

Armés de leur petit livre rouge et de leur double expertise des relations franco-allemandes, Philippe Gustin et Stephan Martens* ont exposé leurs réflexions pour relancer le moteur de l'Europe à Munich le 24 février. Leur essai « France-Allemagne- relancer le moteur de l'Europe » vaut d'être connu par le plus grand nombre. En voici un aperçu.
Origine du livre: Philippe Gustin a lancé une pétition en mai 2015 pour le maintien des classes bilangues dans la réforme du collège**. Puis pendant l'été 2015, il a décidé d'écrire un essai avec Stephan Martens pour enfoncer le clou. (Un deuxième ouvrage n'est pas exclu, afin d' intégrer dans la réflexion l'arrivée massive des réfugiés.)
Le présent: ils constatent que les facteurs de division entre la France et l'Allemagne se sont multipliés.
Le passé: il n'y a jamais eu d'attraction réciproque spontanée entre les deux pays. L'indifférence entre la France et l'Allemagne n'a jamais été une bonne chose.
Quel futur? Le « couple », comme disent les Français, ou le « tandem », selon les Allemands, est condamné à s'entendre. Quand les Français parlent du couple franco-allemand, ils prennent le risque de connaître jalousies et scènes de ménage. Les Français ont une vision sans doute trop idéalisée de l'Allemagne.
Voici un aperçu des mesures concrètes présentées dans l'essai.
- renforcer le plurilinguisme car derrière la volonté d'apprendre la langue de l'autre il y a la compréhension et l'apprentissage de sa culture.
- faire évoluer l'Abibac, diplôme commun, au départ conçu sur un socle littéraire, pour intéresser aussi les scientifiques.
- renforcer l'université franco-allemande- université sans murs- qui devrait aussi davantage s'ouvrir aux études scientifiques.
- exporter le modèle de l'OFAJ, pierre angulaire du Traité de l'Élysée qui, depuis 53 ans, a participé avec succès à l'effort de réconciliation entre la France et l'Allemagne. 8 millions de jeunes ont participé à des échanges via l'Office Franco-Allemand de la Jeunesse.
- harmoniser la fiscalité, en créant par exemple un impôt sur les sociétés convergent.
- revoir le fonctionnement de l?ONU et accorder une place de membre permanent à l'Allemagne.
- créer un poste ministériel de secrétaire d'État aux relations franco-allemandes.
Si la société civile a « fait le job », via les nombreux jumelages et échanges liés, les politiques n'ont pas entretenu le lien privilégié entre les deux pays.
La fraternité franco-allemande, si cruciale il y a 71 ans, s'est banalisée par le manque d'implication des politiques.
Or les conséquences de cette indifférence rayonnent dans toute l'Europe.
Les prises de décision unilatérales ne sont plus possibles car leur impact est à l'échelle de l'Europe. Il faut une volonté politique.
Il faut sortir du dénigrement récurrent de l'Europe. Le « c'est la faute de Bruxelles » n'est plus tolérable.
Il faut aussi rester attentif aux apports positifs de l'Europe. Souligner, par exemple, que la liberté de circuler librement entre les pays a supprimé les très longues heures d'attente aux frontières- que plus personne ne voudrait supporter aujourd'hui.
Le paradoxe est que l'Europe continue à faire rêver les pays qui en sont exclus mais qu'elle a perdu de son attractivité à l'intérieur même de ses frontières.
Philippe Gustin et Stephan Martens apparaissent, avec leur essai***, comme des lanceurs d'alerte. Ils souhaitent ardemment que le lien entre la France et l'Allemagne se resserre afin de relancer une Europe déboussolée.

Photos A.T.: Philippe Gustin, Julien Thorel, directeur de l'institut Français de Munich, Stephan Martens.
Agnès Tondre (www.lepetitjournal.com/Munich) lundi 29 février 2016.
*Philippe Gustin est enseignant, préfet, ancien Ambassadeur de France en Roumanie (2012-2014) et ancien directeur de cabinet du ministre de l'Éducation nationale de Luc Chatel. Il se présente comme un « ami de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'Europe centrale, orientale et balkanique ».
Stephan Martens est professeur de civilisation allemande à l'université de Cergy-Pontoise, recteur honoraire et membre du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l'Institut français des relations internationales de Paris.
**Philippe Gustin a lancé une pétition destinée à la Ministre de l'Éducation nationale : « réforme du collège: non à la disparition programmée de l'allemand! ». Cette pétition a réuni plus de 8.000 signatures. La lutte contre la fermeture des classes bilangues a payé: les classes bilangues seront maintenues!
***Pour commander le livre: http://boutique.lemieux-editeur.fr/essais/55-franceallemagne.html.
En allemand: http://www.stiftung-genshagen.de .










