

Coline Lefèvre, originaire de Reims, est enseignante en biologie. Elle a été envoyée au Mexique par son académie (Créteil) pour la durée d'une année scolaire. Sa mission: former des enseignants mexicains à l'enseignement de sa matière en français et fortifier la coopération entre lycées de Créteil et preparatorias de l'UNAM. Une drôle d'épopée rythmée par de belles découvertes?
Coline Lefèvre (Photo: Magdalena Le Prévost)
Une surprise: le rapport au temps
"Je vais encore râler, mais?" Un peu désemparée au départ face au flou artistique de sa prise de poste auprès de l'Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM), Coline a néanmoins su rapidement reconsidérer ses réflexes français consistant à automatiquement se plaindre des choses qui ne vont pas. Car il n'aura pas fallu longtemps à la jeune enseignante pour comprendre qu'au Mexique, le rapport au temps est bien différent que sur sa terre natale. Elle en parle comme d'un choc culturel, elle qui n'avait encore jamais vécu hors de France et mettait pour la première fois les pieds en Amérique Latine. Mais, en bonne professeure de sciences, Coline est pragmatique. Elle s'adapte donc, et apprend petit à petit à mimer ceux qui l'entourent. "Tu ne vexes personne si tu arrives en retard !", réalise-t-elle alors. "Je trouve que les gens ne sont pas stressés, même dans le métro, coincés (?), l'état d'esprit est calme, reposant." Une vie quotidienne à Mexico qu'elle juge donc plus "relax" qu' en région parisienne où elle enseignait la biologie à des collégiens ces trois dernières années. Par contre, reconnaît-elle, "ça pose problème quand j'attends des choses simples, des réponses, ça ne vient pas?" Car le défi proposé à Coline n'est pas mince et requiert de sa part une bonne dose d'organisation.
Un besoin de dépaysement et de renouvellement de ses méthodes
Lorsqu'elle se porte candidate à un échange international ouvert aux enseignants, proposé par l'académie de Créteil, elle espère pouvoir parfaire son niveau d'anglais. A 27 ans et après seulement quatre années de pratique de son métier, elle souhaiterait en effet renouveler ses méthodes de travail en enseignant dans des sections européennes bilingues. Ce qu'elle apprend alors, c'est qu'en mars 2011, son recteur, William Marois, s'est rendu à Mexico afin d'y développer les relations de partenariat de l'académie de Créteil, qui jusqu'alors n'en entretenait pas avec le Mexique. Lors de ce déplacement, un accord portant sur la coopération éducative et la formation continue du personnel a été conclu avec l'UNAM: il est question de créer des filières bilingues espagnol-français, en formant notamment des enseignants à l'enseignement de leur discipline en français.
La biologie est choisie comme matière pilote pour ce projet et Coline est la seule professeure de Sciences de la Vie et de la Terre de l'académie à être intéressée par un échange international. Elle est donc contactée, et malgré un niveau zéro en espagnol puisqu'elle avait opté pour l'allemand au collège, elle est chargée de la mise en place à Mexico de ce vaste projet bilatéral. Qu'à cela ne tienne, la Rémoise saute sur l'occasion, attirée par l'Amérique Latine, mais aussi séduite par la nouveauté de la tâche attribuée : former des enseignants. Elle part passer de petites vacances dans le pays avec des amis et reste sous le charme. Quand vient le moment d'aller s'y installer pour de bon, aucun doute: "j'y retourne !" clame-t-elle.

Une fois sur place, la jeune téméraire se met rapidement au travail, bien aidée par les cours d'espagnol que lui dispense l'UNAM. Son objectif premier est de rassembler, sur la base du volontariat, un nombre conséquent d'enseignants des Colegios de Ciencias y Humanidades (CCH, cinq établissements) et des Escuelas Nacionales Preparatorias (ENP, neuf établissements), équivalents aux lycées français et gérés par l'UNAM. Elle tente donc de dresser une liste précise des enseignants de biologie de ces établissements et d'organiser des réunions afin de présenter le projet. Mais là encore les choses vont plus lentement que ce qu'elle avait pu imaginer, même si elle constate sur le terrain que de plus en plus de personnes se rallient à sa cause avec enthousiasme. C'est à l'élaboration des futurs programmes des cours de biologie en langue française qu'elle se consacre donc surtout, à partir de multiples séances d'observation en classes. Celles-ci sont d'ailleurs précieuses afin de permettre à Coline de tisser des liens entre classes de preparatorias de la capitale mexicaine et classes de lycées de la région parisienne, deuxième pan de la mission confiée par son académie.
Surprise par le niveau très élevé du programme de biologie des lycées de l'UNAM, qui, selon elle, prépare peut-être bien aux cursus scientifiques de l'université mais s'avère être assez déconnecté des sujets pratiques comme les problèmes de santé, la drogue, ou encore l'éducation sexuelle, elle identifie néanmoins rapidement les bonnes idées de ses collègues mexicains, à "réinvestir" une fois rentrée en France. Parmi celles-ci, l'attention portée à l'UNAM au travail en groupe, nourrie par une conception de l'enseignement qui consiste à faire "apprendre à apprendre" aux élèves, mais aussi la plus grande présence des parents dans l'établissement, qui viennent prendre des cours ou participer en bénévoles à divers projets hors cursus, alors qu'en France "on en a la hantise" explique-t-elle.
C'est donc en véritable ambassadrice que Coline agit. Décidée à ne pas passer à côté des richesses du pays qui l'accueille, elle remet sans cesse en question ses propres conceptions et a su adapter son rôle de relais culturel aux moments les plus quotidiens de la vie dans la capitale mexicaine: où qu'elle aille, elle offre de petites tours Eiffel, comme à cette petite fille assise près d'elle dans le métro qui demandait à sa mère "Maman, ça existe les Français ?".
Magdalena Le Prévost (www.lepetitjournal.com/mexico) vendredi 16 décembre 2011
Le blog de Coline livrant ses impressions du Mexique: http://mexicoline.blogspot.com/
Sur le site de l'Académie de Créteil des petites vidéos présentant le travail de Coline à Mexico seront bientôt diffusées: http://www.ac-creteil.fr/international-mobilite-travailler.html







