir environ un an de préparation afin de pouvoir travailler en profondeur, m'immerger dans le monument, passer du temps sur place, consulter les archives… Tout ce qui peut nourrir mon inspiration pour la musique et les visuels est précieux. Dans le cas de la Statue de la Liberté, heureusement, j'avais déjà cette idée dans un coin de la tête et j'avais commencé à imaginer certaines choses, sans même savoir si le projet verrait le jour. Comme le calendrier s'est considérablement accéléré au printemps, cette préparation en amont a été déterminante. Sans elle, je ne suis pas certain que le projet aurait été réalisable.

Il y a aussi tout le travail technique. Avec les équipes du Monumental Tour, nous créons d'abord un jumeau numérique du monument. Nous le scannons afin d'en réaliser un modèle numérique sur lequel nous concevons ensuite l'ensemble du spectacle visuel depuis nos studios à Paris. C'est à partir de cette maquette digitale que le show prend forme. Ensuite, environ une semaine avant l'événement, toute la partie technique est déployée sur place afin de retranscrire ce que nous avions imaginé en numérique et d'effectuer les derniers ajustements.

En conditions réelles, il y a toujours des différences avec le digital. Les répétitions servent justement à affiner chaque détail, à vérifier que la lumière produit bien l'effet imaginé et à faire en sorte que le résultat final soit le plus fidèle possible à la vision que nous avions au départ.

 

Nos ancêtres ont porté ce message avant nous. Nous essayons simplement, avec beaucoup d’humilité, de faire vivre cet héritage.

- Michaël Canitrot -

Avez-vous ressenti une forme de pression à l’idée de représenter la France lors d’un événement américain ?

Oui, mais pour un monument qui est français, il y a donc une certaine légitimité. (rires) Si j’avais dû représenter la France sur un monument qui n'était pas français dans une fête nationale américaine, cela aurait été sans doute un peu moins évident. Je ne sais pas si je l'aurais accepté.

L'idée était aussi de se dire que nous sommes encore capables en tant que Français de célébrer ce cadeau offert il y a 140 ans aux États-Unis. Je pense qu'on a tous conscience qu'il existe aujourd'hui de nombreuses tensions à travers le monde. Dans ce contexte, il est d'autant plus important de rappeler les valeurs de liberté, de démocratie et d'union entre les peuples, grâce à la lumière, grâce à la musique et à travers un projet comme celui-ci. Je compense toujours la pression par le travail et la préparation. C'est ce qui me permet d'éviter les pics de stress. 

Ce que je retiens avant tout, c'est ce sentiment d'honneur. Quand on s'inscrit dans la continuité d'une telle histoire, on se sent aussi plus légitime. Nos ancêtres ont porté ce message avant nous, ils ont ouvert la voie à quelque chose qui nous dépasse largement. Nous essayons, avec beaucoup d'humilité, de faire vivre cet héritage et de perpétuer le message qu'Auguste Bartholdi a voulu transmettre à travers cette statue.

 

Chorégraphie Liberty Lights
© Geoffrey Hubbel

 

Jean Reno et Whoopi Goldberg, les voix du spectacle Pour renforcer la dimension franco-américaine du projet, deux grandes figures du cinéma ont prêté leur voix au spectacle. Côté français, Jean Reno interprète le texte écrit par Michaël Canitrot, un choix symbolique pour représenter la France à travers un acteur vivant aux États-Unis. Côté américain, Whoopi Goldberg a participé à cette création en prêtant également sa voix, incarnant ainsi le dialogue entre les deux nations au cœur de l'œuvre.

 

« C’est comme un rêve qui se réalise sous nos yeux, mais on ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. » 

- Michaël Canitrot -

 

Qu’avez-vous ressenti durant votre prestation ?

C'est assez particulier, c'est comme un rêve qui se réalise sous nos yeux et on ne s'en rend pas forcément compte tout de suite. Pour ce show, il s’agissait d’un tournage, donc il y avait des moments où nous nous arrêtions puis nous reprenions ainsi de suite. 

J'ai eu plus de temps pour prendre conscience de ce qui se passait que lors d'une prestation en live. Il y a une sorte de dimension parallèle qui était assez étonnante parce que c'est la première fois qu'il y a eu un événement sur la statue. C'est vrai que nous ne mesurions pas forcément l'ampleur de ce que nous avons vécu car nous n’avions pas de repère historique. 

C’est maintenant que je commence à réaliser. Je me suis laissé porter finalement dans une certaine rêverie, et en même temps une grande fierté d'être là, et puis surtout de voir ce projet prendre vie. C'est comme un puzzle qu'on assemble et qui prend forme devant nous. La musique, la lumière et le monument ne font qu'un, et quand tout ça s'est orchestré en même temps par des gens qu'on apprécie, avec les équipes de Monumental, des amis qui travaillent pour le projet depuis des années, on se retrouve tous ensemble au pied de cette statue pour célébrer ce qu'elle représente et la mettre en lumière. Il y avait aussi une grande émotion à ce moment-là.

Quand je nous vois repartir de Liberty Island au petit matin sur le ferry, il y avait une énorme fierté de la part de toutes les équipes et c'était un moment très fort !

 

Liberty lights (1)
© Goeffrey Hubbel

 

Avez-vous un message pour la communauté française à New York et aux États-Unis ?

J'espère que nous les avons rendus fiers. Ce projet célèbre le patrimoine avec une vision française. Cette fois, nous étions loin de nos frontières mais nous avons voulu proposer quelque chose qui nous ressemble, avec une approche différente de la vision américaine. Nous avons essayé de mettre en avant cette identité française. 

Nous voulions célébrer ce monument franco-américain en restant fidèles à sa démarche initiale : une œuvre qui part de la France pour rejoindre les États-Unis. C'est comme ça que j'ai imaginé cette performance. Sur place, j'ai eu beaucoup de retours très positifs, de personnes enthousiastes et impatientes de découvrir ce qu'on avait réalisé.

Je pense qu’il y a un sentiment d'appartenance très fort. J'ai souvent l'impression, que ce soit à New York ou lors d'autres voyages, que l'attachement à la France est encore plus fort lorsqu'on en est éloigné. C'est ce que je ressens régulièrement.

Cette fierté va au-delà du sens premier du terme : elle nous rappelle aussi nos racines, elle nous rappelle qui nous sommes. Si cette performance a pu rendre les gens fiers et leur rappeler à quel point c'est unique et beau d'être français, alors une partie de la mission a été accomplie.

 

Après avoir réalisé des projets sur des monuments emblématiques tels que la Statue de la Liberté, la Tour Eiffel ou encore la cathédrale Notre-Dame de Paris, avez-vous de nouveaux projets monumentaux en préparation ? 

Oui, absolument, il y a un retour à Chambord prévu pour l'année prochaine. À la différence du projet de la Statue de la Liberté, l'ADN du Monumental Tour est de produire des événements live avec du public. L’idée est d’offrir aux spectateurs la possibilité de se retrouver au pied du monument et de le redécouvrir comme ils ne l'ont jamais vu. Reconnecter de façon très sensorielle avec le patrimoine, tout en dansant et en profitant.

 

 

D’autres projets sont en cours à l’étranger : en Espagne, en Belgique et au Brésil. J’invite les lecteurs à suivre sur les réseaux sociaux le compte du Monumental Tour ainsi que mon compte pour être tenus informés. Les événements à venir auront lieu en live, ce qui permettra au public d’y participer.

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