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CRISE AU LFM – Guadalajara et la Colombie solidaires avec les professeurs de Mexico

Écrit par Lepetitjournal Mexico
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 janvier 2014

 

Le jeudi 9 janvier 2014, les professeurs résidents du lycée franco-mexicain avaient reçu le soutien de leurs collègues de Guadalajara. Et le jeudi 16 janvier, ce sont tous les personnels résidents, expatriés et contrats locaux des deux lycées français de Colombie qui ont suivi un large mouvement de grève en solidarité aux professeurs résidents du LFM mais aussi pour dénoncer le désengagement progressif de l'AEFE.

Appel à la mobilisation du 16 janvier 2014 au lycée français de Cali (photo DR) 

C'est dans un climat de fortes tensions que les négociations se poursuivent entre l'administration du LFM et l'AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger) concernant l'avenir du Lycée Franco-Mexicain de la capitale. Avant le 31 janvier 2014, les deux parties tenteront de trouver une issue au conflit qui oppose Claude Le Brun, le président du Conseil de gestion, et les professeurs résidents et expatriés. Ces derniers ont reçu durant les deux dernières semaines les soutiens de leurs collègues du Lycée français de Guadalajara (lire encadré plus bas) mais aussi des deux lycées de Colombie, les Lycées Louis Pasteur de Bogotá et Paul Valéry de Cali.  

A travers une lettre envoyée à la directrice de l'AEFE, les syndicats des professeurs de Bogota et de Cali (FSU, Snes et SNUipp, Sgen et le syndicat colombien Sintralif) ont dénoncé par ailleurs "le désengagement progressif de l'Agence en termes moraux, politiques et financiers, la réduction de l'enveloppe budgétaire qui lui est attribuée, et toutes ses conséquences directes ou indirectes".

La logique comptable contre la pédagogie

Ils craignent désormais que "les logiques comptables risquent de l'emporter devant les exigences pédagogiques pourtant prioritaires et les ambitions affichées par l'AEFE". Et de regretter "l'opacité de l'attitude de l'Agence et son manque d'exigence pour conserver un enseignement de qualité".  

Dans une lettre aux parents, les professeurs en grève à Bogotá ont expliqué que "le désengagement aura à terme des conséquences (...) sur la raréfaction ou disparition des enseignants certifiés français dans des établissements qui se diraient pourtant français, une baisse de la qualité des enseignements due à la dégradation des conditions de travail de tous les enseignants et l'augmentation des écolages pour pallier la disparition des investissements de l´Etat". 

Le début de la fin du rayonnement français à l'étranger ?

C'est dans les mêmes termes que les personnels résidents et expatriés du lycée Paul Valéry de Cali ont expliqué leur mouvement de protestations en précisant qu'ils ont reçu "un soutien important des collègues recrutés locaux". Ils déplorent "l'augmentation de la contribution des lycées accentue les pressions exercées par les comités de gestion sur l'administration des établissements".

Et de conclure : "Le précédent qui semble se créer à Mexico nous préoccupe fortement pour l'ensemble des établissements conventionnés. Le réseau risquerait, à terme, de s'engager dans une politique de simple partenariat dépourvue d'obligations. Cela ne signerait-il pas la fin du rayonnement des établissements français à l'étranger, en nuisant gravement à la valeur de l'enseignement dispensé ?"

Le 16 janvier, à Bogota, 31 professeurs résidents ont fait grève (sur 48 attendus) et à Cali, ils étaient 21 titulaires sur 22 ainsi que de nombreux recrutés locaux grévistes.

Solidarité des enseignants du Lycée français de Guadalajara 

Les professeurs Céline Mahias et Laurent Hauser, secrétaires-adjoints de la section SNES/Mexique, en charge de la sous-section de Guadalajara ont répondu aux questions du Petit Journal de Mexico.

Lepetitjournal.com/Mexico : Les professeurs de Guadalajara sont-ils solidaires de la cause défendue par les enseignants résidents de Mexico ?

C.M. et L.H. : La solidarité des enseignants détachés (expatriés et résidents) est totale et sans réserve. Sur 23 enseignants détachés, 22 ont suivi l'appel à la grève du SNES et du SNUipp le jeudi 9 janvier 2014 pour manifester leur soutien et d'autre part, exiger l'arrêt de la procédure de déconventionnement du LFM. Ils ont envoyé une lettre à la directrice de l'AEFE dans ce sens. 

Les professeurs résidents de Guadalajara sont-ils aussi inquiets pour leur avenir ?

Nous craignons que, dans un contexte d'économies budgétaires, l'AEFE et les conseils de gestion des établissements d'Amérique Latine s'orientent vers ce type de solutions. Or, nous pensons que les établissements de la zone ont besoin d'enseignants expérimentés et qu'ils ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour attirer un nombre suffisant d'enseignants titulaires avec les conditions salariales qui leur seraient proposées en contrat local. Donc les conseils de gestion devraient faire le choix d'augmenter les écolages ou de gonfler les effectifs de classes ou d'embaucher des enseignants peu ou pas expérimentés. Toutes solutions désastreuses pour la qualité de l'enseignement dispensé ou pour l'équilibre des établissements. Par ailleurs, certains enseignants qui ont construit un projet de vie au Mexique craignent qu'il soit mis un terme à ce projet. 

Le LFG connait-il dans son fonctionnement des problèmes similaires à ceux du LFM ?

Le LFG a connu une certaine opacité des comptes mais suite à l'obligation formulée par l'agence de présenter le budget et le compte financier en Conseil d'Établissement, les représentants du personnel y voient plus clair dans la gestion des comptes. Nous espérons que l'organisme gestionnaire poursuive dans cette voie et, notamment, qu'il publie, en 2014, une grille salariale applicable à l'ensemble des employés en contrat de droit mexicain.

Comme dans toute communauté, des désaccords surviennent parfois entre les différentes composantes. Mais jamais, depuis 2007, le dialogue n'a été rompu entre les enseignants et le proviseur et la capacité de compromis de tous la acteurs a permis de trouver des solutions aux conflits permettant de garantir la qualité de notre enseignement.

 Y-a-t-il déjà eu des menaces de déconventionnement ?

Oui. Mais ces menaces émanaient uniquement du proviseur en charge de l'établissement entre 2002 et 2007. Elles avaient pour but de diviser la communauté scolaire et surtout de faire taire les représentants du personnel. Mais nous avions eu confirmation par nos représentants à Paris, qui sont en lien permanent avec la direction de l'AEFE, et notamment avec Monsieur José Lesaulnier, chef du secteur Amérique, qu'il n'y avait aucun projet de déconventionnement du lycée de Guadalajara.

 Comment voyez-vous l'avenir de l'établissement ? 

Au début de l'année scolaire 2013/2014, nous étions plutôt optimistes quant à l'avenir du LFG. Malheureusement, à Guadalajara comme dans tous les établissements d'Amérique Latine avec lesquels nous sommes en relations permanentes, les craintes sont apparues suite à l'annonce du déconventionnement du LFM, préparé conjointement par son proviseur et par son président. Nous serons très vigilants pour conserver cette convention, unique garantie de la qualité de l'enseignement dispensé au LFG. 

 

Lycée français de Guadalajara

- 930 élèves environ à la rentrée 2013. Approximativement 20 à 25 % de Français (y compris Franco-mexicains) et 75 à 80% de Mexicains.

- Environ 80 enseignants de la maternelle au lycée de tous statuts (19 résidents et 4 expatriés)

- 1 proviseur expatrié et 1 directeur du premier degré résident

- 100% de réussite au baccalauréat depuis quelques années.

 

Jean-Marie LEGAUD (lepetitjournal.com/mexico) Mardi 21 janvier 2014

lepetitjournal.com Mexico
Publié le 20 janvier 2014, mis à jour le 21 janvier 2014
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