Avec 170 litres par an et par habitant, le Mexique est aujourd'hui le second pays consommateur d'eau en bouteille au monde. Une aubaine pour les multinationales qui contrôlent le marché, mais un problème pour de nombreuses associations et ONG, qui dénoncent une privatisation indirecte du service de l'eau
La consommation d'eau en bouteille et carafón a augmentéde 40% au Mexique entre 1999 et 2004 (Photo : LPJ)
170 litres d'eau en bouteille, ni plus ni moins : voilàce qu'un citoyen mexicain consomme en moyenne chaque année. D'après la sociétéd'études Beverage Marketing, les Mexicains sont ainsi les seconds plus gros consommateurs d'eau minérale au monde, derrière les Italiens (183 litres), mais devant les Belges (148 litres) et les Français (141). Une position que le Mexique conserve en valeur absolue, avec 18 milliards de litres consommés en 2005, soit moins que les Etats-Unis (26 milliards), mais beaucoup plus que n'importe quel autre pays dans le monde, Chine et Brésil y compris (12 milliards).
Ces dernières années, la consommation d'eau en bouteille a beaucoup augmentédans l'ensemble du pays. Selon Beverage Marketing, le secteur aurait ainsi connu une croissance de près de 40% entre 1999 et 2004. De sorte qu'aujourd'hui, une bouteille d'eau sur deux, en Amérique latine, est consommée au Mexique !
Une privatisation indirecte de l'eau potable ?
Pour les multinationales qui contrôlent le marché, cette situation est une aubaine. En 2004, le secteur de l'eau en bouteille au Mexique a ainsi représentéquelque 29 milliards de pesos. Parmi les principaux bénéficiaires : Pepsico (marques Electropura et Be Light), Danone (Bonafont), Coca Cola (Ciel), Nestlé(Santa Maria), Kraft (Clight) et Cadbury (Agua Fiel)? Des compagnies qui, ensemble, détiennent plus de 80% du marchémexicain.
Pour un certain nombre d'associations et d'ONG, en revanche, l'explosion du secteur de l'eau en bouteille est problématique. Elle encouragerait les pouvoirs publics àne pas investir dans l'amélioration de l'eau potable et favoriserait, par la même occasion, le transfert du service de l'eau du public vers le privé. "Nous sommes en face d'un processus silencieux de privatisation de l'eau. Je ne sais pas si une entreprise publique pourrait produire une quantitéd'eau suffisante pour satisfaire la population", résume Javier Bogantes, directeur du Tribunal latino-américain de l'eau, une ONG qui organise de faux "procès"pour attirer l'attention des acteurs de l'eau sur les défaillances du service public dans le secteur.
Partant de ce constat, plusieurs associations vont même plus loin, en dénonçant la main mise de l'eau en bouteille sur le marchémexicain. Un phénomène qui, en effet, n'est pas sans conséquences écologiques. Car en dépit de ses vertus, l'eau en bouteille a un défaut majeur (outre son coût de production) : elle crée des milliards de kilos de déchets en plastique par an.
Valentin BONTEMPS. (LPJ) 22 mars 2006
Une question d'image
Comment expliquer l'essor de l'eau en bouteille au Mexique ? Par des questions d'image, répondent les acteurs impliqués dans le secteur. De longue date, l'eau minérale bénéficie en effet d'une image positive auprès des consommateurs mexicains. A l'inverse, l'eau du robinet souffre au Mexique d'une image plus que médiocre. Entre 1991 et 1998 en effet, 552 personnes sont mortes dans le pays d'une épidémie de choléra liée àune infection transmise par l'eau. Cette crise sanitaire a marquéles esprits, et continue de ternir l'image de l'eau du robinet, quand bien même la qualitéde cette dernière (àdéfaut de son goût) s'est améliorée. Une situation que dénoncent, làencore, plusieurs associations, qui assurent que l'eau du robinet contient en moyenne autant de minéraux utiles àl'organisme que l'eau en bouteille? Laquelle ne serait, quatre fois sur dix, rien de plus que de l'eau du robinet a laquelle ont étéajoutés des minéraux ! (LPJ - 22 mars 2006)







