Édition internationale

JOURNAL DE BORD - La remise des diplômes de la Promotion Jules Verne

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 août 2014

Juan Rodríguez a quitté le Mexique fin novembre 2013 pour aller étudier en France dans la prestigieuse Ecole nationale d'administration, l'ENA. Depuis Strasbourg, il a livré au Petit Journal de Mexico ses chroniques tout au long de l'année. Une année qui s'achève avec la remise des diplômes, un moment évidemment très particulier que nous fait partager le jeune énarque dans cette dernière chronique de France.

"Une photo et un diplôme ne révèlent pas notre réalité, ils sont seulement le témoignage d'un instant. Mais cet instant portera ses fruits. J'en suis sûr." (Photo Nicola?s Coitin?o)

Oui, c'est vrai, je le constate. Ces derniers mois, j'ai vécu l'une des meilleures expériences de ma vie. Aujourd'hui, nous sommes le vendredi 25 juillet 2014. Il est 11 heures. Les élèves de la promotion Jules Verne sont à l'auditorium Michel Debré. Pour certains d'entre nous, nos familles sont présentes, pour d'autres, les amis et les invités sont venus en général. C'est le jour devait arriver. On le savait tous. Le jour qu'on attendait. Le jour qui symbolise la fin de nos études à l'ENA. C'est le jour aussi qu'on ne voulait pas voir arriver car il représente la fin de cette étape et, par conséquent, le jour de notre départ. Dans quelques heures, on va se quitter. 

Mais oublions cela; maintenant tout est joie et satisfaction. Maintenant on est enfin tranquille et serein. La semaine dernière, nous avons eu encore des cours et une commission d'évaluation.  

"Servir sans s'asservir"

Maintenant, nous sommes assis devant une grande image de Jules Verne. Dans cette salle, mes collègues et moi, représentons le Yémen, la Bulgarie, le Bénin, la Corée du Sud, la Norvège, le Sénégal, le Liban, la Guinée, le Maroc, le Cameroun, l'Allemagne, la Grèce, le Tchad, le Niger, la Chine, la République démocratique du Congo, le Canada, Singapour, la Mauritanie, le Gabon, Madagascar, la Turquie, le Brésil, le Japon, la Tunisie, l'Égypte, Haïti, la Guinée-Bissau, la Géorgie et bien évidemment, le Mexique et la France.  

La cérémonie commence et pendant son discours, la directrice, Madame Nathalie Loiseau, nous rappelle que dans le déroulement de la haute fonction publique, on doit toujours faire honneur à la devise de l'École nationale d'administration : "servir sans s'asservir".

Brésil, Corée du Sud, Mexique, et bien d'autres nationalités, la promotion Jules Verne fait le tour de la planète. (photo Nicola?s Coitin?o) 

Les mots résonnent dans nos oreilles et ils trouvent une place dans notre esprit. Penser à la fonction publique comme un service, à l'action gouvernementale comme l'expression réelle et effective des valeurs républicaines et d'égalité d'accès au service public. Penser alors, à la professionnalisation du service public dans un pays qui, comme le mien, est stigmatisé par la violence, par la corruption et par le manque de confiance de la société envers le gouvernement. 

J'écoute son message et je pense à la nécessité de rétablir la confiance dans le service public. Je réfléchis à l'importance d'une formation solide ainsi qu'à la connaissance d'autres cultures administratives pour consolider la base de ce procès. 

Aujourd'hui, on sait que l'ENA nous a donné la possibilité d'approfondir nos connaissances de l'administration publique française et européenne, mais aussi, de manière complémentaire, elle nous a permis d'échanger les idées et les connaissances avec les collègues des différentes nationalités qui intègrent la promotion.

"Mon fils a lu votre journal de bord à Singapour !" 

Le temps passe très vite.

Il y a quelques mois, dans ce même auditorium, on écoutait le discours de bienvenue à la formation. Nous étions tous des étrangers. On ne se connaissait pas. Aujourd'hui, nous ne sommes plus ces inconnus, on se connait très bien et sommes devenus amis. Cette promotion a laissé son empreinte à l'ENA et Madame Agnès Marcetteau, directrice du Musée Jules Verne, nous a encouragé à travailler avec la même dévotion et discipline que le célèbre auteur français  avait montré durant toute sa vie. 

Un diplôme dignement célébré non avec du champagne mais un vin d'Alsace évidemment. (photo Nicola?s Coitin?o)

Oui, aujourd'hui, nous aurons notre diplôme. Aujourd'hui, on verra notre effort reconnu sur un document lié avec les couleurs de la France. Aujourd'hui, nous sommes tous contents d'entendre nos noms et pays pour monter sur scène et recevoir notre diplôme. Maintenant, c'est le moment. Les applaudissements, les photos, la solennité de la cérémonie liée à la légèreté de cet instant. Photos, photos, photos. Une interview, une journaliste. Et la nouvelle qu'une des personnes de la direction m'annonce : "Mon fils a lu votre journal de bord à Singapour !".

Un diplôme et après...

On a eu une grande chance de se retrouver tous, ici, et de faire une "pause" dans nos vies professionnelles pour devenir encore une fois des élèves. L'objectif formel de finir cette formation et de profiter de toutes les connaissances qu'on allait recevoir et partager est enfin accompli. À partir de maintenant, les objectifs personnels seront dans la volonté de chacun d'entre nous. 

Même si notre photo sera accrochée aux murs de l'ENA, personne ne saura rien à propos de nous si nous ne travaillons pas, si nous ne montrons pas nos efforts dans nos vies respectives. Une photo et un diplôme ne révèlent pas notre réalité, ils sont seulement le témoignage d'un instant. Mais cet instant portera ses fruits. J'en suis sûr.  

Un écrivain, un secrétaire d'Etat, un administrateur, un ministre, un ambassadeur, un professeur, un père, une mère, un simple piéton. Voilà, c'est ça ! Une autre personne qui marche dans la rue avec une vie unique et particulière. Une personne comme n'importe quel autre. Une vie.

Nostalgie des derniers instants

Aujourd'hui, cela fait déjà une semaine que tout cela s'est passé. Aujourd'hui, je suis le seul à rester à la résidence d'étudiants où nous étions logés pendant cette période. Tout le monde est déjà parti. Chaque jour, depuis samedi, nous sommes allés à la gare pour accompagner à un, deux, trois de nos collègues qui rentraient chez eux. Aujourd'hui, ce qui m'accompagne ce sont les souvenirs et l'engagement vers l'avenir.

 Parmi cette promotion très internationale, combien de futurs écrivains, secrétaires d'Etat, administrateurs, ministres, ambassadeurs, professeurs...? (photo facebook de l'Ena) 

Aujourd'hui, il ne me reste qu'à dire merci à cette ville magnifique qui m'a permis de vivre une très belle étape de ma vie. Maintenant, je comprends pourquoi mon ami Jean, Alsacien résident au Mexique, me disait avant de venir "Vive l'Alsace libre !" car, au delà des implications que cette phrase pourrait provoquer, elle révèle la grandeur que cette région de la France porte : une liberté d'esprit. 

Merci à vous aussi pour avoir suivi ce journal. Maintenant c'est à moi de prendre l'avion?

Fin du journal de bord !

JOURNAL DE BORD  Juan Rodríguez ENA 2013-2014 Promotion Jules Vernes 
Retrouvez toutes les chroniques de Juan Rodríguez publiées dans Le Petit Journal de Mexico .

Entrevista Juan Rodriguez
JOURNAL DE BORD 1 - Journal de bord d'un énarque mexicain

JOURNAL DE BORD 2 - L'école du pouvoir

JOURNAL DE BORD 3 - Le café de la paix

JOURNAL DE BORD 4 - Le nom de la promotion

JOURNAL DE BORD 5 - Il n'y a pas que le regard, il y a aussi la voix

JOURNAL DE BORD 6 ? Enjeux des élections européennes

JOURNAL DE BORD 7 ? Découverte de Bordeaux et de son Consulat du Mexique 

JOURNAL DE BORD 8 - Stage à Bordeaux chez Erasmus + France

Juan Rodríguez pour (Lepetitjournal.com/mexico) Vendredi 08 août 2014

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 8 août 2014, mis à jour le 8 août 2014
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