

Après avoir rencontré les différents acteurs à Mexico, M. André Ferrand, sénateur UMP représentant les Français établis hors de France et président de l'Association nationale des écoles françaises à l'étranger, a commenté la décision de déconventionnement du Lycée Français de Mexico.
Jeudi 21 novembre 2013, le sénateur André Ferrand a rencontré notamment les délégués de parents d'élèves au Consulat. (Photo Romain Thieriot)
Lepetitjournal.com : Quelles sont les inquiétudes qui vous ont été transmises, notamment par les parents d'élèves, au sujet de ce déconventionnement ?
André Ferrand : Elles sont de deux sortes. D'abord la qualité de l'enseignement. C'est un lycée qui a une excellente réputation et les parents tiennent à être certains qu'il garde le même niveau. Et puis évidemment les frais de scolarité. Ils ne voudraient pas qu'il y ait un dérapage.
Il y a aussi un mécontentement sur la gestion de l'établissement, son manque de transparence et de démocratie. L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), via cette convention, a-t-elle un droit de regard sur les comptes financiers ?
Non, à ma connaissance, la convention de 2002 ne prévoit pas cela. Mais il y a des limites. Les bourses sont données par le gouvernement français. S'il devait y avoir un dérapage exceptionnel des frais de scolarité, en théorie elles devraient augmenter, mais en pratique le ministère des Affaires étrangères ayant un budget limité, il y aurait forcément problème à ce niveau-là. Le lycée, dans sa gestion, dans son organisation, est maître chez lui. Sauf sur le plan pédagogique évidemment.
La France ne peut intervenir que sur le plan pédagogique ?
Une homologation, ce sont des critères : nombre d'élèves par classe, nombre d'enseignants titulaires de l'Éducation nationale, respect des programmes scolaires, niveau de réussite au baccalauréat et aussi la laïcité...
Les deux raisons évoquées par le président du conseil d'administration sont la hausse des ponctions de l'AEFE et un problème avec des professeurs titulaires.
Ce sont deux des raisons principales qu'il met en avant. Il y a d'évidence un conflit avec des enseignants et il est vrai que l'AEFE demande une participation assez importante aux établissements avec lesquelles elle a un contrat, y compris dans le cadre d'un partenariat même si le taux est moins élevé. Donc sur ce plan-là, le LFM peut trouver son compte en changeant de statut.
Quant à la qualité des enseignants, pour certains le critère définitif c'est le pourcentage de titulaires de l'Éducation nationale, qui est variable selon les établissements dans le monde. Certes il vaut mieux avoir le maximum de professionnels titulaires dans l'établissement mais une personne avec une licence ou une maîtrise peut avoir les mêmes capacités pédagogiques qu'un agrégé. Et apparemment il y a un vivier de gens de qualité ici au Mexique, des conjoints d'expatriés...
En cas de non respect des critères, une déshomologation est possible selon le sénateur Ferrand. (Photo Romain Thieriot)
Si on juge aux résultats (99% de réussite au baccalauréat en 2013), la mission de l'AEFE n'a pas échoué...
M. Lebrun et son conseil d'administration ne remettent pas en cause les résultats qui ont été atteints jusqu'à maintenant. Rien ne nous dit qu'avec un nouveau partenariat les résultats ne resteront pas aussi bons. Il y a pléthore d'établissements dans le monde qui sont seulement partenaires, et non pas conventionnés, et qui ont des taux de réussite de cet ordre-là.
Le LFM, plus grand lycée français conventionné au monde, rompt son contrat juste avant la venue de M. François Hollande au Mexique alors que les relations franco-mexicaines se réchauffent... Cela signifie-t-il que l'AEFE est en train de se désengager des lycées français à l'étranger ?
Non. L'enseignement français à l'étranger marche très bien. Il y a un taux de développement de l'ordre de 4% environ par an dans le monde. Mais nous sommes dans une situation de contraintes budgétaires... Le réseau se développe à budget constant, donc il faut trouver de nouveaux partenariats adaptés aux situations locales.
Qu'est-ce qui garantit que le lycée français ne soit pas un établissement totalement privé avec un conseil d'administration fonctionnant comme une assemblée d'actionnaires dont le but serait de faire du profit avec l'éducation ?
Je connais Claude Le Brun. Vous savez ce qui l'anime. Il a pris en compte l'héritage de son père, les valeurs de ce lycée. Je crois qu'on peut lui faire confiance pour organiser sa succession. Mais s'il devient évident que le lycée poursuit des fins lucratives et non d'enseignement, il serait déshomologué.
Un organisme de contrôle est-il prévu pour éviter ces dérives ?
Cela peut faire partie de cet accord de partenariat dont les critères vont être définis en concertation afin d'assurer la réponse positive aux deux questions : conserver la qualité de l'enseignement et limiter les frais de scolarité en les maintenant au niveau actuel. Si cela n'est pas respecté, il y a risque de déshomologation.
Tristan Delamotte et Jean-Marie Legaud (Lepetitjournal.com/mexico) Vendredi 22 novembre 2013







